Dorothy Jacobs Bellanca, née le et morte le , est une militante américaine syndicaliste qui a fait avancer considérablement la cause des droits des travailleurs en tant que dirigeante syndicale et dans le cadre de la fonction publique.
Elle commence à travailler dans une usine à l’âge de treize ans et, à quinze ans, syndique ses collègues au sein de la section locale de l’.
À vingt ans, elle les mène à se séparer pour former l’ et est l’une des rares déléguées féminines à l’assemblée constitutive.
Elle est la seule femme à siéger au conseil exécutif général d'un grand syndicat, avant de devenir l'année suivante vice-présidente.
En 1936, elle se lance en politique, contribuant à la fondation du Parti travailliste américain et se présentant sans y arriver aux élections du Congrès.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle siège aussi dans différentes commissions fédérales chargées des questions du travail.
Biographie Origine Dorothy Bellanca naît Dorothy Jacobs, à Zemel, en Lettonie, le , au sein d’une famille juive russe. Elle est la plus jeune des quatre filles de Bernice Edith Levinson et de Henry Jacobs. En 1900, elle immigre avec sa famille à Baltimore, dans le Maryland, où son père travaille comme tailleur. Elle fréquente les écoles publiques de Baltimore. Sa mère meurt quelques années plus tard.
Carrière À l’âge de treize ans, elle quitte l'école pour travailler comme couturière, cousant à la main des boutonnières sur des manteaux pour hommes. Après un mois de formation non rémunérée, elle gagne trois dollars par semaine pour une journée de dix heures.
Indignée par les bas salaires et les mauvaises conditions de travail du secteur, elle mobilise rapidement ses collègues, en majorité de jeunes immigrantes comme elle. Dès 1909, à l'âge de , elle syndique les immigrantes couturières de boutonnières au sein de la section locale 170 des . Bien qu’elle n’ait aucun lien officiel avec la communauté juive, bon nombre des immigrantes que Bellanca syndique sont juives.
En 1914, Bellanca conduit son syndicat vers l' (ACWA), un mouvement plus progressiste promouvant la solidarité de classe et l'organisation des femmes. Elle tente de convaincre les hommes que la syndicalisation des femmes, qui constitue la majorité de la main-d’œuvre du secteur, profite à tous les travailleursJensen, Joan M. and Sue Davidson, eds. A Needle, A Bobbin, A Strike: Women Needleworkers in America. Philadelphia: Temple University Press, 1984: page 197..
Parmi les 175 délégués du congrès fondateur de l'ACWA, elle est l'une des cinq femmes présentes. Elle insiste sur la nécessité de nommer une organisatrice. Elle devient ensuite secrétaire du Conseil conjoint, l'organe central de l'ACWA à Baltimore. Le , elle y crée le département de l'éducation, avec une attention particulière portée aux expériences des syndicalistes féminines.
En 1916, l'ACWA la nomme au conseil d'administration, où elle est la seule femme. Elle est également nommée au Conseil exécutif général (GEB), composé de sept membres, dont elle est la seule représente féminine. En juillet, à l'âge de vingt et un ans, elle devient la première femme à occuper le poste de vice-présidente d'un grand syndicatNina Lynn Asher, Dorothy Jacobs Bellanca: Feminist Trade Unionist, 1894-1946 (University Microfilms International, 1982), pg. iv..
Au sein du syndicat, Dorothy Bellanca assume diverses responsabilités. En 1917, elle assiste d'importantes campagnes de syndicalisation, notamment des grèves à Philadelphie et à New York. La même année, l'ACWA la nomme organisatrice à temps plein chargée des femmes. Dans ce poste, elle promeut une culture syndicale qui implique les membres du syndicat et leurs familles dans des activités en dehors du lieu de travail. Elle contribue régulièrement à Advance, le journal de l'ACWA, qui commence à paraître en anglais en mars 1917 et comprend aussi des articles en italien et en yiddish. Jacobs s'efforce d'intégrer une perspective féministeau sein du syndicalisme et se consacre à l'amélioration des conditions de vie des femmes de la classe ouvrière. Elle encourage une relation de coopération entre les sexes.
En 1918, elle épouse , un dirigeant syndical italien de l'ACWA. La même année, elle est réélue au GEB, mais démissionne après son mariage, tout en restant active au sein du syndicat. Durant la guerre, elle incite la syndicalisation des fabricants d'uniformes. En 1920, ils intègrent un comité spécial chargé de s'attaquer aux « ateliers fugitifs », qui échappent au syndicat en déplaçant leurs installations vers des régions en difficulté économique. Dorothy Bellanca devient l'une des syndicalistes les plus influentes. Deux ans plus tard, August tombe malade et doit se reposer. Le couple part alors à l'étranger, pour échapper aux pressions syndicales. Persuadée du caractère unique de la contribution de celui-ci, Bellanca estime pouvoir mieux l'aider, et donc aider le syndicat, en démissionnant pour se consacrer à lui.
En , le GEB invite Bellanca à diriger un nouveau département féminin. Faisant passer l'intérêt du syndicat avant ses intérêts personnels, elle en recommande la dissolution en 1926, après avoir appris que les hommes de Baltimore le désapprouvaient. Elle continue toutefois de soutenir des activités syndicales ciblant les femmes, mais s'oppose à sa réinstauration en 1928.
Durant la Grande Dépression, Bellanca se fait la porte-parole des ouvriers du textile au chômage. Elle est active en politique aux niveaux municipal, étatique et fédéral. Elle est membre de la Commission du maire de New York pour l'unité et siège dans plusieurs commissions d'État visant à mettre fin à la discrimination raciale sur le lieu de travail. Partisane du président Franklin D. Roosevelt, elle contribue à organiser la section de l'État de New York du Parti travailliste américain (, ALP). Elle siège au Comité de protection maternelle et infantile en 1938, à la demande de la secrétaire au Travail, Frances Perkins. Elle se présente aux élections du Congrès des États-Unis pour le huitième district congressionnel de Brooklyn la même année, avec le soutien du Parti travailliste américain, du Parti républicain, du Parti de la fusion urbaine, du Parti progressiste et de Fiorello La Guardia. Elle perd le vote lorsque le président sortant, Donald O'Toole, la discrédite auprès du public. Elle rejoint le Comité des politiques féminines de la Commission de la main-d'œuvre de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale.
Bellanca devient la première femme vice-présidente de l'ACWA en 1934 et occupe ce poste jusqu'à sa mort en 1946. Elle meurt le à New York, à l'âge de , des suites d'un myélome multiple.
Le New York Times décrit Dorothy Jacobs Bellanca comme une organisatrice syndicale hors pair et une oratrice captivante. Elle est l'une des figures de proue du mouvement syndical féminin américain.
Pour en savoir plus Jensen, Joan M. et Sue Davidson (1984). Une aiguille, une bobine, une grève : les couturières en Amérique . Philadelphie : Temple University Press. « Dorothy Jacobs Bellanca », Encyclopædia Britannica (2009)
Références
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