est un film muet américain réalisé par Alice Guy, sorti le 27 décembre 1912. Produit par la Solax Film Company, il met en parallèle le destin de deux jeunes couples pendant une période de dix ans : l'un vit heureux avec un revenu modeste tandis que l'autre, disposant initialement de revenus quatre fois supérieurs, est progressivement ruiné par son train de vie.
Le film est conçu comme une fable morale sur le mariage, l'économie domestique et l'influence attribuée à l'épouse sur la réussite ou l'échec de son mari. Lors de sa sortie, le critique W. Stephen Bush salue le traitement du sujet et oppose favorablement le film aux mélodrames et aux récits criminels alors courants sur les écrans américains.
Synopsis
Deux jeunes couples commencent leur vie conjugale dans des situations financières très différentes. Mr. et Mrs. Spendthrift disposent de 100 dollars par semaine, tandis que Mr. et Mrs. Frugal doivent vivre avec seulement 25 dollars. Malgré leurs faibles revenus, les Frugal sont satisfaits de leur situation et veillent à ne pas dépenser davantage que ce qu'ils gagnent.
Mrs. Spendthrift est au contraire mécontente du niveau de vie que peut lui offrir son mari. Elle lui reproche de ne pas gagner suffisamment d'argent, achète fréquemment de nouveaux vêtements et dépense jusqu'à deux fois le revenu du ménage. Les dettes s'accumulent et son mari finit par voler pour tenter de faire face à leurs dépenses.
Les années passent et les trajectoires des deux couples s'opposent progressivement. Encouragé par son épouse et bénéficiant d'un foyer stable, Mr. Frugal se consacre à son travail. Son salaire augmente et le couple améliore peu à peu sa situation sans abandonner son mode de vie économe. Leur famille s'agrandit et leur maison devient plus confortable.
Dans le même temps, les Spendthrift poursuivent leur déclin. Après dix ans, leur couple est séparé. Mr. Spendthrift, désormais ruiné, est expulsé d'un débit de boissons. Mrs. Spendthrift vit seule dans une chambre meublée où elle se remémore sa vie passée. Toujours attirée par les beaux vêtements malgré sa pauvreté, elle quitte finalement sa chambre.
À l'inverse, Mr. et Mrs. Frugal ont gravi les échelons de la réussite et vivent désormais avec leurs enfants dans un foyer prospère et heureux.
Fiche technique
Titre original : Réalisation : Alice Guy Société de production : Solax Film Company Pays de production : Format : noir et blanc — muet Date de sortie : 27 décembre 1912
Distribution
Darwin Karr : Mr. Spendthrift Sally Crute : Mrs. Spendthrift Fraunie Fraunholz : Mr. Frugal Blanche Cornwall : Mrs. Frugal
Production et sortie
La construction du film repose sur le développement parallèle des deux couples pendant une période de dix ans. La promotion de Solax présente leurs destins comme deux mouvements opposés : tandis que les Spendthrift descendent progressivement l'échelle sociale, les Frugal gravissent la « ladder of success » grâce à leur gestion du foyer et à leur capacité à vivre selon leurs moyens.
Une publicité publiée dans The Moving Picture World annonce la sortie du film pour le vendredi 27 décembre 1912. Elle résume son principe par l'opposition entre un ménage heureux avec 25 dollars par semaine et un autre, insatisfait malgré un revenu hebdomadaire de 100 dollars, et présente la bonne gestion de l'épouse comme déterminante dans l'évolution respective des deux foyers.
Accueil critique
Dans une longue critique publiée dans The Moving Picture World, W. Stephen Bush estime que The Woman Behind the Man ne se distingue ni par une intrigue élaborée ni par des qualités cinématographiques exceptionnelles, mais considère néanmoins le film digne d'une attention particulière en raison de son sujet. Il le présente comme un contre-exemple aux critiques adressées au cinéma pour sa propension à représenter le crime et les méfaits spectaculaires.
Bush décrit le film comme une succession de tableaux opposant deux jeunes épouses. L'une vit au-dessus de ses moyens et recherche constamment les plaisirs et les distractions, tandis que l'autre privilégie le foyer et l'épargne afin de construire un avenir pour sa famille. Pour le critique, le film constitue ainsi un « sermon » contre l'extravagance et l'insatisfaction, mais évite de devenir ennuyeux grâce notamment à l'utilisation de l'humour dans les scènes de bonheur familial.
Il juge particulièrement réussie l'opposition entre les deux foyers et souligne l'interprétation de Blanche Cornwall dans le rôle de Mrs. Frugal. Selon lui, son personnage encourage son mari par son attitude et son affection, tandis que l'autre épouse entraîne progressivement le sien vers la ruine. Il apprécie également la représentation du passage des années et de l'évolution opposée des deux familles.
Bush estime enfin que les histoires consacrées à la vie familiale sont susceptibles d'intéresser directement le public des salles de cinéma. Sans considérer The Woman Behind the Man comme un chef-d'œuvre cinématographique, il recommande le film pour son sujet et le présente comme une alternative bienvenue à la multiplication des mélodrames, des poursuites, des récits de shérifs, de joueurs et de lynchages.
Une seconde critique publiée par le 4 janvier 1913 insiste également sur le réalisme de la situation et la qualité de l'interprétation des deux couples. La revue qualifie le film de « first-class moving picture morality play » et estime que sa représentation des problèmes de la vie conjugale moderne lui confère une portée utile au-delà de la morale qu'il véhicule.
Autour du film
marque les débuts au cinéma de Sally Crute, qui interprète Mrs. Spendthrift. Elle commence ainsi sa carrière à la Solax sous la direction d'Alice Guy.
Notes et références
Liens externes
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