Un journal de trading, qu’est-ce que c’est ? C’est un registre dans lequel un trader note et consigne tous ses trades. Il va en général y mettre le nom des actifs achetés, le prix, la date ou heure d’entrée et de sortie, ses commentaires, etc. C’est une trace écrite des actions du trader faite de graphiques de cours annotés. Chaque trader utilise le support qu’il souhaite, sur papier, dans un tableur ou dans un autre logiciel, repris par Yahoo Finance.. Évidemment, cela suit également les époques.
La tenue d'un journal de trading est recommandée dès 1910 dans un manuel de spéculation boursière, pseudonyme de Richard Wyckoff.. Les littératures, formation et les articles de presse consacrés au trading y voient un moyen de repérer les réussites et les échecs qui se répètent, d'apprendre de ses erreurs et de prendre conscience de l'effet de ses émotions sur ses décisions. Au contraire, d’autres mettent en valeur les limites et le temps qu’il demande à mettre en place et à suivre.
Histoire
Carnets et registres
En 1910, Richard Wyckoff, sous le pseudonyme de Rollo Tape, publie un manuel consacré à la lecture de la bande du téléscripteur ; il y recommande de consigner dans un livre, pour chaque opération, la date, la quantité, les prix, le résultat et les frais, en tenant le compte cumulé des points gagnés ou perdus.
Dans Reminiscences of a Stock Operator, récit à la première personne qu'Edwin Lefèvre publie en 1923 et dédie à Jesse Livermore, le narrateur raconte avoir tenu, adolescent, un petit carnet où il notait un titre, son cours et le mouvement qu'il en attendait, avant de vérifier sur la bande s'il avait vu juste.
En 1989, un trader interrogé par Jack Schwager accorde à son journal une place centrale : chaque achat donne lieu à un graphique annoté des raisons qui l'ont motivé, et un nouveau graphique commenté s'y ajoute à chaque vente ou renforcement de la position. En 1995, Jacob Bernstein recommande au day trader de garder une trace écrite de chacun de ses ordres et de noter ses commentaires en fin de séance, ou mieux pendant celle-ci. En 2002, Alexander Elder tient toujours son journal sur papier : il découpe les graphiques imprimés de ses opérations, les colle au ruban adhésif double face dans un album, puis les annote et les commente.
Internet et le courtage en ligne
Dans les années 1990, de plus en plus d’investisseurs américains s’intéressent à la bourse : plus de 12,5 millions de comptes auprès de courtiers en ligne ont été ouverts de 1995 à 2000. Selon la Commission des opérations de bourse et des chiffres d’Euronext, ces courtiers sont à l’origine d’environ un quart des ordres exécutés à Paris en 2000. Deux ans plus tôt leur part était inexistante.
En 1999, David S. Nassar invite à envisager la tenue d'un journal, au moins pendant les six premiers mois de la vie du trader. Ensuite, vers la fin des années 2000, Ann C. Logue constate que des plateformes de trading conservent de manière systématique les données d’activités de leurs clients, qui peuvent les télécharger dans leur propre tableur ou les exploiter dans leur logiciel de trading, ce qui importe surtout à ceux qui passent trop d'opérations pour les suivre à la main.
Le tableur
Le tableur pour ordinateur personnel naît avec VisiCalc en 1979 et s'impose dans les entreprises au cours de la décennie suivante ; la première version de Microsoft Excel paraît en 1985.
C’est là qu’une nouvelle étape naît dès 1993. En effet, Alexander Elder conseille de tenir, en plus d'un journal illustré de graphiques pris avant et après chaque opération, un tableur de toutes les opérations, commissions et glissement compris.
En 2002, il attribue à chacun de ses registres un rôle : le tableur sert à noter chaque opération, la courbe du capital à suivre le compte dans son ensemble, et le journal à garder la trace des décisions ; tenu avec rigueur, le tableur devient selon lui un moyen d'apprendre activement de ses réussites comme de ses échecs. Ann C. Logue juge qu'un tableur tel que Microsoft Excel est la manière la plus simple de commencer, le journal servant à consigner en plus les raisons de chaque opération. En 2011, Elder s'étonne que si peu de traders tiennent un tableur de leurs opérations et que beaucoup s'en remettent aux relevés de leur courtier, qu'il juge insuffisamment détaillés ; un tableur simple, écrit-il, se met à jour en une minute après chaque opération.
Contenu
Un journal de trading par définition associera des données factuelles sur chaque opération et des notes sur ce qui l'a motivée. Nous y trouverons donc toutes les informations qui pourront ressortir de l’analyse des trades du trader et l’aider à progresser.
Les données de chaque opération se consignent dans le journal lui-même ou dans un tableur tenu à côté. Elles comprennent notamment l'actif négocié, la date, le sens de l'opération (achat ou vente à découvert), la quantité, les prix et les frais ; Alexander Elder y ajoute le glissement et les ordres stop. Kathy Lien divise son journal en trois parties : une liste de contrôle par paire de devises, tenue sous forme de tableur, les opérations qu'elle attend, puis les opérations en cours ou clôturées. Le journal peut aussi réunir des graphiques de cours annotés.
On y ajoute également des notes qualitatives : la raison de chaque opération, écrite au moment même où on la passe, les opérations envisagées puis écartées, des réflexions sur le lien entre l'actualité et le marché ou, à la sortie d'une position, ce que le trader pense avoir bien ou mal fait. Certains auteurs recommandent ensuite aussi d'y noter ses pensées et ses émotions. En effet, pouvoir analyser ses émotions avant, pendant et après chaque opération donne des informations précieuses dans une activité dans laquelle le facteur psychologique est primordial : Alexander Elder conseille ainsi d'indiquer, en entrant en position, si l'on se sent anxieux, heureux, confiant ou hésitant, et Ann C. Logue de noter ce que l'on ressent lorsque l'on perd de l'argent.
Plusieurs auteurs y associent un plan établi à l'avance. Alexander Elder ajoute à ses trois registres tournés vers le passé, dont le journal, un quatrième tourné vers l'avenir, le plan d'action. Pour le coach Doug Hirschhorn, invité par CNBC en 2009, la première des six étapes de la tenue d'un journal consiste à fixer son plan pour la journée, billet de la rubrique « The Guest Blog » qui résume une vidéo..
Usages
Les différents manuels existants présentent le journal comme un instrument d'apprentissage. Il aide à repérer les réussites et les échecs qui se répètent et à tirer une leçon de chaque erreur.
Alexander Elder conseille de le consulter régulièrement. Ce qui fait sa valeur, ce sont ses données qui s’accumulent. Pour Thami Kabbaj, une série d'opérations gagnantes peut toutefois amener le trader à négliger son journal ou son plan de trading, et à ne plus juger utile de réexaminer ses positions.
Le journal sert aussi de mémoire. Par exemple, en 1910 Wyckoff observe que l'on retient trop volontiers ses gains et que l'on minimise ses pertes. Notre mémoire n’est donc pas objective et donc tenir un registre factuel neutre permet de pallier ce biais. C’est pourquoi le directeur des investissements d'un cabinet de conseil zurichois, cité en 2013 par The Wall Street Journal, invite ses clients à garder la trace de leurs décisions d'achat et de vente et de leurs motifs.
Dernier point, le journal de trading est également présenté comme un outil permettant de se connaitre soi-même. En effet, dans un article publié en 2016 par U.S. News & World Report, le chroniqueur Simon Constable écrit que sa tenue régulière aide, avec le temps, à comprendre ses erreurs et à mesurer combien les émotions desservent l'investisseur. De leurs côtés, Alexander Elder y voit un moyen de découvrir ses angles morts et Brett Steenbarger propose de tenir en parallèle un journal psychologique qui signale les manières répétées de penser, de ressentir et d'agir qui nuisent au trading. Enfin, pour Mike Elvin, auteur d'un manuel d'introduction à la psychologie du trading et à la finance comportementale, le journal est aussi un outil de gestion du risque, qu'il juge indispensable au trader.
Du côté des limites, pour des auteurs comme Brett Steenbarger, un journal ne suffit pas s’il est seulement rempli en fin de journée ou de semaine pour piloter un processus. Il préfère un journal où le trader s'observe et se guide, comme s'il était son propre coach.
Enfin, Elder reconnaît pour sa part que la tenue du journal prend du temps, et propose d'y reporter une opération sur cinq ou sur dix parmi celles du tableur, en y ajoutant celles qui comptent particulièrement.
Marché
Évolution
En 2011, Elder montre comment tenir un journal dans le calendrier de Microsoft Outlook, et indique avoir conçu avec deux amis traders un module complémentaire de ce logiciel. Destiné d’abord pour eux même avant de le proposer au public. En 2012, il crée avec un autre trader un journal d'opérations en ligne.
Selon une étude publiée en 2026 par la société Tradoshi, qui édite elle-même un journal de trading, le deuxième acteur du marché actuel existe depuis 2014, tandis que le premier n'a été fondé qu'en 2022, mis à jour le 23 août 2026..
En 2024, le site d'information spécialisé Finance Magnates rapporte qu'un fournisseur de plateformes de négociation cite un journal de trading parmi les fonctions de la plateforme qu'il propose aux sociétés de trading pour compte propre. L'année suivante, le même site signale qu'une de ces sociétés s'appuie sur cette plateforme pour son application de trading simulé, accessible sur le Web et sur mobile, qui comprend un journal de trading destiné à la gestion des stratégies.
État du marché
La même étude dénombre plus de soixante applications de ce type dans la catégorie Finance de l'App Store, ainsi qu'une vingtaine de services web ; les formules payantes de ces journaux coûtent alors de moins de quinze à plus de soixante-dix dollars par mois. Faute d'étude sectorielle consacrée à ces logiciels, elle construit sa propre estimation : environ 55 millions de dollars par an en 2026 et plus de 200 000 abonnés payants, le premier éditeur en réalisant environ 40 %, avec une projection au-delà de cent millions de dollars d'ici 2033. C'est une niche : ce montant représente moins d'un cinquième des abonnements d'outils de trading perçus par un seul grand courtier américain, qui dépassent 250 millions de dollars par an, et les montants de plusieurs milliards parfois avancés pour ce marché proviennent selon l'étude de rapports portant sur d'autres objets, comme les logiciels de conformité douanière ou l'édition scientifique.
Notes et références
Bibliographie
Voir aussi
Articles connexes Spéculation sur séance Courtage en ligne Analyse technique Finance comportementale Gestion des risques Livre de bord Journal intime
Catégorie:Trading