Les Sections d'équipages canins d'Alaska (SECA), parfois surnommées « Poilus d'Alaska », sont des unités logistiques de l'armée française créées pendant la Première Guerre mondiale. Elles utilisent des chiens de traîneau importés du Canada et d'Alaska pour ravitailler les troupes françaises sur le front des Vosges.

Historique

Création Au début de la Première Guerre mondiale, le général Maud'Huy, commandant de la , alerte sur la difficulté pour les équipages muletiers de ravitailler les crêtes vosgiennes : les conditions météorologiques et la neige rendent en effet le terrain impraticable en hiver, entravant le ravitaillement des troupes..

Le capitaine Louis Moufflet monte un dossier pour proposer l'utilisation de chiens de traîneaux issus d'Alaska en soutien logistique et pour l'approvisionnement des postes avancés. Rustiques et indifférents au froid, dociles et pouvant être nourris des restes des hommes, plus rapides que les mulets, ils représentent pour lui une solution idéale. Maud'Huy soumet le dossier au Grand Quartier général le , et le projet est approuvé par le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand. L'expédition en Amérique est autorisée le .

Le , Moufflet et le lieutenant René Haas partent pour l'Amérique, avec l'ordre de rentrer avant l'hiver. Le premier rassemble 332 chiens au Canada en quelques semaines, et dirige parallèlement la construction de traîneaux et de harnais pour les opérations en France. Haas s'appuie sur le soutien du musher Scotty Allan pour rassembler 108 chiens en Alaska.. Les deux officiers embarquent à bord du Pomeranian pour rentrer en France. Quatre chiens meurent pendant la traversée en raison d'une tempête. Le convoi arrive au port du Havre le , avec 436 chiens et 40 traîneaux.

Des soldats sont formés au Havre auprès de Scotty Allan, avec Haas comme interprète, avant le départ pour les Vosges.

Organisation et commandement thumb|right|Emplacement des SECA dans les Vosges. Arrivés dans les Vosges, les chiens sont répartis en deux sections. Chacune est constituée d'un effectif théorique de 215 chiens dont 50 chiens de tête, de 57 hommes de troupe et d'un officier. La majorité des hommes de troupe proviennent d'escadrons du train des équipages militaires, de régiments d'infanterie territoriale ou de bataillons de chasseurs alpins.

Les deux sections sont intégrées aux compagnies du du train et sont administrées comme des sections d'équipage muletier. Le capitaine Moufflet dirige un temps les deux sections. La est ensuite sous les ordres de Haas, et la sous ceux du maréchal des logis Gaston Joseph Hérodier. En , quand Moufflet est réaffecté au d'infanterie, Haas prend la tête de l'ensemble.

La est installée à la ferme du Tanet, proche du col de la Schlucht, tandis que la est implantée plus au sud, à la ferme de Hahnenbrünnen, vers Kruth et le Markstein.. Des chenils sont construits dans ces fermes. Ils se trouvent en moyenne à 5 km du front, à un emplacement stratégique, entre les deux principaux champs de bataille des Vosges en 1915 : le Linge et l'Hartmannswillerkopf. Une route de 17 km (la route des Crêtes) est progressivement aménagée pour relier les deux sections.

Engagement et missions des SECA (1916-1918)

Missions des SECA Les SECA sont principalement actives de novembre à avril, quand les conditions météorologiques empêchent les moyens classiques d'assurer les ravitaillements. Les premières missions débutent dès . L'hiver 1916-1917 est particulièrement rude : les hommes meurent de froid dans les tranchées et le ravitaillement muletier est impossible. Les SECA atteignent alors leur pic d'activité, assurant des missions de ravitaillement à raison de plusieurs tonnes de matériel par jour. Chaque traîneau, long de 4 à 5 mètres et tiré par neuf chiens, transporte des charges de 80 à 100 kg et pouvant aller jusqu'à 130 kg. En été, les chiens continuent de travailler, bien que de façon marginale, en tirant des wagonnets ou des traîneaux équipés de roues. thumb|right|Attelage de chiens d'Alaska dans le secteur du col du Bonhomme. Parmi les missions attribuées aux SECA, on retrouve ainsi le ravitaillement des camps, dans un rayon de 10 km (Bataille, Tinfronce, Richard, Bouquet, Robert, Pfeiferberg, Sermet, Dauvillers, Duchet), mais également l'appui aux relèves d'unités, qui requièrent une logistique conséquente, la construction de positions défensives de plus en plus complexes, la liaison entre les arrivées de câbles aériens ou du funiculaires et les camps, et le transport de personnes (visiteurs, messagers, blessés, officiers et personnalités).

À partir de 1916, alors que les grandes offensives cessent dans les Vosges, les SECA participent aux coups de main, opérations militaires à moyens réduits visant à infliger des dégâts importants et à obtenir des renseignements sans aboutir à la prise définitive d'une position. Pour préparer ces opérations, les SECA assurent le transport rapide de pièces d'artilleries et de munitions.

Pertes Les sections sont exposées aux tirs d'artillerie, principale cause de mortalité chez les soldats. En 1917, la est prise pour cible de l'artillerie allemande, et s'installe temporairement à Wildenstein, plus éloignée du front et protégée par la crête. Les deux sections sont ensuite visées par des tirs entre le et le . La perd 20 chiens et un brigadier est grièvement blessé, tandis que la perd deux chiens et se délocalise à 400 m du site initial, dans les bois.

Aux morts causées par les bombardements s'ajoutent celles causées par les épidémies. Pendant l'hiver 1917, une épidémie tue notamment 60 chiens en moins de deux jours. Globalement, le taux de mortalité de l'effectif initial des chiens est de 50 %.

Fin des SECA À la fin de la guerre, l'activité militaire se déplace vers la Marne, puis vers la Champagne et la Picardie. Les effectifs sont réduits à 270 chiens en 1918, encourageant la fusion des deux sections, qui passent sous le seul commandement de Haas le , la veille de la fin des combats.

La SECA est démobilisée le . Le , les chiens sont reversés vers un chenil près du bois de Boulogne. Les chiens prêtés sont rendus à leur propriétaire, et ceux qui n'en ont pas restent la propriété de l'armée et sont répartis dans deux chenils, à Châlons et à Satory. Ils sont ensuite envoyés dans les zones dévastées par la guerre pour participer au ravitaillement de la population locale. D'autres sont mis à disposition des mutilés de guerre.

Distinctions

Officiers Le , le capitaine Moufflet, chevalier de la Légion d'honneur en 1914, est promu officier de la Légion d'honneur pour les opérations accomplies au sein des SECA et obtient la croix de guerre avec palme.

Le lieutenant Haas reçoit une citation en à l'ordre de la d'infanterie et est félicité pour ses actions au sein de la .

Chiens Aucune source formelle ne permet d'attester que des chiens des sections d'équipages canins d'Alaska aient été décorés. Un article du New York Times relate cependant que des chiens d'Alaska ont reçu la croix de guerre après avoir transporté 90 tonnes d'obus pendant une tempête de neige.. Charles Dean mentionne quant à lui que trois chiens de traîneaux auraient reçu la croix de guerre..

Héritage et mémoire

Monuments Du au , une commémoration est organisée par le Souvenir français, le club de traîneaux Nanook et le musée Serret de Saint-Amarin. Une stèle en hommage aux SECA est acheminée en traîneau par des attelages de chiens jusqu'à l'emplacement de l'ancien chenil de la .. Le musée Serret conserve le panneau du chenil.

Une deuxième stèle a également été érigée par le Souvenir français au Tanet..

Médias

Nom de code : Poilus d'Alaska, film documentaire de Marc Jampolsky, Daniel Duhand, Marc Jampolsky et Michael Pitiot, Arte, 2012. Les Poilus d'Alaska, bande dessinée de Duhand, Delbosco et Brune, Casterman, 2014.

Notes et références

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