vignette|Image satellite des feux de forêt de 2021 en Algérie.
Les feux de forêt en Algérie constituent un phénomène récurrent, particulièrement dans les régions boisées du nord du pays, où le climat méditerranéen, les périodes de sécheresse et les températures élevées favorisent leur développement. Ces incendies constituent un risque récurrent pour les populations, les infrastructures, les terres agricoles et les écosystèmes forestiers. Leur fréquence et leur intensité varient toutefois fortement selon les années et les conditions météorologiques.
Causes Origine des incendies La majorité des départs de feu recensés dans les espaces forestiers algériens sont associés à des activités humaines. Les travaux agricoles et pastoraux, l'utilisation du feu à proximité de la végétation, certaines activités de loisirs et différentes formes d'imprudence figurent parmi les facteurs régulièrement identifiés. Les incendies peuvent également être déclenchés volontairement, notamment dans certains contextes liés à l'utilisation ou à l'occupation des terres. À l'inverse, les phénomènes naturels, comme la foudre, représentent une part beaucoup plus faible des départs de feu.
Parmi les pratiques susceptibles de provoquer un incendie figurent notamment le brûlage de végétaux après les travaux agricoles, l'utilisation du feu dans les pâturages, certaines opérations forestières, la récolte du miel et diverses activités pratiquées en plein air. Les cigarettes abandonnées et les feux mal maîtrisés constituent également des sources possibles d'ignition.
Une enquête menée dans la wilaya de Tissemsilt et publiée en 2026 permet d'illustrer la perception des causes par les professionnels du secteur forestier. Dans cette étude, les réponses attribuent 56,2 % des causes à la négligence, 27,0 % à des actes délibérés et 12,4 % à des accidents. Les reprises d'incendies représentent 4,1 % des réponses et les causes naturelles seulement 0,1 %. Ces résultats concernent la région étudiée et ne constituent pas une répartition statistique de l'ensemble des incendies survenus en Algérie.
L'établissement de la cause exacte d'un incendie n'est cependant pas toujours possible. L'identification des circonstances ayant provoqué certains sinistres reste limitée par la disponibilité et la précision des données recueillies après les incendies. Sur le plan physique, la propagation d'un feu dépend de la présence d'un matériau combustible, d'une source d'énergie suffisante et de l'oxygène nécessaire à la combustion.
Impact du changement climatique
L'évolution du climat intervient surtout dans les conditions dans lesquelles les incendies se développent. Une hausse des températures et une disponibilité moindre de l'eau dans les sols et la végétation peuvent réduire l'humidité du couvert végétal. Celui-ci devient alors plus facilement inflammable et peut permettre à un feu de se propager plus rapidement.
Le phénomène est particulièrement important lors des épisodes de chaleur et de sécheresse prolongée. Le Programme des Nations unies pour le développement indique qu'environ hectares étaient brûlés chaque année en moyenne en Algérie durant la période 2011–2020. L'année 2021 s'est distinguée par l'ampleur des incendies, avec plus de hectares de forêts touchés dans un contexte marqué par une forte sécheresse et des températures élevées.
Les observations disponibles montrent également une évolution du contexte climatique dans lequel surviennent les incendies. La Banque mondiale estime que plus de incendies de forêt ont été enregistrés en Algérie entre 1985 et 2022, pour une superficie brûlée moyenne d'environ hectares par an. Elle associe l'aggravation du risque à plusieurs facteurs, parmi lesquels l'élévation des températures, la prolongation des périodes sèches et la dégradation des terres.
Le changement climatique ne permet donc pas, à lui seul, d'expliquer le déclenchement d'un incendie. Un départ de feu nécessite une source d'ignition, mais les conditions météorologiques et l'état de la végétation déterminent en grande partie sa capacité à se développer et à atteindre une grande superficie. La combinaison de températures élevées, de sécheresse, de végétation sèche et de vents favorables peut ainsi accroître la gravité des incendies.
Histoire Les feux de forêt constituent un phénomène récurrent en Algérie, dont l'ampleur varie fortement d'une année à l'autre. Les données disponibles pour la période 1985–2022 font état de incendies ayant parcouru environ hectares. Cela correspond à une moyenne annuelle d'environ incendies et hectares de superficie incendiée.
La fréquence et l'étendue des incendies présentent d'importantes variations selon les années. Le nombre annuel de feux est passé d'un minimum de en 1989 à un maximum de en 2012. Pour les superficies parcourues par le feu, l'année 1994 constitue un épisode particulièrement important, avec hectares brûlés, tandis que le minimum enregistré sur la période est de hectares en 2018.
Plusieurs années se caractérisent par des superficies incendiées nettement supérieures à la moyenne, notamment 1993, 1994, 2000, 2007, 2012, 2017, 2020 et 2021. La succession de plusieurs années fortement touchées au cours des dernières décennies témoigne de la récurrence du risque, avec une concentration des incendies durant les périodes les plus chaudes et les plus sèches de l'année.
La période estivale concentre une grande partie de l'activité des feux. Le mois d'août est celui qui enregistre historiquement le plus grand nombre d'incendies et les superficies brûlées les plus importantes. Plusieurs facteurs peuvent alors se combiner, notamment la sécheresse, les températures élevées, les vents secs, l'augmentation des déplacements et certaines activités humaines susceptibles de provoquer des départs de feu.
L'année 2021 constitue l'un des épisodes les plus graves de l'histoire récente des incendies de forêt en Algérie. De vastes incendies ont notamment touché les wilayas de Béjaïa, El Tarf et Tizi Ouzou, provoquant d'importantes pertes humaines et matérielles. Selon la Banque mondiale, plus de 100 personnes ont perdu la vie lors des incendies de cette année et les dommages causés aux logements et à l'agriculture ont dépassé 124 millions de dollars américains
Au cours des années 2020, la question des incendies de forêt prend une importance accrue dans les politiques de gestion des risques et des espaces forestiers. Les épisodes de 2021 et des années suivantes ont contribué à renforcer les dispositifs de prévention, de surveillance et d'intervention, tandis que les effets de la sécheresse et de l'élévation des températures sont devenus des éléments importants de l'analyse du risque.
La succession des grands incendies a également conduit à une évolution progressive de la politique forestière, avec un intérêt croissant pour la prévention, l'anticipation du risque et la gestion des paysages forestiers, au-delà de la seule intervention une fois les incendies déclarés. Cette évolution s'est notamment traduite par l'adoption de la loi du 23 décembre 2023 relative aux forêts et aux richesses forestières et de la loi du 26 février 2024 relative à la prévention et à la gestion des risques de catastrophes.
Plusieurs épisodes de feux de forêt particulièrement importants ont marqué l'Algérie au cours des dernières années, notamment ceux de 2021, 2022, 2023 et 2026.
Prévention et lutte contre l'incendie vignette|Camions de pompiers de la Protection civile.
La prévention des feux de forêt en Algérie repose sur la surveillance des espaces forestiers, l'information du public et la réduction des situations susceptibles de provoquer un départ de feu. Les actions de sensibilisation sont particulièrement renforcées durant la période estivale et ciblent notamment les populations vivant à proximité des forêts et des terres agricoles.
La surveillance et l'intervention sont assurées principalement par la Direction générale des forêts et la Protection civile, avec l'appui des autorités locales et, selon l'ampleur des sinistres, d'autres services de l'État. Le dispositif est adapté aux périodes et aux secteurs présentant le plus grand risque d'incendie.
La lutte contre les feux combine des interventions terrestres et aériennes. Les équipes au sol utilisent notamment des véhicules spécialisés et des moyens de lutte contre l'incendie, tandis que les aéronefs permettent d'effectuer des largages d'eau sur les foyers, en particulier lorsque le relief ou l'étendue du sinistre rendent l'accès terrestre difficile
Des colonnes mobiles peuvent être prépositionnées dans les régions exposées afin de réduire le délai d'engagement des secours. Ces unités sont destinées à intervenir rapidement sur les incendies de végétation et peuvent être déplacées en fonction de l'évolution du risque et des besoins opérationnels
La coordination des opérations constitue un autre volet du dispositif. Elle permet de répartir les moyens entre les différents foyers, de suivre l'évolution des incendies et de faciliter l'engagement simultané des unités terrestres et aériennes. Des exercices de simulation sont organisés afin de tester les procédures d'intervention et la coordination entre les services concernés.
La prévention comprend également des mesures visant à limiter l'exposition des populations et des infrastructures aux incendies. La surveillance des zones forestières, l'entretien des espaces exposés et l'information sur les comportements à risque sont notamment destinés à réduire le nombre de départs de feu et à faciliter l'intervention lorsque ceux-ci surviennent.
Législation La prévention et la lutte contre les feux de forêt en Algérie sont principalement encadrées par la loi du relative aux forêts et aux richesses forestières. Ce texte définit les règles applicables à la protection des forêts et des richesses forestières et consacre des dispositions particulières à la prévention et à la lutte contre les incendies.
L'article 62 de cette loi constitue notamment le fondement juridique de l'organisation et de la coordination des actions de prévention et de lutte contre les incendies de forêt. Ces modalités sont précisées par le décret exécutif du , qui organise la coordination des différents intervenants dans le cadre du plan de prévention et de lutte contre les incendies de forêt.
Le dispositif prévu par le décret repose notamment sur la Commission nationale de protection des forêts, ainsi que sur des structures de coordination intervenant aux différents niveaux territoriaux. La commission nationale se réunit avant l'ouverture et après la clôture de chaque campagne de prévention et de lutte contre les incendies et peut également être réunie en session extraordinaire lorsque la situation l'exige.
La législation prévoit également des mesures destinées à réduire les risques de départ et de propagation des incendies. Elles concernent notamment l'aménagement et l'entretien des infrastructures nécessaires à la protection des espaces forestiers, la surveillance des secteurs exposés ainsi que l'organisation des interventions des services compétents.
Le régime juridique est complété par la loi du relative aux règles de prévention, d'intervention et de réduction des risques de catastrophes dans le cadre du développement durable. Cette loi constitue le cadre général applicable à la gestion des risques de catastrophes et s'articule avec les dispositions particulières relatives aux incendies de forêt.
La loi n° 23-21 fixe également le régime des infractions et des sanctions applicables aux atteintes aux forêts et aux richesses forestières, notamment lorsque celles-ci résultent d'incendies provoqués volontairement ou par imprudence, négligence ou non-respect des règles de prévention.
Sanctions