Théodore Santabarenos, parfois Théodore Santabaren ( ou ), mort entre 913 et 920, est un ecclésiastique byzantin de la seconde moitié du , proche du patriarche Photios et archevêque d'Euchaïta. Abbé du monastère de Stoudios pendant une courte période en 864-865, il acquiert probablement une position importante à la cour de l'empereur Basile Ier le Macédonien dans les années 880.
Les sources postérieures, généralement hostiles à Photios, lui attribuent un rôle déterminant dans le conflit qui oppose Basile Ier à son fils Léon VI le Sage, allant jusqu'à présenter Santabarenos comme un intrigant et un magicien. La réalité de ces accusations est difficile à déterminer : si son hostilité envers Léon et son influence auprès de Basile semblent reposer sur un fond historique, une grande partie des détails transmis à son sujet relève d'une tradition polémique et hagiographique.
Après l'accession de Léon VI en 886, Théodore est poursuivi avec Photios, accusé d'avoir participé à un projet visant à écarter Léon de la succession. Exilé puis aveuglé, il est finalement gracié et revient à Constantinople, où il meurt sous le gouvernement de Constantin VII Porphyrogénète et de sa mère Zoé Carbonopsina.
Origines et début de carrière
Le surnom de Théodore apparaît dans les sources sous les formes Santabarenos (Σανταβαρηνός) et Sandabarenos (Σανδαβαρηνός). Il s'agit d'un toponyme indiquant son origine de Santabaris, en Phrygie. L'identification ancienne de Théodore avec un métropolite homonyme de Patras est aujourd'hui rejetée : elle repose sur une mauvaise interprétation de la Vita Ignatii et concerne en réalité un autre ecclésiastique. Venance Grumel a notamment démontré que ce n'est pas Théodore Santabarenos qui est envoyé par Photios auprès du pape Jean VIII mais bien un autre individu métropolite de Patras.
Les sources le présentent comme moine et prêtre, ainsi que comme apocrisiaire. Il est un proche du patriarche Photios et plusieurs lettres de celui-ci lui sont adressées vers 864-865, portant souvent sur des sujets théologiques. En 864, le césar Bardas le nomme abbé du monastère de Stoudios, en remplacement d'Eugénios. Son abbatiat est bref puisque Sabas lui succède dès 865.
Sa situation au cours de la décennie suivante est mal connue. Il est possible qu'il ait partagé la disgrâce de Photios lors de la déposition du patriarche en 867, mais aucune source ne permet de l'affirmer directement. Le Pseudo-Syméon semble toutefois indiquer qu'il continue alors à fréquenter l'entourage de Photios.
Archevêque d'Euchaïta
Après le rétablissement de Photios sur le siège patriarcal, le 26 octobre 877, Théodore devient archevêque d'Euchaïta, à la place d'Euphémianos, qui est déposé.
La Vita Ignatii, texte hostile à Photios, donne de cet épisode une version particulièrement polémique. Selon elle, Santabarenos aurait convoité le siège de son voisin Euphémianos et Photios aurait contraint celui-ci à démissionner afin d'y placer son protégé. Le patriarche aurait également détaché des territoires dépendant d'autres métropoles pour les placer sous la juridiction de Théodore et aurait accordé à ce dernier le titre de protothronos.
Cette présentation ne peut être acceptée telle quelle. Le titre de protothronos appartient normalement au métropolite de Césarée de Cappadoce, et la PmbZ considère cette attribution comme vraisemblablement erronée. Néanmoins, la documentation ecclésiastique laisse entrevoir une possible réalité sous-jacente à la polémique. Alors qu'Euchaïta apparaît encore vers 869-870 comme un archevêché autocéphale de l'Hélénopont, elle est devenue, au début du , une métropole disposant de quatre nouveaux évêchés suffragants. Il est donc possible que Photios ait procédé à cette élévation du siège d'Euchaïta à l'époque où Théodore en devient titulaire. Cette hypothèse demeure toutefois incertaine et suppose que la nouvelle organisation ait survécu à la chute de Santabarenos en 886.
À la cour de Basile Ier
Théodore semble jouer un rôle important à la cour de Basile Ier le Macédonien dans les années 880, mais les récits relatifs à cette période sont particulièrement difficiles à exploiter en raison de leur caractère polémique.
La Chronique du Logothète rapporte, à tort, qu'il aurait été introduit auprès de Photios après la mort de Constantin, fils aîné de Basile Ier, avant d'être présenté à l'empereur. Le Pseudo-Syméon situe cette rencontre en 881-882. Les mêmes traditions lui prêtent des pouvoirs magiques : il aurait notamment fait apparaître le défunt Constantin devant son père en deuil, à l'emplacement où Basile aurait ensuite fait édifier un monastère consacré à son fils.
Ces récits ne peuvent être considérés comme des témoignages factuels. Ils s'inscrivent dans une tradition hostile à Santabarenos qui tend à le présenter comme un sorcier et un manipulateur. Ils témoignent toutefois de la réputation d'influence dont il jouit dans les traditions relatives au règne de Basile Ier.
Conflit entre Basile Ier et Léon VI
Selon Théophane Continué, Théodore devient un favori et un proche de Basile Ier tout en entretenant de mauvaises relations avec son fils et coempereur Léon. Il aurait exploité son influence pour dresser le père et le fils l'un contre l'autre.
Les sources lui attribuent notamment un rôle dans la crise qui conduit probablement en 883 à l'arrestation de Léon par son père et à sa privation de ses dignités impériales. Le futur empereur demeure emprisonné pendant une longue période, traditionnellement évaluée à environ trois ans, avant d'être rétabli dans ses titres le 20 juillet 886.
Le rôle précis de Santabarenos dans ces événements reste néanmoins difficile à déterminer. La tradition qui fait de lui l'instigateur principal de la rupture entre Basile et Léon émane en grande partie de sources hostiles à Photios et à son entourage. Tougher considère plus largement que le conflit entre Basile et son fils doit être replacé dans les tensions politiques entourant la succession impériale et la position de Photios, plutôt que réduit aux intrigues personnelles prêtées à Santabarenos. Si les différentes sources s'accordent sur son opposition à Léon, le détail des intrigues qui lui sont attribuées doit donc être considéré avec prudence.
Théodore aurait également accusé le domestique des Scholes André le Scythe auprès de Basile Ier de soutenir Léon. André est effectivement destitué et remplacé par Kesta Stypiotès, mais il demeure difficile de déterminer dans quelle mesure l'intervention personnelle de Santabarenos peut être considérée comme certaine.
Selon la Vita Theophanus, après l'accident de chasse qui blesse mortellement Basile Ier en 886, Théodore quitte le palais et Constantinople, par crainte d'avoir à répondre de ses actes après la mort de l'empereur. Le texte affirme qu'il retourne dans sa « patrie », terme qui peut désigner aussi bien son siège d'Euchaïta que son lieu d'origine de Santabaris.
La Vita Euthymii affirme de son côté que Basile Ier aurait maudit Santabarenos sur son lit de mort. La PmbZ juge cette affirmation peu vraisemblable, notamment parce qu'elle n'est corroborée par aucune autre source.
Procès et disgrâce sous Léon VI
À la mort de Basile Ier en août 886, Léon VI dépose rapidement Photios du patriarcat et engage également des poursuites contre Théodore. Les différentes traditions s'accordent sur l'existence d'une enquête dirigée contre les deux hommes.
Le domestique des Scholes André et le magistros Étienne accusent Photios et Santabarenos d'avoir envisagé de substituer à Léon un parent du patriarche comme successeur de Basile Ier. Théodore est ramené d'Euchaïta à Constantinople et emprisonné avec Photios dans le palais de Pègè. Une commission composée d'André le Scythe, d'Etienne, des patrices Kratéros et Guber et du logothète du Drome Jean Hagiopolitès est chargée de l'interroger.
Le récit conservé des interrogatoires rapporte plusieurs accusations : Théodore aurait détenu des fonds appartenant à l'empereur et aurait conseillé à Basile de faire aveugler Léon afin de permettre l'accession d'un de ses propres parents ou d'un parent de Photios. Santabarenos nie ces accusations, de même que Photios. Les sources ne fournissent pas d'élément permettant d'établir la réalité d'un tel complot.
À l'issue de la procédure, Léon VI exile Théodore à Athènes. Il est ensuite aveuglé et envoyé en exil en Asie Mineure. La Vita Euthymii attribue la responsabilité de son aveuglement à Stylianos Zaoutzès, mais cette précision repose sur cette seule tradition, ce qui incite à la prudence.
Selon la même Vita Euthymii, il avait initialement été prévu de l'enfermer au monastère de Stoudios, mais l'abbé Anatolios aurait refusé de le recevoir, conduisant à l'abandon de cette décision.
Théodore est finalement gracié après une longue période d'exil et autorisé à revenir à Constantinople. Il reçoit alors une modeste pension prélevée sur les revenus de la Néa Ekklesia, l'église fondée par Basile Ier. Il meurt pendant la période où Constantin VII Porphyrogénète et sa mère Zoé Carbonopsina exercent le pouvoir, ce qui situe sa mort entre 913 et 920.
Une figure déformée par la tradition polémique
La plupart des récits détaillés concernant Théodore Santabarenos appartiennent à une tradition hostile à Photios et présentent son personnage sous un jour extrêmement négatif. Comme l'indique Patricia Karlin-Hayter, cette orientation des sources rend difficile toute reconstitution précise de sa personnalité et de son rôle politique. Il est d'ailleurs possible qu'une source aujourd'hui disparue soit commune à plusieurs de ces traditions.
L'évêque Stylianos de Néocésarée affirme ainsi que son père, qui aurait lui-même porté le nom de Santabarenos, était un manichéen et un magicien qui, une fois découvert, aurait fui chez les Bulgares et abandonné le christianisme. L'historicité de ce récit n'est pas établie. Nicolas Adontz rejette également la valeur historique de ces récits de magie. Il considère notamment comme fabuleuse la tradition selon laquelle Santabarenos aurait employé un sortilège pour permettre à Photios de retrouver la faveur de Basile Ier, et l'interprète comme une construction destinée à expliquer rétrospectivement le rapprochement du patriarche avec la cour impériale.
Le Sermo in Theophano attribue pour sa part à Théodore une origine égyptienne et affirme qu'il aurait été formé par des magiciens à la nécromancie et à l'évocation des morts. Le Pseudo-Syméon le qualifie de « manichéen et fils de manichéen », tandis que la Chronique du Logothète lui prête les arts d'Apollonios de Tyane, figure considérée comme un magicien dans la tradition byzantine.
La Vita Theophanus pousse plus loin encore cette caractérisation en jouant sur son surnom pour l'appeler « Satan Bariesus » et en lui appliquant plusieurs figures bibliques péjoratives : le « nouvel Aman », Caïn, ainsi que Jannès et Jambrès. Le Pseudo-Syméon reprend cette association en lui donnant le surnom de Satanonymos, « celui qui porte le nom de Satan ».
Ces traditions renseignent davantage sur la construction d'une mémoire hostile à l'entourage de Photios que sur la personnalité historique de Santabarenos. Il reste néanmoins vraisemblable qu'il ait été un proche du patriarche, qu'il ait bénéficié d'une certaine faveur auprès de Basile et qu'il ait été considéré avec hostilité par Léon VI.
Œuvre attribuée
Un canon consacré au rétablissement de l'iconodulie lui a parfois été attribué. Cette attribution demeure hypothétique et n'est pas assurée.
Notes et références
Bibliographie
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Catégorie:Religieux byzantin Catégorie:Personnalité de l'Empire byzantin du IXe siècle