Les massacres de Nevesinje correspondent aux meurtres et autres crimes commis contre des civils Bosniaques dans la municipalité de Nevesinje, en Bosnie-Herzégovine, en 1992, pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Au cours du mois de juin, les forces serbes ont tué une centaine de Bosniaques dans la municipalité, tandis que des villages étaient bombardés et que de nombreux civils étaient arrêtés et détenus. Ces crimes se sont accompagnés de l'expulsion d'une grande partie de la population bosniaque ainsi que de la destruction de leurs habitations et de leurs lieux de culte.

Contexte L'éclatement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie s'accompagne de la montée en puissance des nationalistes serbes sous la direction de Slobodan Milošević, qui cherchent à regrouper les territoires peuplés de Serbes au sein d'un État unique de Grande Serbie, en s'appuyant notamment sur l'Armée populaire yougoslave (JNA), progressivement placée sous le contrôle des autorités serbes. Dans ce contexte, les Serbes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, soutenus par la Serbie, entreprennent de créer leurs propres entités serbes sur les territoires de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine, avec l'objectif de les rattacher à la Serbie.

Le sud-est de la Bosnie-Herzégovine, situé à proximité de la frontière avec la Serbie, revêt une importance stratégique. La JNA y renforce progressivement sa présence à partir de 1991. En septembre 1991, le corps d'Užice de la JNA contrôle notamment l'axe reliant Mostar à Trebinje. À partir d'avril 1992, les forces de la JNA placées sous le commandement de Momčilo Perišić ont entamé le siège et le bombardement de Mostar.

Déroulement Au début d'avril 1992, alors que Nevesinje est déjà sous le contrôle de la JNA, une administration serbe locale est mise en place, une force de police serbe est constituée et des unités paramilitaires arrivent de Serbie. Ces forces, composées d'unités de la JNA, de la police serbe locale et de formations paramilitaires, notamment les tchetniks de Šešelj, entreprennent une campagne visant à soumettre et à déplacer de force la population bosniaque de Nevesinje et des environs. Les Bosniaques et les Croates de Bosnie employés par les institutions locales sont progressivement licenciés. Les membres non serbes de la police sont également écartés et remplacés par des Serbes locaux. Des logements appartenant à des habitants non serbes sont saisis et leurs occupants sont expulsés.

À partir du début du mois de mai 1992, les attaques contre la population bosniaque de la municipalité s'intensifient. Des personnalités importantes de la communauté bosniaque, ainsi que des intellectuels et des personnes considérées comme influentes ou aisées, sont prises pour cible. La police serbe locale et les unités paramilitaires, arrêtent et maltraitent de nombreux civils. Des centaines de civils bosniaques cherchent refuge dans les forêts et les montagnes environnantes. Certains de ceux qui restent dans leurs villages ou à Nevesinje sont ensuite tués, notamment des personnes âgées. Avant que la JNA ne commence à bombarder Mostar, les autorités serbes ont organisé l'évacuation de nombreux résidents serbes de la ville. Des convois de réfugiés serbes de Mostar arrivent alors à Nevesinje, où certains occupent les logements laissés par les habitants non serbes expulsés.

À la mi-mai 1992, les unités de la JNA stationnées en Bosnie furent rebaptisées VRS (Armée de la république serbe de Bosnie). Les uniformes, l'équipement, les armes et la structure de commandement demeurèrent inchangés ; seule la désignation fut modifiée, et les mêmes opérations militaires se poursuivirent sous ce nouveau nom de VRS. Dans la région de Nevesinje, ces forces serbes comprennent notamment la 1re brigade de Nevesinje, la police serbe locale (SJB), les unités spéciales des Bérets rougesainsi que des paramilitaires, dont des volontaires de Šešelj. Elles attaquent plusieurs villages bosniaques de la municipalité de Nevesinje parmi lesquels Postoljani, Donja Bijenja, Gornja Bijenja, Pridvorci, Presjeka, Hrušta, Kljuna, Žulja, Borovčići et Kruševljani.

Les attaques suivent un scénario similaire : après des bombardements, les forces serbes pénètrent dans les villages, en chassent les habitants restants et pillent leurs biens. De nombreuses maisons sont ensuite incendiées ou détruites. Des civils bosniaques, notamment des personnes âgées qui n'ont pas pu fuir, sont tués.

Le , les forces serbes bombardent notamment Presjeka. Environ 150 à 200 civils bosniaques de Presjeka et de Kljuna fuient vers le mont Velež. Plusieurs personnes âgées, incapables de suivre le groupe, restent sur place et sont tuées par des Serbes locaux. Après plusieurs jours passés dans les montagnes, un groupe d'environ 75 civils est capturé par les forces serbes. Les hommes sont séparés des femmes et des enfants et sont ensuite tués. Les femmes et les enfants sont conduits vers la centrale thermique de Kilavci, où ils sont détenus dans des conditions extrêmement difficiles. Ils sont ensuite tués par des soldats serbes et leurs corps sont jetés dans une fosse à Lipovača. Les restes de plusieurs adultes et de sept enfants sont découverts à Lipovača en 1999, lors d'une opération officielle d'exhumation.

À la fin du mois de juin 1992, la majeure partie de la population bosniaque de la municipalité a été expulsée ou contrainte de fuir. Les meurtres, les détentions, les destructions et les expulsions ont ainsi contribué à la disparition presque complète de la population bosniaque de nombreuses localités de Nevesinje.

Massacres Plusieurs massacres et exécutions de civils bosniaques sont commis dans la municipalité de Nevesinje au cours de l'année 1992.

Le , dix civils bosniaques du village de Žulja (Nevesinje) sont tués par les forces serbes.

Le , neuf civils bosniaques du village de Čanje sont tués. Leurs corps sont ensuite enterrés dans une fosse commune par des policiers du SJB de Nevesinje.

Le 16 juin, le village d'Odžak (Nevesinje) fut attaqué, et tous ceux qui s'y trouvaient ont péri.

Nombreuses civils bosniaques et croates sont arrêtés et détenus dans les locaux du SJB de Nevesinje. Certains sont ensuite remis à des membres de formations paramilitaires et tués. Trois civils détenus au SJB sont notamment conduits au lac de Boračko, où ils sont tués.

"Massacre de Zijemlje": Environ 75 civils bosniaques ont été capturés et détenus dans une école de Zijemlje. Les hommes, séparés du groupe, ont ensuite été exécutés. Leurs corps ont d’abord été inhumés dans la fosse commune de Dubravica-Breza, avant d’être exhumés puis transférés vers une fosse secondaire à Teleća Lastva, dans le but de dissimuler les preuves du crime. Les femmes et les enfants ont été conduits à la centrale thermique de Kilavci, où ils ont été retenus dans des conditions inhumaines avant d’être tués et jetés dans une fosse commune à Lipovača.

Le , dix-sept civils bosniaques du village de Lakat sont tués dans la localité de Kiser par les forces serbes.

Des femmes et des enfants bosniaques sont détenus dans la fabrique d'outils, appelée Alatnica. Dans la nuit du 2 au , un rapport du commandement du corps d'Herzégovine de la VRS fait état de 47 femmes et enfants tués dans l'établissement.

Bilan des victimes Selon un élément présenté devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), 301 Bosniaques et Croates ont été tués dans la municipalité de Nevesinje en 1992.

Selon les données de la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP), 275 personnes sont recensées comme victimes dans la municipalité de Nevesinje. Parmi elles, 181 ont été identifiées, tandis que 94 sont toujours portées disparues. Ces chiffres reposent sur des données relatives aux personnes tuées ou disparues et peuvent donc différer des bilans établis par les procédures judiciaires.

Camps et lieux de détention Plusieurs bâtiments et installations de la municipalité de Nevesinje sont utilisés comme lieux de détention de civils bosniaques en 1992. Bâtiment du SJB de Nevesinje : des civils bosniaques y sont détenus et soumis à des violences et à des mauvais traitements. Certains prisonniers y sont tués. Centrale thermique de Kilavci : des femmes, des enfants et des personnes âgées bosniaques capturés dans les villages de Presjeka et Kljuna y ont été détenus avant d'être tués. École primaire de Zijemlje: des civils bosniaques y sont détenus après leur capture dans les environs de Nevesinje. Plusieurs prisonniers sont ensuite exécutés. La fabrique d'outils, appelée Alatnica où des civils ont été torturés et des femmes violées.

Jugements Les crimes commis dans la municipalité de Nevesinje ont fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires, notamment devant la Cour de Bosnie-Herzégovine et le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Le , la Cour de Bosnie-Herzégovine a condamné Krsto Savić et Milko Mučibabić pour leur rôle dans les persécutions commises contre les populations bosniaque et croate de la municipalité de Nevesinje. La Cour a établi l'existence d'une attaque généralisée et systématique menée par les forces militaires, policières et paramilitaires serbes contre la population civile non serbe.

Krsto Savić, alors chef du Centre de sécurité de Trebinje, a été reconnu coupable de persécution par meurtre, déportation et transfert forcé, emprisonnement, torture, viol, disparition forcée et autres actes inhumains. La Cour a notamment retenu sa responsabilité directe dans plusieurs crimes commis à Nevesinje et son rôle dans le fonctionnement des services de sécurité serbes.

Milko Mučibabić, policier au SJB de Nevesinje, a été reconnu coupable d'avoir aidé à la persécution de la population bosniaque et croate de la municipalité. Il a été condamné à 'cinq ans et trois mois d'emprisonnement'.

Les crimes commis à Nevesinje ont également été examinés dans plusieurs procédures devant le TPIY, notamment dans les affaires concernant Vojislav Šešelj et Momčilo Krajišnik

Notes et références

Voir aussi Nettoyage ethnique dans la guerre de Bosnie-Herzégovine

Catégorie:Crime contre l'humanité en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Massacre de la guerre de Bosnie-Herzégovine Catégorie:Crime de guerre en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Guerre de Bosnie-Herzégovine Catégorie:1992 en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Génocide bosniaque