La révolte de Cyrus le Grand () est une manifestation monarchiste survenue en Iran, à Pasargades, devant le mausolée de Cyrus lors du jour de Cyrus le Grand de 2016. Cette manifestation a rassemblé des dizaines de milliers d'Iraniens et a donné lieu à des répressions et des arrestations menées par la police. Elle fut la première d'une série de protestations ultérieures qui allaient comporter des appels de plus en plus importants à un changement de régime.
Déroulement
Contexte En raison des griefs persistants contre le gouvernement iranien, notamment la corruption gouvernementale et l'opposition au régime islamique, une augmentation des sentiments en faveur du nationalisme préislamique et de l'admiration pour les anciens monarques iraniens fut constatée. En octobre 2016, à l'occasion de l'anniversaire de Cyrus le Grand, une foule se rassembla devant le mausolée de l'ancien monarque perse Cyrus le Grand, dans le cadre des célébrations de la gloire préislamique de la Perse.
Le jour de Cyrus, commémoration apparue dans les années 2000 est une tradition inventée née sur Internet et développée grâce aux réseaux sociaux, suivie par les nationalistes iraniens de même que les monarchistes et les démocrates afin de rendre hommage à l'histoire préislamique de la Perse, et notamment à l'empereur achéménide Cyrus II, inspirateur du cylindre de Cyrus, perçu par ses partisans comme la première charte des droits de l'Homme. La célébration est devenue au milieu des années 2010 une journée de célébration inofficielle, baptisée par les Iraniens « jour de Cyrus le Grand » environ dix ans avant la manifestation (vers 2006), ainsi qu'un événement de plus en plus suivi et explicitement antigouvernemental.
En 2016, le 28 octobre tombe un vendredi, jour de week-end en Iran, ce qui permit à un grand nombre de personnes de se rassembler. La date était également proche de l'anniversaire du dernier chah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, mais aussi de celui de son fils, l'ancien prince héritier Reza PahlaviReza Pahlavi est né le 31 octobre 1960, et son père Mohammad Reza Pahlavi était né le 26 octobre 1919., une figure importante de l'opposition au gouvernement iranien et un symbole de soutien à la monarchie en Iran. De ce fait, de nombreux partisans monarchistes, plus nombreux que lors des manifestations des années précédentes, souhaitèrent participer à la marche, les gens ayant appris l'existence de la marche à venir sur des applications telles que Telegram. Des rapports ultérieurs ont démontré que les gens avaient commencé à se rassembler dans la région de Pasargades, et en particulier autour du tombeau de Cyrus, dès le soir du 27 octobre 2016, ce qui avait entraîné un trafic important sur les routes menant au site. En réponse à l'afflux massif de personnes se rendant à Pasargades, l'entrée principale du site fut fermée la nuit précédent le 28, et aucune voiture ne fut plus autorisée à entrer.
Protestation vignette|Tombeau de Cyrus, lieu du rassemblement. Malgré les restrictions d'accès, le 28 octobre 2016, des dizaines de milliers de personnes venues de tout le pays se retrouvent au tombeau de Cyrus à Pasargades pour célébrer le roi achéménide et commencent à scander des slogans à la gloire de ce dernier, tels que : « Cyrus est notre père ; l'Iran est notre pays », des slogans qui évoluent rapidement en slogans nationalistes critiquant la politique iranienne, comme : « Ne dors jamais, Cyrus : l'Iran n'a pas de père » ; « Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l'Iran » ; « Je suis iranien ; je ne vénère pas les Arabes » et « La liberté de pensée ne peut pas naître des barbes ». Selon un témoin oculaire, des agents du gouvernement tentent de couvrir les chants en diffusant de la musique à plein volume par des haut-parleurs. Des slogans pro-Chah et anti-arabes sont scandés, et des nomades, des membres de tribus et des minorités ethniques vêtus de leurs vêtements ethniques traditionnels, notamment des Kurdes et des Arabes iraniens, sont également présents. Malgré les slogans anti-arabes scandés par certains, et le sentiment, partagé par de nombreux Iraniens, selon lequel une domination culturelle arabe est entrée en Iran par le biais de l'islam politique du gouvernement, des Arabes iraniens venus de régions éloignées comme le Khouzistan, participent au rassemblement pour soutenir la protestation, scandant des slogans en arabe en faveur des minorités indigènes et de l'usage de leurs langues maternelles, le gouvernement iranien ayant régulièrement cherché à réprimer leur pratique au profit de l'imposition du persan.
Le grand nombre de personnes présentes à Pasargades a été qualifié par plusieurs observateurs de « surprenant » , ceux qui avaient assisté à des attroupements similaires affirmant n’avoir jamais vu un rassemblement aussi important. Une estimation non officielle de 2017 situe le nombre de protestataire entre 15 000 et 20 000 personnes, ce qui a été décrit comme « sans précédent » par les spectateurs. Les habitants, y compris ceux du village voisin de Pasargades, étaient également « stupéfaits » par le nombre impressionnant de visiteurs.
Dispersion par les autorités gouvernementales Alors que le rassemblement de Pasargades commence à tourner à la manifestation d'ampleur contre le gouvernement iranien, la plus importante en Iran depuis les manifestations contre l'élection présidentielle iranienne de 2009, des agents gouvernementaux en civil encerclent le tombeau de Cyrus. Tandis que la foule continue de se rassembler, ils menacent les gens et les agressent physiquement afin de les empêcher de s'approcher du monument. Plusieurs arrestations ont alors lieu, et on rapporte celle du satiriste et acteur Mohammad Reza Ali Payam. Cependant, ni la police ni les forces de sécurité ne semblent être intervenues pendant la manifestation, contrairement aux manifestations précédentes en Iran, ce qui a donné l'impression à de nombreux Iraniens que le gouvernement semblait perdre le contrôle de la canalisation du mécontentement populaire. Cela a conduit à la renaissance de la protestation comme moyen de désobéissance publique en Iran, après qu'elle ait été largement réprimée depuis les manifestations de 2009.
Cette manifestation a également marqué le début du Mouvement démocratique iranien, plaçant ses revendications et ses objectifs au centre de la politique iranienne, et conférant au sentiment monarchiste une place majeure au sein de l'opposition antigouvernementale croissante en Iran. Ainsi, cette protestation fut un événement précurseur aux manifestations iraniennes de 2017-2018, qui marquèrent une étape majeure dans le mouvement démocratique iranien.
Sur le long terme, la révérence à l'égard de l'empereur achéménide est devenu une forme de protestation contre la république islamique.
Slogan et tactiques Les manifestants iraniens scandaient des slogans tels que « L’Iran est notre pays, Cyrus est notre père. Le pouvoir clérical est synonyme de tyrannie et de guerre », et « La liberté de pensée ne peut exister avec des barbes. Ni Gaza, ni Palestine, nous ne nous sacrifierons que pour l’Iran ! » . De nombreux chants louaient l'ancienne dynastie Pahlavi, tandis que de nombreuses personnes manifestaient leur soutien à l'ancienne monarchie iranienne du chah Mohammad Reza, renversée par la révolution de 1979. Un autre slogan entendu était « Joyeux anniversaire, ô Prince ! », faisant référence au fils du chah d'Iran, Reza Pahlavi, dont l'anniversaire avait lieu le 31 octobre.
D'autres slogans louaient le défunt chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi et exprimaient un sentiment anti-arabe.
Réponse gouvernementale et postérité Le gouvernement iranien, pris de court par l'ampleur de l'événement, décida de faire preuve de fermeté, et d'emprisonner les organisateurs et les manifestants, mais aussi en interdisant les futures célébrations annuelles de la journée de Cyrus le Grand, bien qu'il soit prévisible que des manifestations illégales ait ensuite lieu à Pasargades chaque année. vignette|Gâteaux ayant la forme du cylindre de Cyrus et du mausolée du même empereur. Les organisateurs de la manifestation ont été arrêtés sur ordre du gouvernement dans les jours suivants. A l'hiver 2016-2017, près de 70 personnes en lien avec le soulèvement d'octobre sont arrêtées, mais finalement relâchées et une grande partie voit leur peine réduite.
L'année suivante, des religieux proches du pouvoir dénoncèrent un « faux événement » sans aucun fondement historique, créé de toute pièces par les monarchistes afin de saper le fondement du pouvoir iranien en s'appuyant sur des racines « bibliques et israéliennes ». Le gouvernement annonça que près de 300 personnes en rapport avec l'organisation de la manifestation avaient été arrêtées, tandis que ses partisans n'y voient qu'un « complot occidental-sioniste ».
Le religieux chiite Hossein Nouri-Hamedani a critiqué les éloges adressés à Cyrus le Grand, citant l'ancien guide suprême Rouhollah Khomeini : « Ceux qui sont favorables à Cyrus sont anti-révolutionnaires. » L'homme de lettres a été arrêté pour avoir participé à la manifestation, selon son fils.
Depuis les manifestations, les Iraniens ont l'interdiction de célébrer le jour de Cyrus à Pasargades (site où se trouve le tombeau du souverain), et ce, bien que des milliers d'entre eux y soient retournés les années suivantes.
Dans les années qui ont suivies les événements de 2016, des foules d'Iraniens ont cependant tenté de retourner se rassembler au tombeau pour commémorer le jour de Cyrus, mais la police d'État et les Gardiens de la révolution islamique ont à chaque fois bloqué tous les accès à l'ancien tombeau. Il fut également rapporté que des agents des forces gouvernementales déguisés en civil venaient violenter des Iraniens venus visiter le site. En 2021, les parents âgés du lutteur Navid Afkari, récemment exécuté, furent arrêtés pour avoir mis une image de Cyrus le Grand sur le gâteau de l'anniversaire que leur fils ne fêta jamais. Bien que le gouvernement iranien ait nié la popularité de l'ancienne monarchie iranienne, il se méfie de la possibilité de résurgence de ce genre de manifestation. Le ministre du Patrimoine culturel et du Tourisme, Ezzatollah Zarghami, a demandé la construction de digues à proximité du tombeau pour y parer, mais une telle initiative risquerait d'endommager le site plurimillénaire. Depuis 2021, la garde révolutionnaire du gouvernement ferme le site chaque année à la fin du mois d'octobre afin d'empêcher les rassemblements sur le site depuis 2017.
Voir aussi
Célébration du 2500e anniversaire de l'Empire perse Manifestations iraniennes de 2017-2018
Références
Catégorie:Manifestation en Iran Catégorie:Nationalisme iranien Catégorie:Manifestation en 2016 Catégorie:2016 en Iran