vignette|Tisserand au travail au Musée national Boubou-Hama de e Niamey. Le tissage traditionnel nigerien est une pratique artisanale ancestrale, désignée localement sous les noms de «tchiakey» (en zarma-songhaï) ou «masaki» (en haoussa) pour le métier de tisserand, et connue à travers plusieurs types d'étoffes emblématiques telles que le Téra-Téra (ou tera-tera), le Kanta, le Kounta ou le Sakala. Ce savoir-faire, est légué au jeunes et occupe une place importante dans les cérémonies traditionnelles nigériennes, en particulier les mariages, mais décline aujourd'hui face à la concurrence des textiles industriels.
Historique et transmission vignette|gauche|Jeunes filles peules en tenues traditionnelles dans un village de Youri. Le tissage traditionnel remonterait au . Les tisserands, à l'origine des nomades, menaient une vie rythmée par les saisons: ils parcouraient les villages pour tisser pagnes, couvertures et étoffes durant la saison sèche, et retournaient aux travaux agricoles pendant l'hivernage. Avant l'ère coloniale, les tisserands faisaient partie des corporations artisanales les plus respectées du Niger précolonial.
Le métier dépassait la simple production textile, il contribue à l’épanouissement de plusieurs familles, mais également donne un souffle étroit à l’économie. Les tisserands façonnaient les pagnes, trousseaux de mariage et même draps funéraires, contribuant ainsi au tissu social et culturel du pays.
Le tissage traditionnel nigérien n'est pas seulement un métier ; il est une mémoire vivante du pays. Derrière chaque fil se cachent des siècles d'histoire, des gestes hérités des anciens et une identité culturelle profondément enracinée. Le renouveau du tissage nigérien doit passer sans doute par une meilleure valorisation du patrimoine national. L'intégration des artisans dans les filières de la mode, du tourisme culturel et de l'économie créative pourrait ouvrir de nouvelles perspectives.
Matière première et déclin de la filière cotonnière Le coton est la matière première privilégiée du tissage traditionnel nigérien. Dans plusieurs régions, notamment chez les Kanouri et les communautés rurales de l'ouest du pays, il était autrefois cultivé, égrené puis filé localement avant d'être confié aux tisserands.
Le Niger a longtemps été producteur de coton, mais son industrie de fabrication de fil de coton a fait faillite en 1997. Les artisans et commerçants nigériens s'approvisionnent aujourd'hui en grande partie au Burkina Faso, pays producteur de coton voisin.
Types d'étoffes et usages upright|vignette|Textile kounta du Niger. Les bandes tissées, généralement étroites, sont assemblées pour former de grands pagnes ou des couvertures, dont les principales sont: le Téra-Téra (ou Soubane): pagne multicolore emblématique de la culture songhaï-zarma, utilisé notamment lors des cérémonies de mariage pour couvrir la jeune mariée; le Kanta: motif également utilisé lors des mariages chez les Djerma (Zarma), pour couvrir le jeune marié; le Kounta: motif haoussa, utilisé comme tapis ou cache-mur; le Sakala: étoffe utilisée pour recouvrir les jeunes mariés lors des cérémonies.
Ces créations, aux couleurs éclatantes et aux motifs symboliques propres à certaines ethnies, ornent également des lieux institutionnels: on en retrouve à la Présidence de la République du Niger, dans des bâtiments administratifs publics et des hôtels.
Chez les tisserands djerma, la tradition du tissage suit des règles assez rigides, liées à la largeur du battant et aux encoches d'un bâtonnet compteur permettant de combiner les motifs décoratifs d'une bande de coton.
Portraits de tisserands Mounkaila Amadou Tisserand âgé de 42 ans en 2022, il exerce le métier depuis 24 ans, un héritage transmis par son père aujourd'hui décédé. Présenté par *Le360 Afrique* comme l'un des ambassadeurs du tera-tera nigérien.
M. Wahidou Tisserand confectionnant des pagnes « Téra-Téra », il utilise divers fils de coton colorés achetés en rouleaux. Interviewé par *Le Sahel* sur la valeur historique du métier et le déclin de la filière cotonnière locale.
Alassane Ayouba Tisserand et président du Groupement Saye, il a exposé son métier à tisser et ses étoffes lors de la 5 édition du Festival des civilisations du fleuve, couplée à la 31 fête nationale de l'artisanat, le 24 février 2024 à Boubon.
Zeinab Ibrahim Créatrice de mode nigérienne, elle valorise le tera-tera et les pagnes tissés dans ses collections contemporaines; citée comme ambassadrice de cette richesse culturelle aux côtés de Mounkaila Amadou.
Défis actuels Le tissage traditionnel est aujourd'hui décrit comme un artisanat en voie de disparition, confronté à la concurrence des textiles importés et industriels qui innondent les marchés. Au-delà de son aspect culturel, il est présenté comme un vecteur de développement économique et social pour le Niger.
Pour approfondir Articles connexes Artisanat au Niger Textile africain Coton Zarma Haoussa
Liens externes
Notes et références « A la découverte des tissus traditionnels du Niger », Le360 Afrique, 27 février 2022. « Le tissage traditionnel au Niger : un patrimoine culturel à préserver », Nigerdiaspora.net. « Le Tissage traditionnel au Niger : Entre héritage et défi moderne », Nigerdiaspora.net, 1er avril 2024. « Le textile traditionnel africain : le tisserand, le métier et l'œuvre », Nigerdiaspora.net, 16 novembre 2020. « Le tissage traditionnel : Un savoir-faire qui résiste au temps », Le Sahel. « Artisanat : Le métier de tisserand en voie de disparition au Niger », Le Sahel, 30 décembre 2022.
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