Adrienne (Adya) Van Rees-Dutilh (7 juin 1876 – 11 août 1959) est une artiste textile, peintre et graphiste néerlandaise.
Elle vit à Montmartre au sein du Bateau-Lavoir à partir de 1904, avec son compagnon, Otto Van Rees, qui va devenir son mari, y cotoyant l’avant-garde artistique et cosmopolite européenne, puis fait partie du mouvement Dada à Zurich. Elle est l'une des premières signataires du premier manifeste Dada de Berlin. Elle réalise des peintures mais aussi des broderies. Elle est également l'une des premières artistes néerlandaises à pratiquer l'art abstrait.
Biographie Adya Van Rees-Dutilh, née Dutilh le 7 juin 1876 à Rotterdam, aux Pays-Bas, au sein d’une famille de négociants, appartenant à la haute bourgeoisie. Elle étudie le dessin auprès de Barbara Elisabeth van Houten à La Haye, puis suit les cours d’Ernest Blanc-Garin dans son atelier de Bruxelles. En 1898, elle s'installe, seule, dans Le Gooi, province néerlandaise à proximité d'Amsterdam, au sud-est de cette métropole, et se consacre à la peinture. Entre 1899 et 1902, elle participe à des expositions à Amsterdam, Rotterdam et Bruxelles. En 1904, elle rencontre Otto Van Rees, peintre également, de huit ans son cadet. Ils passent l'été ensemble, en Zélande.
Otto Van Rees quitte les Pays-Bas pour Paris, en octobre 1904, et s'y perfectionner dans des écoles privées, dont l'atelier Cormon au 104 boulevard Chichy, devenu l'atelier Humbert. Elle le rejoint à Paris. Leur couple, en union libre, s'installe dès 1904 dans le quartier de Montmartre à Paris, au sein d'une cité d'artistes connue sous le nom de Bateau-Lavoir, où un atelier était disponible que Pablo Picasso (qui y vivait et y avait son atelier), rencontré par Otto au Lapin agile, leur a indiqué. Puis, au printemps 1905, ils s'installent à Fleury-en-Bière, un petit village près de Barbizon et de la forêt de Fontainebleau. En 1909, elle épouse Otto Van Rees à Courbevoie. Ils ont trois enfants ensemble. Au Bateau-Lavoir, le couple y a côtoyé d’autres artistes avant-gardistes installés eux-aussi sur la Butte Montmartre au début du siècle dont Pablo Picasso, mais aussi Georges Braque, Kees van Dongen, Otto Freundlich, et bien d’autres. Certains artistes, rencontrés souvent à Montmartre, viennent les voir et séjournent à Fleury-en-Bière, comme Kees van Dongen, mais aussi Marc Chagall ou Otto Freundlich et les écrivains Blaise Cendrars, Ludwig Rubiner ou encore Emil Szittya. Deux filles naissent, l'une en 1906, Aditya, l'autre en 1911, Magda. Ils conservent leur atelier au Bateau-Lavoir. Ils voyagent aussi en Italie, Vérone, Venise, Florence, Rome. Ils y réalisent des œuvres postimpressionnistes souvent baignées de lumière, et s'y installent quelque temps, prêtant leur atelier du Bateau-Lavoir à Kees van Dongen, avant de revenir en France. Un mouvement artistique s'impose alors, le cubisme, que Otto et Adya interprètent à leur façon. C'est à cette époque qu'Adya Van Rees-Dutilh commence à se consacrer à la création d'œuvres textile, tapisseries et broderies. C'est une activité traditionnellement féminine, mais alors peu pratiquée par des femmes artistes, en s'inspirant de la pratique de l'art contemporain, mais c'est une activité plus simple à interrompre et à reprendre qu'une peinture lorsqu'on garde des enfants. Ses recherches artistiques s'accompagnent d'une recherche spirituelle. Adya Van Rees-Dutilh se convertit au catholicisme en 1914 et la religion devient un thème récurrent dans son œuvre ultérieure. Le couple se lie également d'amitié avec le futuriste italien Gino Severini, et introduit Piet Mondrian rencontré dès 1904 aux Pays-Bas puis retrouvé en 1911 à Paris auprès de Guillaume Apollinaire. En 1912, Piet Mondrian réalise un portrait d'Adya Van Rees-Dutilh;
La Première Guerre mondiale éclate. Otto Van Ress est mobilisé dans l'armée néerlandaise. Adya Van Rees s’installe en Suisse, avec leurs deux filles, notamment à Ascona et Zurich. Puis son mari, réformé de l'armée néerlandaise au printemps 1915, et démobilisé, les rejoint. Le couple est proche de Jean Arp. En novembre 1915, elle et Otto participent à une exposition collective dada à la Galerie Tanner de Zurich. Adya y expose des broderies abstraites, ainsi que des portraits au crayon dans un style cubo-futuriste. En décembre 1916, Otto et Adya Van Rees regagnent Paris et s'installent à Montparnasse. En 1917, naît leur troisième enfant, Jean-Luc. En 1918, elle signe le manifeste dada de Berlin. À la fin du conflit, sa petite famille vit entre Ascona et les Pays-Bas. En 1919, Otto Van Rees et leur fille Aditya sont sévèrement blessés dans un accident ferroviaire en France. Leur fille Aditya Van Rees succombe à ses blessures tandis que son père est hospitalisé et doit réapprendre à marcher.
La petite famille d'Adya Van Rees-Dutilh revient ensuite à Paris en 1928, et s'installe en octobre de cette année-là au 28, rue Lacretelle, à l'étage, dans un appartement en dessous de celui de Georges Vantongerloo. De nouvelles relations se tissent, et les expositions se multiplient. Leur atelier se situe dans le quartier du Montparnasse. Le couple participe à l'émergence du groupe artistique Cercle et Carré, fondé par Michel Seuphor et Joaquín Torres García. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Ayda Rees-Dutil vit séparée d’Otto : leur couple s'est en effet progressivement fragilisé, Adya étant devenue très croyante, à la différence d'Otto. Mais ils n'ont pas divorcés. Joaquín Torres García dresse un portrait du couple dans ses écrits , et sur Adya, il écrit : . Le Krach de 1929 touche notamment les marchands d'art et leurs revenus diminuent. Elle passe les années de guerre en Suisse, avec peu de moyens, vivant de cours de français et de piano et de la réalisation de portraits. Elle réalise aussi de la broderie de sujets historiques et religieux. Otto Van Rees vit à Utrecht. Il partage son atelier et sa vie, de façon précaire, avec une jeune peintre, Micha Landt, de 28 ans sa cadette. Adya est de retour aux Pays-Bas en 1948/1949. Elle vit dans des pensions et chez des amis, puis avec Otto à Utrecht en 1951 après la rupture de celui-ci avec Micha Lang et jusqu’à sa mort en 1957. Ils occupent deux espaces distincts d'une même maison. Sa vue s’est détériorée et Adya est devenue incapable de créer. Otto meurt en mai 1957, à 73 ans. Adya Van Rees-Dutilh meurt le 11 octobre 1959, à 83 ans. Ils reposent ensemble près d'Utrecht, dans le cimetière de Bilthoven, et sur leur tombe figure l'inscription : (la vie est brève mais l'art demeure).
En 2026, une rétrospective est organisée en France et consacrée au couple Otto Van Rees & Adya Van Rees-Dutilh, au musée de Montmartre.
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