La grotte du Djebel Taya, également appelée Ghar el-Djemaa ou grotte Ejmâa, est une cavité naturelle située dans la commune de Bouhamdane, dans la wilaya de Guelma, sur le versant nord du Djebel Taya. Elle se trouve à environ d'altitude. La cavité est connue pour ses formations karstiques, ses vestiges paléontologiques et anthropologiques, ainsi que pour son ensemble exceptionnel d'inscriptions latines datant de l'époque romaine.

Datation Les découvertes effectuées dans la grotte témoignent de fréquentations à différentes périodes, mais leur datation demeure incertaine. Les vestiges paléontologiques indiquent une fréquentation de la cavité au cours de la Préhistoire, notamment par des ours. Un crâne humain découvert dans la grotte a été étudié par Lucien Mayet en 1944 ; celui-ci considère toutefois que son ancienneté ne peut être déterminée avec précision en l'absence de données stratigraphiques suffisantes.

À l'époque romaine, la grotte connaît une fréquentation cultuelle attestée par plusieurs inscriptions consacrées à Bacax, une divinité libyque vénérée dans la cavité. Les dédicaces, principalement datées du , s'échelonnent de 210 à 284 apr. J.-C. et sont notamment l'œuvre des magistrats de Thibilis, qui effectuaient chaque année un pèlerinage au sanctuaire entre la fin mars et le début mai, en l'honneur de Bacax Augustus. D'autres fidèles, notamment les magistri des Dothenses, une communauté probablement établie dans les environs de Thibilis, y ont également laissé des inscriptions votives. Une inscription datée de 182 est également signalée à proximité de la grotte, mais elle constitue un cas distinct de la série principale des inscriptions de Bacax.

Description La grotte s'ouvre dans le flanc nord du Djebel Taya. Elle se situe à environ d'altitude et présente une longueur annoncée de pour une profondeur de . Elle comprend plusieurs passages et couloirs et se caractérise notamment par la présence de stalactites et de stalagmites.

Les observations de Robert Barone, publiées en 1944 à la suite d'une exploration entreprise à partir de 1937, distinguent quatre grandes salles reliées par différents couloirs et espaces secondaires. L'accès principal se présente sous la forme d'un couloir d'environ trois mètres de largeur qui conduit, après une vingtaine de mètres, à la salle de la Descente. Celle-ci communique avec la salle de la Djemâa par un puits presque vertical. La salle de la Djemâa donne elle-même accès à d'autres espaces souterrains, dont la salle du Clan Millot, découverte en 1941, et la salle du Chardon Bleu.

Exploration et recherches anciennes La grotte était connue avant les recherches scientifiques modernes. Au , elle fait notamment l'objet de recherches du général Louis Faidherbe, qui y effectue des fouilles en 1867. Celles-ci livrent une importante quantité d'ossements appartenant à plusieurs espèces animales préhistoriques, témoignant de l'intérêt paléontologique du site.

À partir de 1937, Robert Barone entreprend une exploration plus systématique de la cavité. Il décrit notamment son réseau interne et souligne la présence de nombreuses inscriptions romaines dans le couloir d'entrée.

D'autres recherches sont menées au début du . Les travaux de Stéphane Gsell, puis ceux de Jeanne et Prosper Alquier, contribuent à l'étude des inscriptions de la grotte. Les relevés épigraphiques sont ensuite repris et complétés par Hans-Georg Pflaum, notamment dans le deuxième volume des Inscriptions latines de l'Algérie.

Vestiges paléontologiques et anthropologiques Les recherches anciennes ont livré un ensemble important de restes animaux. Le magot (Macaca sylvanus) figure parmi les espèces signalées dans la grotte. Léonce Joleaud rapporte les observations de Jules-René Bourguignat concernant des ossements de singe découverts dans le remplissage de la cavité, à proximité d'une couche contenant des objets romains. Bourguignat proposait d'y voir les traces d'une présence du primate dans la région peu avant la conquête romaine. Joleaud rapporte également une autre interprétation, selon laquelle les restes de primates recueillis par Louis Faidherbe auraient pu correspondre à des restes alimentaires d'ours ayant occupé la grotte.

Les restes d'ours ont également fait l'objet d'études. Marcel A. J. Couturier, dans une étude consacrée au calvarium d'un ours brun pléistocène de la grotte de Malarnaud, compare ce spécimen à un calvarium d'Ursus arctos larteti provenant du Djebel Taya, précédemment étudié par Camille Arambourg. Il relève plusieurs caractères morphologiques communs entre les deux spécimens.

Un crâne humain découvert dans la grotte a été examiné en 1944 par le médecin et anthropologue Lucien Mayet. Il constate une forte minéralisation du crâne, mais précise que ce phénomène ne suffit pas à déterminer son ancienneté, puisqu'il dépend notamment des conditions dans lesquelles le vestige s'est conservé. Faute de données stratigraphiques, de faune associée et de matériel archéologique provenant de la même couche, Mayet considère son ancienneté comme indéterminée.

Le sanctuaire de Bacax À l'époque romaine, la grotte constitue un lieu de culte consacré à Bacax, divinité attestée principalement par les inscriptions gravées dans la cavité. Le sanctuaire se trouve dans le territoire de la cité de Thibilis, en Numidie.

Les inscriptions ont été gravées principalement dans la partie proche de l'entrée. Leur abondance fait de la grotte un document majeur pour l'étude du culte de Bacax et des communautés locales de la région. Une étude récente de Valentino Gasparini recense 83 inscriptions dans les grottes de Taya et analyse leur répartition ainsi que leur rapport avec les magistratures locales.

Le culte est notamment associé aux magistrats de Thibilis. Jacques Gascou montre que les inscriptions datées de la grotte mentionnent des magistri Thibilitanorum et permettent de suivre cette fonction sur plusieurs décennies. Dans la plupart des cas, deux magistrats annuels sont attestés ; certaines années ne livrent toutefois qu'un seul nom.

La grotte est également liée à la communauté des . Cinq inscriptions consacrées à Bacax mentionnent des magistrats de cette communauté. Son lieu d'établissement exact demeure inconnu, mais Gascou considère qu'elle devait se situer dans le voisinage de Thibilis.

Les inscriptions montrent ainsi que le sanctuaire n'était pas seulement fréquenté par les habitants de Thibilis. Il constituait un espace religieux commun à plusieurs communautés de la région, dont les représentants municipaux y faisaient inscrire leurs dédicaces.

Inscriptions et pratiques religieuses Les inscriptions latines constituent la principale source permettant de connaître le fonctionnement du sanctuaire. Gabriel Camps indique que les magistrats de Thibilis se rendaient régulièrement dans la grotte et que les dédicaces s'échelonnent notamment entre 210 et 284.

La fonction de magister appartenait à la vie institutionnelle des communautés locales. Gascou précise qu'elle était considérée comme un honos et qu'elle pouvait entraîner le paiement d'une summa honoraria.

Paul-Albert Février a utilisé le site dans ses recherches sur les rapports entre religion, urbanisation et élites municipales dans l'Afrique romaine. Il évoque notamment les magistrats de Thibilis, les inscriptions de la grotte et les stèles consacrées à Saturne.

Les travaux plus récents proposent différentes interprétations du culte. Ridha Kaabia étudie le sanctuaire de Bacax sous l'angle de sa genèse, de ses rites et de ses fonctions et replace les pratiques religieuses de la grotte dans le contexte du territoire de Thibilis et de son calendrier cultuel.

Une étude publiée en 2024 propose pour sa part une approche ethnographique destinée à éclairer la nature du dieu Bacax. Elle complète les approches épigraphiques et historiques du sanctuaire, mais ses interprétations doivent être distinguées des données directement fournies par les inscriptions.

Interprétations contemporaines L'identité et les fonctions précises de Bacax ne peuvent être entièrement reconstituées à partir de son seul nom. Gabriel Camps l'étudie dans le cadre plus large des divinités locales africaines traditionnellement rapprochées des Dii Mauri.

Les recherches récentes accordent davantage d'attention au contexte dans lequel les inscriptions ont été produites. Gasparini analyse notamment la relation entre les magistratures urbaines, les communautés locales et la sacralisation temporaire d'espaces ruraux ou naturels. Dans cette perspective, la grotte apparaît comme un lieu religieux situé en dehors de l'espace urbain mais étroitement lié aux institutions de Thibilis.

Kaabia insiste quant à lui sur les rites accomplis dans la grotte et sur leur insertion dans la vie religieuse de Thibilis.

Protection La grotte de Ghar Djemaa est aujourd'hui présentée par les autorités locales comme un site naturel et historique. La cavité aurait également servi de refuge et de centre de commandement à l'Armée de libération nationale pendant la guerre d'Algérie.

Les « Grottes du djebel Taya » figurent par ailleurs parmi les sites naturels classés dans les listes patrimoniales algériennes.

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