vignette| Fosse à incinération à ciel ouvert de la base opérationnelle avancée Sharana, Paktika, en Afghanistan, en 2013 Les impacts environnementaux de la guerre en Afghanistan, depuis le début de la guerre soviéto-afghane en 1979 jusqu'au retrait des États-Unis d'Afghanistan en 2021, affectent négativement la faune, la flore mais aussi la santé des parties impliquées. Les impacts environnementaux comprennent, entre autres, les conséquences de l'utilisation de fosses d'incinération à ciel ouvert du département de la Défense des États-Unis et la dégradation des systèmes d'irrigation traditionnels. Les fosses d'incinération ont produit des rejets dangereux. Les impacts de l’irrigation, importants en raison de la sécheresse des terres, ont été catalysés par l’activité militaire et les effets sociétaux du conflit. Ils contribuent notamment à l’augmentation de la production d’opium afghan.

Fosse à incinération à ciel ouvert L'incinération à ciel ouvert est la méthode dominante utilisée par le Département de la Défense des États-Unis pour se débarrasser des déchets de ses bases militaires pendant la guerre américaine en Afghanistan, et ce jusqu'en 2013. Ces déchets sont incendiés dans des champs à ciel ouvert, à l'aide de carburant d'aviation JP-8 et de diesel. Les fosses d'incinération à ciel ouvert ne sont alors ni réglementées ni surveillées. Les déchets sont composés de matériaux que le ministère de la Défense considère comme dangereux et interdits, notamment des plastiques, des aérosols, des pneus, des métaux et des batteries. En 2010, le Département de la Défense des États-Unis brûle quotidiennement environ 12,7 tonnes de déchets provenant de la base opérationnelle avancée Salerno, dans 184 fosses d'incinération distinctes. Leur combustion, à proximité des habitations et des terres agricoles afghanes, produit des fumées toxiques contenant des composés organiques volatils (COV), des particules fines (PM), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des dioxines et de l'acroléine, contaminant l'air, les cultures vivrières et les cours d'eau, et entraînant une exposition externe, par inhalation ou par ingestion. Les effets immédiats de cette pollution chronique impliquent une irritation ou une douleur de la peau, des yeux et de la gorge, ainsi que des difficultés respiratoires. L’exposition à long terme est associée à des lésions pulmonaires, des troubles neurologiques, des cancers, des maladies respiratoires, cardiovasculaires et auto-immunes, bien que les liens de causalité restent insuffisamment étudiés en raison du nombre limité de données. Les conséquences graves et à long terme sur la santé associées aux brûlis à ciel ouvert chez les civils afghans et les anciens combattants américains sont comparées aux effets de l'Agent orange pendant la guerre du Vietnam.

Systèmes d'irrigation vignette|Un karez effondré sur la base aérienne de Shindand, à Hérat, en Afghanistan, en 2010. Entre 1979, date de l’invasion soviétique, et 2014, date de la fin de la Force internationale d'assistance et de sécurité en Afghanistan, la superficie des terres irriguées diminue de 40 %. L’échec des systèmes d’irrigation est attribué à la destruction des matériels par les guerres, et aux conséquences sociales, économiques et politiques des guerres de cette période. Historiquement, l'exploitation et l'entretien de l'irrigation font partie d'un système de travail collectif et communautaire, régi par le mirab, un élément de la gouvernance traditionnelle de l'irrigation. Toutefois, l’érosion des relations sociales due aux tensions et à la méfiance engendrées par le conflit et le contrôle exercé par les moudjahidines puis par les insurgés talibans fragilise fortement le système de gouvernance. L’effondrement institutionnel et économique est particulièrement perturbateur étant donné le fort besoin de main-d’œuvre et l'importance économique des systèmes d’irrigation traditionnels tels que le karez. Cet effondrement, et la violence, provoquent des migrations loin des systèmes de karez, situés dans les zones rurales, diminuant ainsi la transmission des connaissances en matière d'irrigation. De plus, les tunnels karez sont endommagés par les explosions lors de la guerre souterraine menée par les armées soviétique et afghane, par les bases militaires américaines construites au-dessus d'eux, et enfin par la destruction soviétique des campagnes où les insurrections prennent naissance.

Culture de l'opium vignette|Des agriculteurs cultivent un champ de pavots au sud de la base opérationnelle avancée de Shir Ghazi, dans la province d'Helmand, en Afghanistan, en 2012. Les systèmes d’irrigation délabrés font partie d'un ensemble de facteurs environnementaux qui conduisent, en partie, à l’essor de la production d’opium en Afghanistan à partir de l’invasion soviétique. Le manque d’irrigation, combiné à la destruction des vergers et des terres agricoles par les Soviétiques, ainsi qu'à une sécheresse de plus en plus sévère dans la région, entrainent des pertes de récoltes de blé, de céréales et de pâturages. Ces conséquences engendrent une insécurité alimentaire et des pertes de bétail et de moyens de subsistance. La dette qui en résulte, associée à la prédominance de l'agriculture dans l'économie afghane et aux inégalités et à l'instabilité économique engendrées par la guerre, incite les agriculteurs à remplacer l'élevage par la culture du pavot. Les pavots sont plus résistants, nécessitent environ 80 % d'eau en moins que les cultures licites, et ont aussi une valeur assurée sur le marché mondial. De ce fait, les agriculteurs attribuent leur capacité à conserver leurs terres à la culture du pavot.

Voir aussi Conflit afghan Invasion de l'Afghanistan par les États-Unis Impact environnemental de la guerre

Références

Catégorie:Environnement en Afghanistan Catégorie:Impact anthropique sur l'environnement