Louis Cloutier (1936–2017) est un ingénieur et professeur québécois en génie mécanique, spécialisé notamment dans la mécanique des conducteurs électriques, les vibrations éoliennes et la fatigue des conducteurs des lignes de transport d'électricité. Il a notamment travaillé pour le groupe Hydro-Québec et son Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) où ses recherches en mécanique et dynamique ont grandement contribué au développement des lignes de transport d'électricité sur de très grandes distances et à l'essor d'Hydro-Québec à l'époque des grands travaux de la Baie-James.
Biographie
Formation et début de carrière
Louis Cloutier obtient un doctorat en génie mécanique de l'Université Laval en 1966. Il effectue ensuite un séjour postdoctoral d'un an à l'Université de Cambridge, au Royaume-Uni, où il travaille notamment dans le domaine de la mécanique du contact.
Au cours de sa carrière, il occupe des fonctions dans différents organismes de recherche, entreprises et établissements universitaires, notamment au Conseil national de recherches du Canada, à l'Institut de recherche d'Hydro-Québec, ainsi que dans plusieurs entreprises privées. Il est également associé à différents établissements d'enseignement supérieur québécois, dont l'Université Laval et l'Université de Sherbrooke.
Cloutier fut Doyen de la Faculté des sciences et de génie ainsi que professeur associé au Département de génie mécanique de l'Université Laval. Il a également contribué aux activités de plusieurs organismes nationaux et internationaux.
Recherche sur les lignes de transport d'électricité
Une part importante de la carrière de Louis Cloutier est consacrée à la mécanique des lignes aériennes de transport d'électricité. Ses travaux portent notamment sur les conducteurs électriques, les vibrations provoquées par le vent, la fatigue des conducteurs et les phénomènes mécaniques se produisant au voisinage des accessoires de lignes.
Il contribue notamment aux recherches menées au Québec sur la fatigue des conducteurs électriques. Il participe à des travaux expérimentaux portant sur les contraintes et les déformations des conducteurs à proximité des pinces de suspension et sur les mécanismes pouvant conduire à leur rupture par fatigue.
Il est également l'un des auteurs du chapitre consacré à la fatigue des conducteurs aériens dans le EPRI Transmission Line Reference Book: Wind-Induced Conductor Motion, publié dans sa deuxième édition en 2006.
Ces travaux s'inscrivent dans le contexte plus large des recherches québécoises sur les vibrations éoliennes des lignes de transport et sur les moyens d'en limiter les effets mécaniques.
Entretoises-amortisseurs
Les lignes de transport à conducteurs groupés utilisent des entretoises afin de maintenir les conducteurs à une distance déterminée. Les entretoises-amortisseurs ont en outre pour fonction de limiter les vibrations provoquées notamment par le vent et l'accumulation de glace.
Dans le cadre des recherches menées à l'IREQ à partir des années 1970, un nouveau concept d'entretoise-amortisseur est développé en 1979. Le dispositif est ensuite installé sur les nouvelles lignes d'Hydro-Québec et commercialisé à l'échelle internationale. Cette technologie devient l'un des résultats industriels des recherches québécoises consacrées aux vibrations et à la fatigue des conducteurs.
Instrumentation médicale et neurochirurgie
Parallèlement à ses travaux en mécanique et en génie électrique, Louis Cloutier participe à des projets d'instrumentation médicale à l'Université Laval. Au milieu des années 1980, il fait partie d'une équipe interdisciplinaire qui met au point un dispositif destiné à faciliter la planification d'interventions neurochirurgicales.
Le dispositif fait l'objet du brevet américain US 4,614,499, délivré en 1986 à l'Université Laval. Intitulé « Simulator for use as a neurosurgical aid in determining potential paths for the implantation of probes through the human body », le brevet porte sur un simulateur permettant, à partir de radiographies stéréoscopiques, de déterminer et de visualiser les trajectoires possibles de sondes destinées à être implantées dans le cerveau.
Louis Cloutier figure parmi les inventeurs du brevet, aux côtés notamment de Pierre-Michel Arseneault, Michel Boulianne, Sanjib K. Ghosh, Paul Labissonnière, Pierre Marcotte et Dinh N. Nguyen.
Le dispositif est associé à des recherches sur la photogrammétrie radiographique et le concept de « ligne flottante » appliqués à l'implantation de sondes cérébrales. Ces travaux visent notamment les biopsies stéréotaxiques et d'autres interventions nécessitant l'introduction précise de sondes dans le cerveau.
Une notice biographique publiée par l'Université du Québec à Rimouski en 1993 indique que Louis Cloutier avait reçu, avec son équipe, un Prix d'excellence du Canada en 1986 pour une invention destinée aux interventions neurochirurgicales.
Formation et recrutement des femmes en génie
Dans les années qui suivent la tuerie de l'École polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989, Louis Cloutier participe à différentes activités liées au développement de la formation en génie et à la question de la présence des femmes dans les programmes d'ingénierie.
Alors doyen de la Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval, il intervient notamment dans les discussions canadiennes consacrées à l'accès des femmes aux études en génie. Il souligne notamment l'importance d'accroître leur présence non seulement dans les programmes de premier cycle, mais également aux cycles supérieurs, afin d'augmenter à terme le nombre de femmes susceptibles d'accéder aux carrières universitaires et aux postes de responsabilité dans l'industrie.
En 1993-1994, Cloutier est mandaté par l'Université du Québec à Rimouski pour contribuer à la mise en place de son nouveau programme de génie. Son mandat comprend notamment l'élaboration d'une stratégie de recrutement des étudiantes et des étudiants et la participation au comité chargé de la sélection du corps professoral. Le projet vise notamment à faire connaître une formation reposant sur l'informatique et l'approche de conception (« design »), dans l'objectif d'attirer une nouvelle génération d'étudiantes et d'étudiants en génie.
Au début des années 2000, Cloutier siège au Comité de la formation de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), chargé de conseiller l'Ordre sur ses politiques, orientations et interventions en matière de formation. Il est membre de ce comité au moins en 2000-2001 et en 2002-2003, lorsque celui-ci devient le « Comité de la formation et du développement professionnel ».
L'OIQ possède parallèlement, au cours de cette période, un Comité femmes en ingénierie auquel Cloutier est nommé et dont le mandat consiste notamment à favoriser l'émergence d'un réseau d'échanges entre ingénieures et étudiantes en génie et à favoriser l'intégration d'un plus grand nombre de femmes dans la profession .
Commission Nicolet
À la suite de la tempête de verglas de janvier 1998, Louis Cloutier est nommé membre de la Commission scientifique et technique chargée d'analyser les événements relatifs à la tempête de verglas survenue du 5 au 9 janvier 1998, présidée par l'ingénieur Roger Nicolet.
Il y siège en qualité d'ingénieur et de professeur titulaire de génie mécanique à l'Université Laval.
La commission examine notamment les causes et les conséquences de la catastrophe, les critères de conception et de fiabilité des équipements de transport et de distribution d'électricité ainsi que les mesures susceptibles d'améliorer la robustesse du réseau électrique québécois.
La participation de Cloutier à cette commission met à contribution son expertise en mécanique des structures et des lignes aériennes.
Décès
Louis Cloutier meurt le 26 février 2017 à l'âge de 80 ans.
Hommage
Le nom de Louis Cloutier est donné à une halte routière située à Bromont, en Estrie. Le toponyme Halte Louis-Cloutier est officialisé par la Commission de toponymie du Québec le 17 décembre 2025.
Publications choisies
Cardou, Alain ; Cloutier, Louis ; Lanteigne, Pierre ; M'Boup, M. et autres, « Fatigue Strength Characterization of ACSR Electrical Conductors at Suspension Clamps », Electric Power Systems Research, vol. 19, no 1, 1990, p. 61–71. Cloutier, Louis ; Goudreau, Serge ; Cardou, Alain, « Fatigue of overhead conductors », dans EPRI Transmission Line Reference Book: Wind-Induced Conductor Motion, 2e éd., 2006, p. 3.1–3.56. Goudreau, Serge ; Lévesque, M. ; Cardou, Alain ; Cloutier, Louis, « Strain Measurements on ACSR Conductors During Fatigue Tests III—Strains Related to Support Geometry », IEEE Transactions on Power Delivery, 2010. Cloutier, Louis ; Leblond, Pierre, « Fatigue Endurance Capability of Conductor/Clamp Systems — Update of Present Knowledge », CIGRÉ, 2007. Cloutier, Louis ; Dalpé, C. ; Cardou, Alain ; Hardy, C. ; Goudreau, Serge, « Fatigue test: Flexural stiffness and fretting Behavior », 3rd International Symposium on Cable Dynamics, Trondheim, 1999, p. 197–202.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Ligne à haute tension Fatigue des matériaux
Liens externes