vignette|Affiche diffusée par les Jeunesses communistes en 1931.

L’histoire du Mouvement jeunes communistes de France recouvre celle d'un ensemble d'organisations ayant largement évolué depuis le début du , et qui a structuré une partie de la jeunesse socialiste puis communiste en France. Elle est issue de la Fédération nationale des Jeunesses socialistes, unifiée en 1912 au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Devenue Fédération nationale des jeunesses socialistes-communistes à l’issue de son congrès des 31 octobre et , elle prend en 1921 le nom de Fédération nationale des jeunesses communistes de France (FJCF). Ces congrès, ainsi que l'adhésion à Internationale communiste des jeunes étant de deux mois intérieur au Congrès de Tours qui voit la naissance du PCF, elle garde tout au long de son histoire et jusqu'aujourd'hui une indépendance de fait vis-à-vis du PCF, qui fut cependant variable selon la période historique. La FJCF engage en 1945 sa transformation en Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF), consacrée par un congrès constitutif en 1946. En 1956, l’UJRF laisse place au Mouvement de la jeunesse communiste de France (MJCF), devenu par la suite Mouvement jeunes communistes de France.

Le mouvement connaît au cours de sa longue histoire des mutations profondes. Les noms, les publics recherchés et l’organisation interne évoluent : fédération politique dans les années 1920, ensemble d’organisations spécialisées pour les jeunes femmes, les ruraux et les étudiants sous le Front populaire, mouvement de rassemblement après la Seconde Guerre mondiale, puis structure fédérative en 1956 et mouvement unifié à partir de 1974-1975. La presse, en particulier son journal lAvant-Garde, la formation militante et la proximité avec le Parti communiste français (PCF) constituent néanmoins des éléments de continuité..

L’histoire du mouvement est marquée par les campagnes antimilitaristes et anticoloniales de l’entre-deux-guerres, la politique de rassemblement antifasciste des années 1930, la clandestinité et la Résistance, les mobilisations contre les guerres d’Indochine et d’Algérie, les recompositions de la jeunesse étudiante dans les années 1960, puis les mouvements sociaux, antiracistes et internationalistes de la fin du et du début du . Son degré d’autonomie à l’égard du PCF varie selon les périodes : l’organisation choisit ses responsables, ses formes d’action, et sa direction politique, mais partage durablement avec le parti des orientations, des locaux, des cadres et des campagnes..

Appellations et structures successives

{| class="wikitable centre" |+ Principales formes d’organisation ! Période !! Organisation !! Principales composantes ou caractéristiques |- | Avant 1912 || Diverses organisations socialistes de jeunesses |- | 1912-1920 || Fédération nationale des Jeunesses socialistes || Organisation de jeunesse liée à la SFIO |- | 1920-1921 || Fédération nationale des jeunesses socialistes-communistes de France || Adhésion à l’Internationale communiste des jeunes ; lancement de lAvant-Garde|- | 1921-1945 || Fédération nationale des jeunesses communistes de France || Organisation proche de la SFIC-PCF ; création de structures féminine, rurale et étudiante entre 1936 et 1939 |- | 1945-1956 || Union de la jeunesse républicaine de France || Projet de rassemblement issu de la Libération ; maintien puis reconstitution d’une organisation spécifique de jeunes femmes |- | 1956-1974 || Mouvement de la jeunesse communiste de France || Trois branches reconstituées en 1956-1957, puis quatre avec la création de l’organisation agricole en 1959 : jeunes travailleurs, jeunes femmes, étudiants et jeunes ruraux |- | Depuis 1974-1975 || Mouvement jeunes communistes de France || Regroupement des organisations de jeunes travailleurs, de jeunes femmes et de jeunes ruraux ; maintien de l’UEC comme branche étudiante

Des Jeunesses socialistes à la Jeunesse communiste (1912-1921)

Une organisation socialiste divisée par la guerre

Des groupes de jeunes socialistes existent en France avant 1912, mais leur implantation est discontinue et leurs rapports avec les partis socialistes demeurent variables. Le congrès de la SFIO, réuni à Lyon en , unifie ces groupes dans une Fédération nationale des Jeunesses socialistes, qui reste matériellement et politiquement dépendante du partiLa Première Conférence nationale des jeunes se tient en avril 1913 à Brest, pendant le Congrès du Parti dont certains délégués adultes (au sens membre du parti) ont reçu mandat pour la Conférence des jeunes.Le Socialiste, organe central du Parti socialiste, Section Française de l'Internationale Ouvrière, , 13 avril 1913, dans la tribune de la Fédération des Jeunesses, les Impressions de Conférence de M. Rebillat (un des dirigeants des Jeunesses) : Pour que la prochaine conférence marque un progrès sensible (...), il faut que les fédérations fassent un effort sérieux. Il est nécessaire qu'elles aident le Comité national des Jeunesses. La collection complète du Socialiste- l'Égalité (directeurs : Jules Guesde, Paul Laffargue) est accessible en édition reprint, aux éditions Hier & Demain, 16 volumes , 1973. Le volume 15 couvre 1911 -1913.. Sa première conférence nationale se tient à Brest en . du Parti socialiste, SFIO, Lyon, février 1912.. Or, la période qui s'ouvre en 1918, voit affluer aux Jeunesses socialistes des adhérents peu en phase avec la sujétion aux ordres des « mentors » plus ou moins connus, d'un parti qu'ils jugent disqualifié par la politique d'Union sacrée.

La Première Guerre mondiale et l’adhésion de la SFIO à l’Union sacrée désorganisent le mouvement. Après 1918, une partie des nouveaux adhérents reproche aux dirigeants socialistes leur soutien à la guerre et conteste la tutelle des « adultes ». La révolution russe de 1917 et la création de l’Internationale communiste puis de l’Internationale communiste des jeunes offrent un autre pôle de référence. Le débat sur l’autonomie de la fédération se combine alors avec celui sur l’adhésion à la Internationale..

De la conférence de Troyes au congrès de la Bellevilloise vignette|La Bellevilloise, lieu du congrès de novembre 1920 au cours duquel les Jeunesses socialistes décident d’adhérer à l’Internationale communiste des jeunes ; la photographie montre la façade actuelle. Le premier acte se déroule à Troyes le . La Fédération des Jeunesses socialistes y tient une Conférence nationale. La ville est dirigée par un maire socialiste, et un des députés de l'Aube, Isidore Philbois est socialiste également. La présidence de la première séance est assurée par le premier (49 ans), tandis que le second (56 ans) préside l'après-midi. La première intervention politique est celle du représentant du Parti socialiste SFIO, Léon Blum. Or Blum est un des leaders du courant socialiste le plus hostile à la Troisième Internationale. Dans son discours, il avance devant un auditoire dont il n'a pas saisi l'impatience : « Les questions de ou Internationale n'ont qu'un intérêt secondaire »... puis, paternaliste, il demande « Ne soyez pas des enfants ingrats (...) ».

Trois courants s’affrontent : la direction de Pierre Lainé défend une adhésion assortie de réserves ; Maurice Laporte anime les partisans de l’adhésion immédiate à l’Internationale communiste des jeunes ; Émile Auclair représente un courant autonomiste. Aucun courant n’obtient seul la majorité et une direction proportionnelle est élue. Les chiffres publiés dans la presse ne reconstituent pas l’intégralité des mandats ; ils ne permettent donc pas d’établir les pourcentages exacts avancés ultérieurement par certains récits.. Pierre Lainé, employé de commerce, est âgé de 21 ansP. Lainé est né dans le Loir-et-Cher en 1899, mais après des études à Paris il y trouve un emploi.. Il dirige les Jeunesses socialistes depuis . Il y avait adhéré à l'âge de 14 ansNotice Pierre Lainé, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, tome 33 version papier, .. Maurice Laporte est âgé de 19 ans, est ouvrier métallurgiste dans l'industrieuse banlieue ouest de ParisOriginaire de Courbevoie, il commence à travailler à l'âge de 14 ans. Voir le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, tome 33, .. En il est licencié des Usines de Dion, de Puteaux. Il milite aux Jeunesses socialistes depuis 1918 et dirige en leur sein le comité pour l'adhésion immédiate à l'Internationale communiste des jeunes. Émile Auclair est âgé de 25 ans. Il est employé et milite aux Jeunesses socialistes depuis l'âge de 17 ans. Né à Paris, dans le arrondissement, en 1895, Cf Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 17, . Il est de fait l'homme clé, à l'été 1920 le chef de la tendance qui fait ou défait la majorité.

Pendant l’été, le rapprochement des autonomistes avec les partisans de l’Internationale communiste déplace la majorité. Les 31 octobre et , les délégués se réunissent salle Babeuf, à la coopérative La Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris. La motion d’adhésion à l’Internationale communiste des jeunes obtient mandats, contre à la motion Lainé et 350 abstentions. La fédération devient la Fédération nationale des jeunesses socialistes-communistes de France ; une minorité maintient des Jeunesses socialistes.. Cette décision précède de près de deux mois le congrès de Tours, au cours duquel la majorité de la SFIO fonde la Section française de l’Internationale communiste (SFIC).

La nouvelle organisation publie L’Avant-Garde ouvrière et communiste, bientôt appelée lAvant-Garde. Maurice Laporte en devient le principal dirigeant ; Gabriel Péri, Camille Fégy, Émile Auclair et, comme suppléant, Jacques Doriot figurent parmi les militants promus par le congrès. La moyenne d’âge de cette direction illustre la volonté d’une organisation conduite par ses propres adhérents, sans supprimer pour autant ses liens avec le parti communiste naissant. Le congrès de , réuni à Paris, adopte l’appellation de Fédération nationale des jeunesses communistes de France et fixe une représentation réciproque entre les directions de la fédération et du parti.

Construction d’une organisation communiste de jeunesse (1921-1934)

Les premiers congrès Le de la fédération des Jeunesses communistes se déroule les 15 et , salle de l'Égalitaire, coopérative ouvrière du 18e arrondissement de ParisLa salle de l'Égalitaire, 17 rue de Sambre-et-Meuse, existe toujours en 2014.. Quelque 100 délégués sont réunis, représentants de , mais le décompte des mandats fait plutôt apparaître mandats environL'Humanité du 16 mai 1921. Cette pratique du gonflage des adhérents, pas spécifique aux organisations révolutionnaires, et probablement toujours en vogue rend aléatoire les données chiffrées qui seront livrées ici.. La première séance du congrès est présidée par un jeune communiste marseillais, Gabriel Péri. Plusieurs rapports sont au programme des congressistes : sur l'activité passée (rapporteur Maurice Laporte), le congrès vote : à mandats pour, 325 contre, et 459 abstentions. Sur l'Internationale de la Jeunesse (rapporteur Jacques Doriot), les voix se répartissent en pour, 388 non et 214 abstentions. La direction élue comprend : Maurice Laporte secrétaire général; Camille Fégy, secrétaire adjoint, Maurice Honel, directeur de l'''Avant-Garde. Les autres membres titulaires de la direction sont Rosa Michel, Jacques Doriot, dont les interventions sont nombreuses, Émile Auclair, Perche, Henri Lozeray, 24 ans, ouvrier typographe, nouvel élu, Raymond David, nouvel élu, Labarche, Roger Gaillard, 18 ans, employé, nouvel élu, Pierre Provost, 26 ans, nouvel élu, et Helleluyck.