Henchir Tarlist est un site archéologique antique de Numidie, situé dans la localité de Sidi Khallef, dans la commune d'Aïn Azel, dans la wilaya de Sétif, sur les hauts plateaux de l'est de l'Algérie. L'agglomération antique, établie sur la route reliant Zaraï à Diana Veteranorum et Lamasba, comprenait plusieurs édifices chrétiens. Parmi ceux-ci figurent une basilique et une chapelle décrites par Stéphane Gsell, puis une basilique fouillée en 1937 par Michel Labrousse.

Localisation Les ruines de Tarlist se trouvent sur les hauts plateaux de l'ancien département de Constantine, dans le pays des Ouled-Sellem, à environ à l'est d'Aïn Azel (dénommée Ampère pendant la colonisation française). Le site se situe à proximité du marabout de Sidi Khallef et relevait autrefois du douar de Beidha Bordj, dépendant de la commune mixte des Eulmas.

L'agglomération antique était implantée sur le rebord d'un plateau prolongeant vers le nord le Djebel-Fourhal et sur les terrasses descendant jusqu'au ravin de l'oued Tarlist. Michel Labrousse estime sa superficie à environ 10 à 12 hectares.

Tarlist appartenait à la Numidie et se trouvait sur une voie antique reliant Zaraï à Diana Veteranorum et à Lamasba, par le col de Tifélouine. Labrousse renvoie, pour cette voie, aux travaux de Gsell et aux inscriptions du Corpus Inscriptionum Latinarum.

Stéphane Gsell répertorie le site dans son Atlas archéologique de l'Algérie, sur la feuille 26 consacrée à Bou-Taleb, sous le numéro 71. L'inventaire de Fatima Zahra Boughanem identifie à cet emplacement une première église aux coordonnées 35°48′08″ N et 5°43′07″ E..

Historique Le site est connu des recherches archéologiques antérieures aux fouilles de 1937. Gsell en donne une description dans ses Les Monuments antiques de l'Algérie, où il distingue deux édifices chrétiens : une église et une chapelle.

Dans l'Atlas archéologique de l'Algérie, le site est également cartographié sous la référence « 71 » de la feuille 26. Labrousse reprend cette référence dans son étude consacrée à Tarlist et précise que les ruines étaient désignées sur la carte d'état-major sous le nom du marabout de Sidi-Krelif, qu'il corrige en Sidi-Khallef.

En 1937, Michel Labrousse entreprend des fouilles dans la basilique. Ses recherches sont réalisées avec le soutien de Louis Leschi, alors directeur des Antiquités de l'Algérie, et donnent lieu à la publication, en 1938, de l'étude « Basilique et reliquaire d'Henchir-Tarlist (Algérie) » dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire.

Des notes de travail consacrées à Zaraï et Henchir Tarlist, datées de 1937, sont également conservées dans le fonds Michel Labrousse de la bibliothèque du Musée Saint-Raymond à Toulouse.

L'ouvrage d'André Berthier, Fernand Logeart et Maurice Martin, Les vestiges du christianisme antique dans la Numidie centrale, publié en 1943, reprend Henchir Tarlist dans son étude des monuments chrétiens de la Numidie centrale.

Éléments du site La basilique Stéphane Gsell décrit une première église, non encore fouillée à son époque, dont les murs ne dépassaient guère le niveau du sol. Elle mesurait environ de longueur sur de largeur, hors atrium. Celui-ci, situé devant la façade, atteignait de longueur et avait la même largeur que la basilique ; Gsell n'y distinguait pas de portiques.

L'église présentait un plan rectangulaire terminé par une abside semi-circulaire. Une seule porte occupait le milieu de la façade. L'espace intérieur devait être divisé en trois vaisseaux par deux colonnades, dont aucun élément n'était encore en place, bien que plusieurs fragments fussent visibles dans les ruines.

Pour l'aménagement de l'abside, Gsell envisage deux possibilités : soit un mur transversal fermant le presbyterium et percé de passages vers la nef et les collatéraux, soit une rangée de colonnes disposées en demi-cercle, formant une galerie autour d'un espace central réservé au clergé. Il estimait que seules des fouilles permettraient de trancher entre ces hypothèses.

Les fouilles menées par Labrousse en 1937 ont permis de préciser le plan de l'édifice. Il donne une longueur d'environ et une largeur de pour la basilique, dimensions auxquelles s'ajoute l'atrium, portant la longueur totale à environ .

Les différences entre les dimensions relevées par Gsell et celles de Labrousse tiennent notamment aux modalités de mesure : Boughanem considère les mesures de Gsell comme probablement extérieures et celles de Labrousse comme probablement intérieures.

Anne Michel inclut Henchir Tarlist parmi les églises de Numidie pour lesquelles les données disponibles permettent d'envisager une existence au au temps de saint Augustin, entre l'Antiquité tardive et la première moitié du .

La chapelle Stéphane Gsell signale une seconde construction située environ au nord-est de la basilique. Il l'identifie comme une chapelle, alors non fouillée et mal conservée. Elle mesurait environ de longueur sur de largeur.

Une porte s'ouvrait sur la façade. Deux colonnades séparaient les trois vaisseaux et reposaient sur des bases de type attique à socle élevé. L'abside, dont le mur était courbe à l'intérieur comme à l'extérieur, ne dépassait pas le rectangle général de l'édifice. Elle était flanquée de deux sacristies, plus élevées que le reste de la chapelle.

L'inventaire de Boughanem reprend cette seconde église comme une construction distincte, non fouillée, située aux environs de l'église principale.

Découvertes Le reliquaire Les fouilles de Labrousse ont mis au jour dans la basilique un dépôt de reliques. Le reliquaire consistait en une cuve de pierre mesurant environ sur , pour une profondeur de . Il était placé sous le niveau du pavement du presbyterium et recouvert d'une dalle de plus de deux mètres de longueur.

Le couvercle portait une inscription peinte dont les caractères ont été attribués, sur des critères paléographiques, à la seconde moitié du . Le texte mentionnait douze martyrs, parmi lesquels plusieurs saints orientaux dont le culte s'était diffusé en Afrique dans le contexte de la reconquête byzantine.

La datation de cette inscription conduit à distinguer le dépôt reliquaire de la phase initiale de construction de la basilique. Anne Michel considère en effet le dépôt de reliques de Henchir Tarlist comme tardif.

Les sépultures La basilique comportait plusieurs sépultures, notamment dans le secteur du chœur. Deux tombes étaient disposées perpendiculairement à l'axe de l'église, au centre du chœur, à environ sous le niveau du pavement. Elles étaient associées à un dispositif interprété comme un possible ciborium. Une dalle mesurant environ sur marquait l'emplacement présumé de l'autel.

Immédiatement derrière cet ensemble se trouvait une construction composée de quatre colonnes reliées par de petits murs, disposée autour d'un massif couvrant une tombe profonde d'environ . Labrousse interprétait cet aménagement comme un autel tardif. Isabelle Gui proposait au contraire d'y voir un autel devant lequel auraient été regroupées des sépultures privilégiées sous un ciborium. Anne Michel estime que les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement entre ces interprétations

Une inscription funéraire, « memoria Paterini eips », était gravée sur le bloc de piédestal d'une colonne du chœur. Sa graphie a été attribuée à la fin du ou au début du . Labrousse l'avait interprétée comme une inscription relative à un évêque, tandis qu'Isabelle Gui l'a mise en relation avec l'une des sépultures situées sous le dispositif à colonnes.

D'autres tombes étaient aménagées contre les murs de l'église et dans le secteur du chœur. Anne Michel signale notamment une chambre funéraire d'environ sur et profonde de , ainsi que des tombes ayant livré un mobilier funéraire relativement abondant.

Ces aménagements ont été rapprochés des pratiques d'inhumation privilégiée dans les édifices chrétiens. L'hypothèse d'une tombe sainte ou martyriale a également été envisagée, mais elle ne peut être considérée comme établie avec certitude. Les sépultures de Henchir Tarlist peuvent ainsi être replacées dans le phénomène plus large des tombes privilégiées attesté en Maurétanie Césarienne, en Maurétanie Sitifienne et en Numidie.

Chronologie et interprétation Les données disponibles montrent plusieurs phases dans l'histoire de l'ensemble chrétien de Henchir Tarlist. La basilique appartient à un groupe d'édifices de Numidie susceptibles d'avoir fonctionné durant la période augustinienne. Le dépôt reliquaire est en revanche postérieur et peut être rattaché à la seconde moitié du .

L'organisation du chœur et la présence de sépultures sous ou à proximité de dispositifs à colonnes témoignent de l'importance accordée aux inhumations privilégiées dans l'espace liturgique. Toutefois, l'interprétation de ces tombes comme sépultures de martyrs demeure hypothétique, les données pouvant également correspondre à des inhumations privilégiées de personnes bénéficiant d'une place particulière dans la communauté chrétienne.

La basilique a ainsi connu une évolution de ses fonctions funéraires et cultuelles. À un premier état caractérisé par l'organisation liturgique et les sépultures du chœur s'ajoute, à une période plus tardive, un dépôt de reliques mentionnant plusieurs martyrs, dont certains saints orientaux.

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