est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1944.

Synopsis Dans une petite ville rurale, une rue de commerçants vit au ralenti : le coiffeur et sa femme, brouillés depuis qu'il lui a refusé un joli peigne en lui rappelant que le luxe est l'ennemi ; l'horloger, dont la boutique aligne des pendules qui n'indiquent pas la même heure ; une buraliste, un libraire, un pharmacien, un photographe, un tonnelier, un marchand de geta, un vendeur de tissus pour kimonos...

Dans la rue principale, le vent se lève, les feuilles volent, et l'on voit approcher une charrette chargée d'objets, sur laquelle ont pris place trois personnes ; Tarō Sōma et ses deux filles distribuent des prospectus : réparations en tout genre, fabrication d'articles du quotidien, main-d'œuvre illimitée, leçons de musique, consultations pour les affaires de cœur. Ils s'installent dans une maison vacante en face du coiffeur et de l'horloger. Leurs voisins les trouvent bizarres. Invités à dîner, le coiffeur et un voisin découvrent une carte rédigée en allemand, où figurent des épluchures de pomme de terre frites et un œuf dur. Tandis que Sōma décrit l'œuf comme contenant toutes les poules du monde, un fondu enchaîné fait surgir une volée de poules blanches ; le coiffeur, qui tenait l'œuf entre ses doigts, se retrouve alors une véritable poule dans les mains, laquelle redevient un œuf par simple substitution, les gloussements se poursuivant sur l'image.

Sōma répare, redresse les enseignes de travers et raisonne les adultes : il montre au coiffeur comment lire les quatre saisons dans sa boutique délabrée, un pot de fleurs pour le printemps, la fraîcheur de l'eau pour l'été, un cheveu blanc dans le miroir pour l'automne, le vieux poêle pour l'hiver. Hideko, l'aînée, fabrique à partir de rebuts, broches en bouts de crayon et en bambou, boutons en coquillage, attaches de ceinture taillées dans des noyaux de prune polis. Megumi, la cadette, enseigne à Yutaka, le fils de l'horloger, comment voir le bon côté des choses : si l'on s'est blessé la main droite, se réjouir que ce ne soit pas les deux ; l'attente d'un jouet est plus agréable que l'objet lui-même.

Un dimanche, Sōma emmène tout le monde vers les ruines du vieux château, marque des emplacements et fait creuser le sol, d'où chacun exhume un petit paquet dans cette chasse au trésor pour adultes : peigne, spatules, statuette, théière… L'horloger est absent car son fils est malade. Celui-ci demande à voir Megumi, sa nouvelle amie. Les parents, critiques des Sōma par peur de perdre des clients, sont perplexes. Mais sans y être invitée, Megumi affronte la pluie et remonte le moral de Yutaka en lui montrant la beauté des gouttes qui tombent et deviennent des danseuses devant ses yeux.

Le quartier se transforme ; un photographe trop pauvre pour se marier se laisse convaincre que le bonheur conjugal ne tient pas au confort ; un voisin renonce au tabac et à l'alcool pour les envoyer au front ; le martèlement du tonnelier berce les bébés. La fille du pharmacien rend publique sa relation avec le jeune libraire. Une jeune fille obtient de sa mère l'autorisation de travailler à la coopérative.

Une voiture noire s'arrête un jour devant l'atelier. Un homme en costume, chapeau et porte-documents demande Sōma, qui est absent, et revient quelque temps plus tard. Au matin, la famille a disparu, laissant un mot : elle a dû rentrer à Tokyo à l'improviste. Dans sa boutique, l'horloger constate que toutes ses pendules se sont arrêtées à six heures. Yutaka court à travers champs mais la charrette est déjà loin.

Fiche technique

Titre français : Quelle vie agréable Titre alternatif : Cette belle vie Titre original : Le carton-titre et l'affiche de 1944 portent 愉しき哉人生, graphie que reprennent l'eiren et le NFAJ. La forme 楽しき哉人生 n'est pas un titre alternatif mais une normalisation orthographique moderne : les deux se lisent Tanoshiki kana jinsei. Titre anglais : This Happy Life Réalisation : Mikio Naruse Scénario : et Mikio Naruse Musique : Seiichi Suzuki, interprétée par l'orchestre Tōhō Photographie : Takeo Itō Lumière : Direction artistique : Keiji Kitagawa Son : Tatsuo Yamada Post-synchronisation : Keiji Hasebe Développement film : Etsuji Nishikawa Montage : Toshio Gotō Production : Motohiko Itō Direction de production : Minoru Koga Société de production : Tōhō Société de distribution : Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — format standard — 35 mm — sonore Genre : comédie Durée : 77 minutesLes sources donnent trois chiffres, qui décrivent des éléments différents. L'eiren annonce 80 minutes pour la sortie du 27 janvier 1944. La filmographie de Jean Narboni indique 79 minutes pour 2 187 mètres en neuf bobines, soit le contretype conservé à la Tōhō, le négatif étant perdu. Le NFAJ porte 77 minutes pour 6 932 pieds, soit environ 2 113 mètres, ce qui correspond à sa copie d'exploitation. À vingt-quatre images par seconde, les deux métrages donnent bien 79,9 et 77,2 minutes : la copie du NFAJ est donc amputée d'environ 74 mètres par rapport à l'élément de tirage. Date de sortie : Empire du Japon :

Distribution Ces informations proviennent du générique du film, de la base IMDb, des bases de données japonaises NFAJ et Eiren et Allcinema

La famille Sōma (Agence Yoshimoto Kogyo) : Tarō Sōma Hisako Yamane : Hideko, sa fille aînée : Megumi, sa fille cadette

Le salon de coiffure (Agence Yoshimoto Kogyo) : Mankichi, le coiffeur : Yone, son épouse

L'horlogerie Atsushi Watanabe (Troupe Roppa) : ShūkichiLe nom du personnage s'écrit 秀吉 sur la fiche du NFAJ, sans indication de lecture. Les deux lectures possibles circulent selon les sources : Hideyoshi et Shūkichi, cette dernière étant retenue par le sous-titrage anglais du film. Aucune source d'époque ne tranche. : Hatsu, son épouse Takashi KotakaLe prénom, écrit en kana (たかし), se lit Takashi sans ambiguïté. La lecture du patronyme 小高 reste incertaine : Odaka, Kotaka et Kodaka se rencontrent selon les sources, sans qu'aucune ne fournisse de vocalisation d'époque. : Yutaka, leur fils

Le débit de boisson : Tako-Yasu : Masa, son épouse

Le magasin de geta Shōji Kiyokawa : le marchand de geta : son épouse

La pharmacie : le pharmacien Suzuko Taki : son épouse Sumi Nishikawa : Yōko, leur fille Le studio photographique Tokiichirō Ōsaki : le photographe Ayako Ichinose : son épouse

L'atelier de tonnellerie Ryūsaku NagaiLe générique filmé et la fiche du NFAJ portent 永井柳筰. Le caractère 筰 se lit saku, ce qui rend la lecture Ryūsaku probable, mais aucune source consultée ne vocalise ce prénom. Seul le patronyme 永井 (Nagai) est assuré. Certaines transcriptions donnent par erreur 永井柳太郎, lecture qui coïncide avec le nom d'un homme politique mort en 1944. : le tonnelier : Tami, son épouse

Le bureau de tabac Akiko Kawada : la vendeuse Tokiko Hiromachi : sa fille Autres commerces Emiko Mine : une vendeuse de vêtements occidentaux : Shūichirō, le libraire Masao Shimizu : le marchand de tissus de kimonos Autre Ichirō Sugai : Sano-san

Autour du film Le film s'ouvre, avant même le logo de la Tōhō, sur un carton portant la seule mention , « nous ne nous arrêterons pas avant de les avoir abattus », mot d'ordre national diffusé à partir de 1943 et placé en tête des films produits à cette date. Cette vignette imposée n'engage pas le contenu de l'œuvre, et l'écart qu'elle creuse avec ce qui suit est notable : cinq minutes plus tard, le film énonce son propre programme sous la forme d'un poème de , lu en voix off sur des plans de campagne, dont les cinq strophes portent sur le fait de vivre droit, d'élever ses enfants et de chanter avec eux, une seule mentionnant la patrie et de manière atténuéeDeuxième strophe : "S'efforcer avec ardeur d'être utile à son pays, ne serait-ce qu'un peu.". Le film se présente ainsi sous deux enseignes successives, un slogan de combat puis une morale domestique, ce qui éclaire le désaccord des commentateurs sur sa nature de film de politique nationale.

(1901-1972), de son vrai nom Keitarō Yamashita, est un conteur de rakugo devenu acteur comique. Formé chez Sangorō Yanagiya, il monte sur scène dès l'enfance, obtient le rang de shin'uchi en 1920 et prend son nom de scène en 1924. La même année, il est incorporé au 73e régiment de Ranan, en Corée, et tire de cette expérience un répertoire de « rakugo de soldat » qui le rend célèbre. Il fonde la Nihon Geijutsu Kyōkai en 1930, puis rejoint l'agence Yoshimoto Kōgyō en 1938, délaissant le rakugo pour le théâtre et le cinéma comiques. Faisant de sa calvitie un argument de scène, il est alors tenu pour l'un des trois grands comiques japonais avec Ken'ichi Enomoto, dit Enoken, et Roppa Furukawa. Après-guerre, il devient une figure des débuts de la télévision. Sous le pseudonyme 有崎勉, il a par ailleurs écrit plus de mille rakugo originaux, et il était également connu comme inventeur.

Analyses Selon Jean Narboni, le film marque un retour au cadre le plus ordinaire après les amples pérégrinations de La Chanson de la lanterne. Il décrit une bourgade assoupie où les égoïsmes locaux, l'étroitesse des intérêts familiaux et la méfiance enferment chacun dans son clan, et où l'arrêt du temps se lit dans les pendules désaccordées de l'horloger. Le film lui paraît tenir à la fois du prosaïsme le plus exact, la monotonie des jours étant rendue avec la précision légère propre à Naruse, et du conte pour enfants, à partir du coup de vent presque magique qui annonce l'arrivée du visiteur et de ses deux filles. Le nouveau venu se déclare prêt à toutes les tâches, résout les problèmes de chacun, renoue des liens familiaux, réconcilie des boutiquiers, organise des chasses au trésor, tandis que sa fille aînée réintroduit la musique et le sens du rythme dans un monde qui s'éveille. Narboni voit dans cette chronique une œuvre que tout prédisposait soit à la mièvrerie édifiante, soit à la seule fourniture d'un divertissement d'évasion au public du temps de guerre, et qui échappe constamment à l'un comme à l'autre par sa délicatesse de touche et son mélange d'âpreté réaliste et d'échappées poétiques. Il rappelle que Naruse lui-même n'en gardait qu'un souvenir modeste, celui d'une comédie burlesque assortie de quelques notations sur les conditions d'existence pendant la guerre, et signale, d'après Audie Bock, que le film fut saisi par les forces d'occupation américaines et restitué en 1968 seulement. Il envisage plusieurs raisons possibles à cette saisie, de l'éloge des épluchures accommodées à l'allemande à celui de l'esprit collectif et de l'optimisme à toute épreuve, mais juge finalement difficile de voir dans ce film, au moment où les combats faisaient rage dans le Pacifique, une contribution morale à l'effort de guerre ou une glorification de l'unité nationale.