Le contact précolombien entre la Polynésie et l'Amérique se réfère au contact entre des navigateurs polynésiens et des peuples d'Amérique du Sud. Cet évènement a probablement eu lieu au , mais son existence a été largement oubliée jusqu'à sa redécouverte au .

S'il est établi qu'il y ait eu déplacement de Sud-Américains vers la Polynésie, le voyage inverse est l'objet de controverse scientifiques; le contact aurait pu résulter de radeaux échoués, sans retour. Les preuves du contact

Agriculture et élevage C'est d'abord la présence en Polynésie de plantes originaires d'Amérique du Sud, en particulier la patate douce et la gourde (Lagenaria siceraria, aussi présente en Asie) qui a soutenu l'hypothèse d'un contact entre ces deux régions.

En 2007, l'analyse au carbone 14 d'un os de poulet au Chili a été effectuée, qui semblait affirmer l'introduction de poulets polynésiens à l'époque précolombienne, mais cette étude a été fortement remise en question depuis. En 2009, une étude crâniométrique affirme que des ossements humains retrouvés sur l'île côtière chilienne de Mocha seraient d'origine polynésienne, et datent de l'époque précolombienne.

Des études génétiques ont montré que la patate douce était présente en Polynésie avant l'arrivée des européens, dès 1100. Cependant, elle a été réintroduite en plusieurs occasions, ce qui rend difficile l'analyse de ses origines. Une autre étude affirme cependant qu'elle y était présente avant même le peuplement par les Polynésiens, et serait donc arrivée sans intervention humaine.

Échange linguistique et culturel vignette|les divers noms de la patate douce, originaire d'Amérique du Sud mais connue en Polynésie, permettent de retracer l'histoire de sa diffusionL'étude linguistique des noms de la patate douce suggère elle aussi, dès le , un transfert de l'Amérique du Sud vers la Polynésie. En effet, alors que le mot taïno « batata » a été diffusé en Europe par Christophe Colomb (et a donné «patate » en français); que le mot nahuatl «camotli » a été diffusé aux Philippines par les Espagnols; lors de l'arrivée des premiers explorateurs européens en Polynésie, ceux-ci constatèrent que la patate douce était déjà cultivée, et appelée de noms dérivés du quechua « kumara ».

De plus, la zone de contact présumée en Amérique du Sud (entre le nord du Pérou et le sud de la Colombie) est la seule du continent où les autochtones pratiquaient la navigation à voile triangulaire, comme en Polynésie. La navigation étant par ailleurs peu développée sur la côte des Andes précolombiennes, cela laisse à penser que les Polynésiens s'y sont rendus, et que la population locale a adopté leur technique.

D'autres similitudes de vocabulaire et de technique (du travail de la pierre, notamment), ont été observées entre les cultures Mapuche et Polynésienne.

Génétique humaine En 2014, une première étude génétique compare la population Rapa Nui de l'île de Pâques à celle de populations Sud-Américaines. Les auteurs constatent la présence d'une composante d'origine Sud-Américaine dans la population, et estiment à 1280-1495 la période d'arrivée de ces gènes dans la population Rapa Nui.

En 2020, une autre étude confirme le croisement des populations avec des preuves concluantes. De plus, ses résultats suggèrent qu'il n'y aurait eu qu'un seul «évènement de contact», vers 1150 au plus tôt, et que ce contact aurait coïncidé avec le peuplement de l'Ouest de la Polynésie. Les population amérindiennes contactées seraient proches des Zenú de Colombie. Le contact aurait donc eu lieu avant le peuplement de l'île de Pâques, qui était jusque là considérée comme le lieu le plus probable du contact (selon l'hypothèse de Thor Heyerdahl).

Tradition orale À la fin du , les récits de la tradition orale ont été mis par écrit sous forme de puta tupuna ( « livre des ancêtres » ) sur plusieurs îles de Polynésie française. Ils ont toutefois été recopiés plusieurs fois depuis leur première mise par écrit, les recopiages successifs engendrant souvent des erreurs ou des ajouts. Les puta tupuna de Rurutu disent:

Cependant, il faut noter qu'une grande partie du texte a été réécrite et modifiée dans les années 1960. L'assimilation de ce troisième peuple aux Incas est certainement un ajout récent, car il ne figure pas dans d'autres versions de la tradition. Cet ajout pourrait résulter de la présence à Rurutu d'Éric de Bisschop dans les années 1950 et de la récence de l'expédition du Kon-Tiki.

Notes et références