vignette|droite|La première page de The Press, le 13 juin 1863, avec le texte Darwin among the machines Darwin parmi les machines (Darwin among the machines) est un texte de Samuel Butler, signé Cellarius et publié dans le journal The Press à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le . Le titre de ce texte, présenté comme une tribune libre (« lettre à l'éditeur »), fait référence à l'œuvre de Charles Darwin, qui avait publié l'Origine des Espèces trois ans plus tôt.

Écrit sur un ton semi-humoristique, Darwin parmi les machines pose la question de l'Évolution des espèces, non pour parler du passé mais pour évoquer le futur : après les règnes minéral, végétal et animal, quel nouvelle forme d'existence peut venir, et surtout, quelle espèce pourrait supplanter l'Humain. L'auteur évoque sa certitude que les machines constituent une sorte de « vie mécanique » en constante évolution, apte à devenir une nouvelle espèce dominante. Souvent présenté comme précurseur de questions très actuelles, ce texte n'évoque pas réellement l'Intelligence artificielle, et au contraire, affirme qu'une espèce n'a pas besoin d'être « pensante » ou « consciente » pour exister et se répandre. Ce texte, et surtout les chapitres du roman Erewhon qui en reprennent les idées, ont marqué des auteurs aussi divers que Franck Herbert ou Gilles Deleuze.

Genèse et postérité du texte En conflit avec son père, qui voulait qu'il embrasse comme lui une carrière ecclésiastique, Samuel Butler a quitté l'Angleterre en 1859 pour aller élever des moutons en Nouvelle-Zélande. Peu après son arrivée, il a découvert l'Origine des espèces, de Charles Darwin, qui a bouleversé ses certitudes en matière de biologie et de religion. Le , Butler a publié, toujours dans The Press, une recension de l'Origine des espèces, qui prenait la forme d'un dialogue. Darwin parmi les machines, publié le a été suivi d'au moins quatre autres textes : un texte non-titré mais attribué à un dénommé Lunaticus, qui suit la mention from our mad correspondent (« de notre correspondant fou »), publié dans The Press le . On suppose, sans certitude, qu'il est de Butler. Si tous les textes évoqués ici ont été publiés à l'origine sous pseudonyme ou anonymement, ils ont ensuite été clairement revendiqués par l'auteur, notamment dans sa préface à la seconde édition de Erewhon. Ce n'est pas le cas de ce texte. Humoristique, rappelant la manière d'auteurs tels que Poe ou Twain, il se présente comme le témoignage d'un homme qui, profondément marqué par Darwin parmi les machines, a décidé de bannir toute pièce mécanique de son existence, jusqu'à se couper de son épouse et de ses enfants. Puis, au milieu du texte, le narrateur revient sur ses choix d'existence et décide qu'il n'y a rien à faire et qu'il doit s'abandonner totalement au règne des machines. Plus d'un siècle et demi après sa publication, ce texte étonne surtout pour ses prédictions de la téléphonie et d'un réseau d'information global permettant d'effectuer des commandes à distance. Lucubratio Ebria (The Press, ), c'est à dire élucubration d'ébriété, qui présente l'Humain et la machine comme deux agents d'une co-évolution, et présente même, longtemps avant André Leroi-Gourhan ou Henri Bergson, l'Humain comme une créature indissociable de la technique. Thierry Hocquet, dans Machine arrière ! ou butler parmi les machines, juge la position de Butler difficile à lire, puisqu'elle se contredit régulièrement : . The Mechanical creation (Dans The Reasonner, ), qui se veut une synthèse de Darwin parmi les machines et de Lucubratio Ebria. et le plus célèbre de tous, Le Livre des machines, contenu dans le roman Erewhon.

Le Livre des Machines vignette|droite|la couverture de la première édition de Erewhon or Over the range Butler a développé cet article et les suivants pour en faire Le Livre des Machines, trois chapitres d'Erewhon, publié anonymement en 1872. La société éréwhonienne imaginée par Butler avait subi depuis longtemps une révolution qui avait détruit la plupart des inventions mécaniques. Le narrateur de l'histoire trouve Le livre des machines, qui détaille les raisons de cette révolution, et il le traduit pour le lecteur. Le Livre des machines s'étend dans les chapitres XXIII, XXIV et XXV de Erewhon. On y apprend que, constatant le pouvoir que prennent les machines, les éréwhoniens, dont la civilisation est pourtant particulièrement évoluée, ont décidé de bannir toute pièce mécanique et d'appliquer la peine capitale à ceux qui contreviendraient à la règle.

Malgré la popularité initiale d' Erewhon, Butler a fait remarquer dans la préface de la deuxième édition que les critiques avaient « dans certains cas eu tendance à considérer les chapitres sur les machines comme une tentative de réduire la théorie de M. Darwin à une absurdité ». Il protesta que « peu de choses me seraient plus déplaisantes que toute tentative de se moquer de M. Darwin », mais ajouta également : « Je suis surpris, cependant, que le livre auquel un tel exemple d'abus spécieux d'analogie semblerait le plus naturellement adressé n'ait été mentionné par aucun critique ; je ne mentionnerai pas non plus le nom du livre ici, bien que je pense que l'allusion donnée suffira », ce qui peut suggérer que le chapitre sur les machines était en fait une satire destinée à illustrer l'« abus spécieux d'analogie », même si la cible n'était pas Darwin ; Butler, craignant d'avoir offensé Darwin, lui écrivit une lettre expliquant que la véritable cible était l'ouvrage de Joseph Butler de 1736 , The Analogy of Religion, Natural and Revealed, to the Constitution and Course of Nature . L'érudit victorien Herbert Sussman a suggéré que, bien que l'exploration de l'évolution des machines par Butler se veuille fantaisiste, il pourrait également être sincèrement intéressé par l'idée que les organismes vivants sont un type de mécanisme et explorait cette idée dans ses écrits sur les machines, tandis que le philosophe Louis Flaccus l'a qualifié de « mélange de plaisir, de satire et de spéculation réfléchie ».

On suppose (mais il n'a pas témoigné à ce sujet) que le Jihad butlérien, événement fondamental de l'univers de Dune par Frank Herbert, où toute machine pensante a été bannie dix mille ans plus tôt, est une référence transparente à Erewhon. Dans Erewhon, le refus des machines succède à une conflit qui s'est tenu un siècle plutôt et relève de l'interdit, tout comme dans Dune où la Bible catholique orange édicte . Dans les romans de la série Dune, la genèse, écrits par Brian Herbert (fils de Frank) et Kevin J. Anderson au début des années 2000, le nom Jihad Butlerien tire son nom de Serena Butler, martyre de la guerre qui oppose les humains aux machines. Ce personnage est cependant une invention largement postérieure au cycle de Dune, publié entre 1965 et 1985.

Annexes Bibliographie . Contient Le Livre des machines.

. Contient les traductions de Darwin parmi les machines et Le livre des machines. . Ouvrage scientifique très complet, avec les traductions commentées de plusieurs textes de Samuel Butler.

Références

Voir aussi Le Jihad butlérien, un événement historique fictif initialement introduit dans les romans Dune de Frank Herbert, dont le nom a souvent été interprété comme une référence à Butler Intelligence artificielle Symbiose homme-machine (article de 1960 de JCR Licklider )

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