Le féminisme culturel est une variété du féminisme qui essaie de réévaluer ainsi que de redéfinir les attributs culturellement associés à la féminité. Le terme « féminisme culturel » est également employé afin de décrire les théories faisant l'éloge des différences innées entre les femmes et les hommes.

Le féminisme culturel se distingue du féminisme radical lorsqu'il rejette la problématisation de la féminité et retourne à un point de vue essentialiste des différences de genre dans lequel il considère la nature de la femme comme étant supérieure''.

Histoire Contrairement au féminisme socialiste ou radical, le féminisme culturel n'était pas une idéologie revendiquée par les partisans mais était plus communément une étiquette péjorative attribuée par ses opposants. Le terme avait émergé au début de l'an 1971, lorsque Frances Chapman, dans une lettre imprimée dans Off Our Backs, condamna le magazine littéraire Aphra pour avoir « servi la cause du féminisme culturel ». En 1972, la féministe socialiste Elizabeth Diggs, utilise l'étiquette « féminisme culturel » dans le but de l'appliquer à l'ensemble du féminisme radical. Brooke Williams fut la première à décrire la « dépolitisation du féminisme radical » comme étant « le féminisme culturel » en 1975.

, déclara Ellen Willis, cofondatrice de Redstockings, . Toujours est-il que certains universitaires, tels que Rosemarie Tong, conceptualise le féminisme culturel comme une perspective au sein du féminisme radical.

Théorie Le féminisme culturel place les femmes dans une position surdéterminée par les systèmes patriarcaux. Linda Alcoff soulève le point important selon lequel .

Des cheminements de pensée similaires ont été tracés à des périodes antérieures. Jane Addams et Charlotte Perkins Gilman affirmaient qu'en gouvernant l'État, la coopération, les soins, ainsi que la non-violence dans le règlement des conflits au sein de la société semble être ce qui été attendu des vertus de la femme. Josephine Donovan déclare que Margaret Fuller, journaliste, critique et militante des droits des femmes du , initia le féminisme culturel dans La femme au 19e siècle. Elle mit l'accent sur le côté émotionnel, intuitif de la connaissance et exprima une vision du monde organique étant à peu près différent de la philosophie mécanique des rationalistes des Lumières'.

Cependant, il s'agissait de l'article d'Alice Echols, , qui a conduit à l'adoption largement répandue du terme afin de décrire les féministes contemporains, non leurs antécédents historiques. D'après Echols, le féminisme culturel « assimile la libération des femmes au développement ainsi que la préservation d'une contre-culture féminine ». Ses exemples de féministes culturelles sont Kathleen Barry, Susan Brownmiller, Mary Daly, Andrea Dworkin, Susan Griffin, Robin Morgan, Janice Raymond, Adrienne Rich, et Florence Rush'. Les féministes étant impliquées dans le séparatisme féministe, le féminisme lesbien, ainsi que le mouvement « Women in Print », en sont venues à être associées au féminisme culturel en raison de leur volonté de créer des cultures et des économies centrées sur les femmes, qu'Echols a caractérisé comme étant se retirer du patriarcat au lieu de le démanteler'.

Mary Daly associe l'« énergie féminine » — ou le terme qu'elle a forgé « Gyn/Écologie » — à cette condition biologique féminine qui « affirme la vie » et « crée la vie », étant victimisée par l'agressivité masculine en raison de la « stérilité masculine ». Adrienne Rich affirme que la biologie féminine a un potentiel « radical » ayant été supprimé par sa réduction par les hommes. Certains partisans du féminisme culturel désiraient la séparation de centres réservés aux femmes et gérés par des femmes ainsi que des espaces dans le but de . Cette forme de séparatisme au sein du féminisme culturel a été critiqué pour avoir ignoré le patriarcat structurel au lieu de blâmer les hommes en tant qu'individus pour l'oppression des femmes. En plus de la séparation physique, les partisans du féminisme culturel exigeaient « la séparation des valeurs masculines ».

Les femmes sont identifiées comme étant le groupe le plus important ainsi que le plus marginalisé. Daly affirme que d'autres catégories d'identité, dont l'ethnicité ainsi que la classe sont des groupes définis par les hommes, et les femmes qui les identifient sont divisées par d'autres femmes. Rich déclare que le « fardeau social » placé sur les femmes est plus grand et plus complexe que même le fardeau de l'esclavage.

La maternité ainsi que la grossesse s'agissent d'un autre sujet populaire dans la théorie féministe culturelle. Rich théorise la maternité comme étant une institution, construite dans le but de contrôler les femmes, étant différente d'une maternité authentique et naturelle. Les partisans du féminisme culturel déclarent que la relation entre la mère et la fille, et donc toutes les femmes, a été détruite par le patriarcat et doit être réparée.

Dans une étude de la théorie féministe, Carol Anne Douglas (ayant longtemps été critique pour Off Our Backs) considère l'influence du célèbre ouvrage de Susan Griffin, La Femme et la Nature : Le rugissement en son sein, comme un élément central du développement de cette souche de la théorie. Particulièrement, ce chapitre du livre de Douglas est intitulé () et l'analyse des idées de Griffin est sous-titré ().

Critiques L'ethnographe Kristen Ghodsee décrit de nombreuses formes de critiques provenant des femmes de couleur ainsi que des femmes des pays en développement, estimant que « l'idée d'une sororité globale efface les différences importantes dans le pouvoir ainsi que l'accès aux ressources au milieu des femmes de diverses races, ethnicités, et nationalités ». Cette inquiétude est reflétée par Audre Lorde dans , dans laquelle Lorde exprime sa déception concernant le fait que Daly a exclu le patrimoine ainsi que les histoires des femmes de Lorde et d'autres femmes non européennes dans son ouvrage féministe culturel, tout en employant de manière sélective les mots des femmes non européeenes hors de leur contexte afin de prouver ses points et décrire « la victimisation de la femme ».

Un autre souci est la croyance selon laquelle les partisans du féminisme culturel et perpétuent donc l'essentialisme du genre. Lorsque les partisans du féminisme culturel affirment que des problèmes tels que le patriarcat et le viol sont inhérents à la biologie ainsi qu'au comportement masculins, l'opportunité de critiquer ainsi que de remettre en question les structures derrière ces problèmes disparaît. De plus, les définitions essentialistes de la « femme » renforcent l'exigence oppressive imposée aux femmes de se conformer à « une « féminité » innée selon laquelle elles seront jugées ». Alice Echols déclara que les partisans du féminisme culturel estiment que dans le but de combattre « la lascivité des hommes », les femmes devraient exiger le respect en réprimant leurs sexualités ainsi qu'en proposant un « standard féminin de sexualité » conservateur. Elle critique ce concept d'avoir essayé de contrôler l'expression sexuelle des femmes souhaitant tenir les femmes responsables des problèmes perçus avec la sexualité masculine.

Ce déterminisme biologique se reflète également sur les opinions des partisans du féminisme culturel des femmes transgenres. Echols décrit l'attribution féministe culturelle des femmes transgenres à la rapacité des hommes comme étant inappropriée et explique que les partisans du féminisme culturel n'apprécient pas les femmes transgenres à cause des accusations selon lesquelles elles « discréditent l'importance du genre, et élimine les frontières entre les genres », s'approprient le corps de la femme (que les partisans du féminisme culturel considèrent comme une sorte de viol), et menacent de faire sortir l'«hétérosexualité résiduelle» des lesbiennes dans les espaces lesbo-féministes. Le mouvement TERF aurait ses origines dans le féminisme culturel.

Le féminisme culturel a également été critiqué pour s'être engagé dans le capitalisme, une pratique que certains féministes perçoivent comme étant contraire aux valeurs féministes et contre-productive au mouvement féministe. Afin de mettre en lumière les problèmes avec le capitalisme féministe, Echols analysa la mise en œuvre, les pratiques, ainsi que les revenus de Feminist Economic Network (FEN), une entreprise féministe ayant l'intention d'utiliser le capitalisme afin d'aider les femmes à franchir les barrières patriarcales en prêtant de l'argent provenant de coopératives de crédit féministes à des entreprises détenues par des femmes. Elle découvrit que l'entreprise exploitait ses employées, rejetait la démocratie, la collectivité, la responsabilité, et justifiait les hiérarchies de pouvoir au sein de la société en affirmant que la sororité garantit que l'émancipation individuelle conduit à l'émancipation collective pour les femmes. Les découvertes d'Echols peuvent être approfondies par une critique des pratiques commerciales du féminisme culturel dans Off Our Backs. Les autrices expliquent que les entreprises « féministes » que prônent les féministes culturels dépolitisent le féminisme, sont intrinsèquement hiérarchiques, disposent d'un accès limité à une influence politico-économique, et sont implicitement réformistes. De plus, les autrices signalent les défauts des tentatives des féministes culturels le contrer l'oppression via l'adhésion à un système économique oppressif, d'employer d'une théorie bootstrap, ainsi que de transformer le féminisme à la fois en une marchandise et en un marché qui, en fin de compte, servent le capitalisme « masculin ».

Verta Taylor et Leila J. Rupp ont affirmé que les critiques du féminisme culturel sont souvent une attaque au féminisme lesbien. L'étude de cas de Bloomington réalisée par Suzanne Staggenbourg l'a conduit à conclure que la participation aux activités qualifiées de féministes culturelles .

Articles connexes

Appel à la nature Féminisme de la différence Écoféminisme Chauvinisme Controverses féministes sur le sexe Essentialisme du genre Néo-féminisme Lesbianisme politique TERF

Notes et références

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