L'Université ouvrière de Paris (UO) est un établissement d'enseignement du soir créé en à Paris à l'initiative du Parti communiste français (PCF). Gratuite et ouverte à des élèves extérieurs au parti, elle se donne pour but de diffuser le marxisme, principalement auprès d'ouvriers et d'employés.
Parmi ses enseignants figurent notamment Georges Politzer, Jacques Solomon, Marcel Cohen et Marcel Prenant. Le cours de philosophie que Politzer y donne en 1935-1936 est publié en 1946, à partir des notes de son élève Maurice Le Goas, sous le titre Principes élémentaires de philosophie ; l'ouvrage sert ensuite de manuel à plusieurs générations de militants communistes.
Forte d'environ en 1937, l'UO inspire la création d'autres universités ouvrières en province et en banlieue parisienne. Elle disparaît à l'automne 1939 avec l'interdiction des organisations communistes ; l'Université nouvelle en prend la suite à la Libération.
Historique Contexte et fondation
vignette|alt=Bâtiment en bois derrière une palissade, surmonté de l'inscription « Secours rouge international » ; sur le portail, l'enseigne « Maison des syndicats, annexe ».|L'annexe de la Maison des syndicats et le siège du Secours rouge international, 8, avenue Mathurin-Moreau, le mai 1929 Au début des années 1930, la direction du PCF, conduite depuis 1930 par Maurice Thorez, cherche à mobiliser les compétences des intellectuels, jusque-là tenus à l'écart pendant les périodes de la bolchevisation et de la tactique « classe contre classe »...
L'Université ouvrière ouvre le .., au 8, avenue Mathurin-Moreau, dans le arrondissement... Olivier Pironet en attribue la création à Paul Bouthonnier, Georges Cogniot et Georges Politzer, sous le parrainage de Henri Barbusse et de Romain Rolland.. Cogniot, qui en est le secrétaire général, mentionne dans ses mémoires un comité de patronage comprenant notamment Romain Rolland, Francis Jourdain, Marcel Prenant et Henri Wallon.
Son texte de présentation fait du marxisme, « la science du prolétariat », l'« armature » de l'enseignement.. À la différence des écoles internes du PCF, l'UO s'adresse à un public plus large que les seuls adhérents, afin de faire connaître les idées du parti au-delà de ses rangs. Selon Cogniot, elle compte une semaine après son ouverture, et sa première assemblée générale d'élèves se réunit le .
Développement
En 1933, toujours d'après Cogniot, l'UO assure des cours tous les soirs du lundi au vendredi ; environ un millier d'élèves les suivent en moyenne, dont 67 % d'ouvriers, 25 % d'employés, 5 % d'instituteurs et 3 % d'étudiants.. Selon Cogniot, l'UO organise aussi des conférences publiques, notamment dans la grande salle de la Maison des syndicats, rue de la Grange-aux-Belles : une commémoration de Lénine, Liebknecht et Luxemburg le , puis, le , une conférence de Cogniot lui-même sur Marx et la Commune de Paris pour le cinquantenaire de la mort de Marx.. Le , Marcel Cachin y traite de l'URSS devant ..
Les inscriptions augmentent au cours de la décennie : en 1936 et environ en 1937.. D'autres universités ouvrières voient le jour, notamment à Dijon, Marseille et Sedan, ainsi qu'à Colombes en 1938 ; un ancien élève de l'UO, Maurice Le Goas, y enseigne la philosophie jusqu'en 1939..
Dissolution À la fin de , peu après l'entrée en guerre de la France, l'UO est dissoute comme l'ensemble des organisations communistes, le PCF ayant été interdit par le gouvernement d'Édouard Daladier.
Organisation et pédagogie Enseignements L'UO dispense un enseignement pluridisciplinaire dont le marxisme constitue le fil conducteur. Pour l'année 1933, Cogniot énumère notamment des cours de matérialisme historique (Charles Rappoport), d'histoire du mouvement syndical (Julien Racamond), d'économie (Joanny Berlioz et Georges Politzer), sur les origines de la vie (Marcel Prenant) et du monde (Paul Labérenne), sur l'organisation scientifique du travail (Henri Wallon), sur la langue française (Charles Parain) ou encore d'allemand (Maurice Husson). Des médecins, des juristes, des artistes comme Francis Jourdain et des écrivains comme Vladimir Pozner y interviennent également.. Cogniot y assure lui-même, à partir d', un cours hebdomadaire d'histoire du mouvement ouvrier..
Le linguiste Marcel Cohen y enseigne régulièrement le français de 1934 à 1937 ; ce cours est à l'origine de son ouvrage Histoire d'une langue : le français, achevé en 1938 et publié en 1947.. Jacques Solomon y donne des cours d'économie politique, Jean Bruhat sur la Révolution française, et René Maublanc participe à l'enseignement de la philosophie. L'écrivain Paul Nizan compte aussi parmi les enseignants.
La philosophie est la discipline qui attire le plus d'élèves. Georges Politzer y enseigne le matérialisme dialectique de 1934 à 1938, en donnant à ses élèves des exercices à préparer d'une semaine à l'autre. Son dernier cours, consacré en 1938 aux rapports entre la pensée française et le marxisme, est publié la même année en brochure par le Bureau d'éditions du PCF sous le titre Les Grands Problèmes de la philosophie contemporaine..
Méthodes Selon Cogniot, chaque séance associe trois quarts d'heure d'exposé et trois quarts d'heure de discussion libre ; la lecture personnelle est encouragée et une bibliothèque fonctionne dès l'ouverture. Il présente un enseignement pensé pour être accessible à tous les travailleurs, qui se démarque à ses yeux de l'éclectisme des universités populaires du début du siècle comme de l'Institut supérieur ouvrier fondé par la CGT, réservé aux cadres syndicaux et étranger au marxisme.
Les cours peuvent être suivis en classe ou par correspondance, une formule alors nouvelle. Dans son cours de philosophie, Politzer évite le vocabulaire technique et part d'exemples tirés de la vie quotidienne ou de l'actualité, comme la mobilisation qui suit la crise du 6 février 1934.
Postérité L'Université nouvelle À la fin de l'année 1944, Étienne Fajon, responsable de l'éducation au PCF, charge Maurice Le Goas, ancien élève et membre du bureau de l'UO, de rassembler d'anciens élèves pour créer l'Université nouvelle de Paris. Celle-ci prend la succession de l'Université ouvrière et fonctionne jusqu'en 1979 ; Le Goas en assure le secrétariat jusqu'au retour de Paul Bouthonnier. Le trentième anniversaire de l'UO donne lieu à une commémoration en 1962..
Principes élémentaires de philosophie vignette|alt=Double page d'un livre ancien : à droite, la page de titre « Georges Politzer, Cours de philosophie, I. Principes élémentaires », seconde édition revue et corrigée, préface de Maurice Le Goas, Éditions sociales, 1948.|Page de titre de la seconde édition des Principes élémentaires de philosophie, parue en 1948 aux Éditions sociales avec une préface de Maurice Le Goas Le cours de philosophie de Georges Politzer de l'année 1935-1936 est publié en 1946 aux Éditions sociales, sous le titre Principes élémentaires de philosophie, à partir des notes prises par Maurice Le Goas, qui en rédige la préface.. Le philosophe René Maublanc relit et corrige le manuscrit établi par Le Goas. Réédité à de nombreuses reprises, l'ouvrage sert de manuel de base à plusieurs générations de militants communistes ; Guy Besse et Maurice Caveing en donnent en 1954 une version développée, Principes fondamentaux de philosophie. Selon Olivier Pironet, le livre contribue aussi à l'introduction de l'étude du marxisme à l'université à partir de la fin des années 1950.
Le manuel a également été critiqué. Jean Bruhat, qui enseignait lui aussi dans les écoles du PCF, juge qu'il simplifie la pensée de Politzer ; la notice que lui consacre Nicole Racine dans Le Maitron souligne qu'il expose la version stalinisée du marxisme alors dominante dans le mouvement communiste et, à la suite du philosophe Jacques Milhau, qu'il reproduit le modèle des écoles du parti communiste de l'Union soviétique.
Le sort des enseignants pendant la guerre vignette|alt=Plaque de rue émaillée bleue portant l'inscription « Rue Georges Politzer, héros de la Résistance, 1903-1942 ».|Plaque de la rue Georges-Politzer à Saint-Maur-des-Fossés Après la dissolution de l'UO, Georges Politzer et Jacques Solomon organisent, avec Jacques Decour, la résistance universitaire communiste et lancent à l'automne 1940 le journal clandestin L'Université libre. Arrêtés en 1942, Politzer et Solomon sont fusillés comme otages au mont Valérien le .
Archives Plusieurs fonds personnels conservés aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, avec les archives du PCF, documentent l'histoire de l'UO. Le fonds Maurice Le Goas (374 J) a été déposé en 1987 à la Bibliothèque marxiste de Paris, puis intégré en 2005 au fonds du PCF. Il contient les notes prises par Le Goas au cours de Politzer en 1935-1936 et les documents préparatoires à l'édition des Principes élémentaires de philosophie. Le fonds Marcel Cohen (336 J) comprend notamment les plans de ses cours de français, le compte rendu d'une assemblée des professeurs tenue en 1933 et un tableau comparant les sessions de 1936 et de 1937..Principes élémentaires de philosophie
Notes et références
Bibliographie . . .
:Catégorie:Parti communiste français :Catégorie:Éducation populaire :Catégorie:Organisme fondé en 1932 :Catégorie:Organisme disparu en 1939