Aliger gigas (anciennement Lobatus gigas ou Strombus gigas), le strombe géant ou lambi, est une espèce de mollusques marins présente en zone équatoriale et tropicale de l'Atlantique ouest, notamment aux Antilles et en Floride. Pouvant atteindre et , c'est un gros coquillage emblématique des platiers des Caraïbes, où il se nourrit d'algues et divers débris végétaux.
Cette espèce à croissance très lente a beaucoup régressé en raison de la surpêche pour la consommation humaine et parfois pour l'usage décoratif de sa coquille. Il est maintenant classé comme espèce menacée et partiellement protégé par la Convention de Washington : commerce fortement limité et placé sous le contrôle des douanes dans les Antilles françaises, par exemple.
Descriptions et biologie Morphologie Le lambi est le plus gros des Strombidae de la Caraïbe. Cependant la taille et le poids observés peuvent varier d’une zone à l’autre. Les spécimens les plus imposants mesurent 24 à de long pour 700 à de poids total. Mais la taille moyenne constatée dans les pêches au début du est proche de . Les femelles sont légèrement plus grandes que les mâles(Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007).
Sa coquille est constituée de microcristaux de carbonate de calcium sous forme d'aragonite inclus dans une matrice protéique. Elle est extrêmement solide (beaucoup plus que de simples cristaux d'aragonite) du fait de son architecture composée de couches de lamelles entrecroisées, ce qui permet la dissipation de l'énergie des chocs dans des microfissures qui ne se diffusent pasBallarini R, Heuer A, Des secrets dans la coquille, Pour la Science, octobre 2008, . Elle possède des spires munies d’épines et son pied musculeux porte un opercule corné. Les mâles sont munis d’un long pénis extensible situé le long du canal siphonal, alors que les femelles portent des poches à œufs. À partir de 5-6 mois, la coquille se colore en rose-orangé. Et dès 3,5 - 4 ans, son large pavillon se forme. Il est également appelé lèvre(anon., 1999 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007). L’apparition de la lèvre marque l’approche de la maturité pour le juvénile.
Répartition vignette|Carte de répartition. vignette|Variations de forme de coquille (d' Aliger gigas). vignette|Coquilles d' Aliger gigas. vignette|Aliger gigas dont la coquille est recouverte d'algues et organismes fixés. vignette|Yeux et avant de la coquille d'un Aliger gigas. Initialement largement réparti dans l’ensemble des eaux de la Caraïbe, il a été abondamment pêché sur les côtes de Floride et Antilles où il a régressé.
Il peuple potentiellement tout type de fonds situés entre 0 et de profondeur. L'adulte est préférentiellement présent sur sédiment sablovaseux, entre 4 et en zone non exploitée par les chaluts et dragues à coquilles. Il est aujourd'hui réputé être plus particulièrement présent au sein des herbiers de phanérogames marines les mieux conservés, mais cette localisation pourrait être un effet indirect de la pression de pêche qu’il subit.
Il est également présent sur les plaines sédimentaires nues, ainsi que sur substrat dur (rocheux ou récifal). Il en serait de même concernant l’existence de stocks âgés situés en plus grande profondeur, de 20 à Stoner et Sandt, 1992 ; Stoner et Ray, 1996 ; Theile, 2001..
C’est une espèce soumise à de fréquentes migrations, qu'elles soient verticales ou horizontales, qui répondent à des stimuli thermiques et lumineux, et des migrations saisonnières sont identifiées chez les adultesStoner et al., 1996 (1 et 2) ; Theile, 2001..
Les différentes phases de son cycle vital (croissance, maturation, reproduction) Ce gastéropode muni d’un pied musculeux occupe divers milieux selon son cycle de vie, la saison et l'heure de la journée. Il est réputé détritivore mais peut aussi se nourrir d'algues mortes ou vivantes dérivantes (sargasses) ou d'autres débris végétaux apportés par le courant dans les dépressions ou certains fonds marinsStoner et Sandt, 1992 ; Stoner et al., 1996 (1 et 2) ; Stoner et Ray, 1996 ; Glazer et Kidney, 2004..
Les juvéniles coloniseraient ainsi préférentiellement les fonds entre 1,5 et , alors que les adultes préfèrent ceux de 10 à Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; Stoner et al., 1996 (1 et 2) ; Stoner et Ray, 1996 ; Theile, 2001.. Ceci est attesté par le taux de maturité supérieur à 99 % chez les individus rencontrés à partir de . De septembre à mars, ils se concentrent sur substrat dur, pour rejoindre les herbiers de zones sédimentaires en juillet.
La disponibilité alimentaire ne serait donc pas le principal moteur de ses migrations, comme c’est souvent le cas chez les espèces marines. Le caractère favorable d'un habitat pour ce mollusque semble aussi corrélé à un bon taux de renouvellement de l’eau marine, et à des fluctuations thermiques modérée (saisonnières et journalières).
Alimentation Aliger gigas (dénommé lambi dans les Antilles françaises) est un détritivore à tendance herbivore (algues vertes, rouges et brunes). Il se nourrit sur le fond, de débris végétaux et de certaines algues vivantes, avec une préférence pour les sargasses.
Les adultes semblent s'alimenter indifféremment de jour comme de nuit, ce qui n’est pas le cas de juvéniles âgés de moins d’un an. Ces derniers mesurant moins de 50 - ont encore un mode de vie diurne endogé (enfoui dans le sédiment) et ne remontent pour s’alimenter en surface qu’une fois la nuit tombée(Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007). Ce n’est qu’au-delà de cette taille qu’ils iront peupler les herbiers marins peu profonds. Ils y forment de très important agrégats saisonniers et sont alors plus vulnérables aux actions de pêche(Stoner, 1989 ; Stoner et Lally, 1994 ; Stoner et al., 1996 (1 et 2) ; Theile, 2001 ; Stoner, 2003). C’est là qu’ils acquerront leur forme adulte.
L'espèce a fortement régressé dans les Antilles françaises depuis les années 1960, probablement en raison de la surpêche, ce qui a justifié dès la fin des années 1980 des tentatives d'élevage, notamment étudiées par IfremerRathier I (1987) État d'avancement des recherches sur l'élevage (en parc, cages (éventuellement en association avec des poissons) ou en herbiers) du Lambi (Strombus gigas) en Martinique..
Reproduction Les individus de quatre ans ayant une taille d’environ et d’épaisseur de lèvre sont enfin arrivés à maturité(Berg et Olsen, 1989 ; Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; Stoner et Ray, 1996 ; anon., 1999), ils deviennent alors des reproducteurs. Les adultes présents dans les herbiers (5 à ) ou en bas de la pente récifale (20 à ) vont opérer une migration reproductive saisonnière(Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; anon., 1999 ; Theile, 2001). Elle va les conduire sur des fonds sédimentaires nus, où accouplements et pontes vont se succéder.
Ce phénomène bien qu’observable tout au long de l’année à Belize et au Mexique, semble se concentrer sur une seule et même période dans d’autres zones. Elle se déroule généralement d’avril à août, alors que la phase dite de repos sexuel s’étend de septembre à mars(Berg et Olsen, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; anon., 1999 ; Theile, 2001). Tout au long de cette période, les femelles vont opérer 6 à 25 pontes, chacune représentant à chaque fois entre et œufs(Stoner et Ray, 1996 ; Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007 ; Gros et Frenkiel, 2007). Ces derniers sont rassemblés en un long filament gélatineux de de long, lui-même aggloméré avec du sable, en un unique croissant de 10 à de diamètre(Frenkiel et Aldana Aranda, 2007). La ponte dure en moyenne 24 à 36 heures. Une même ponte pourra être le fruit de fécondations de différents partenaires(Berg et Olsen, 1989 ; anon., 1999 ; Theile, 2001).
Malgré le nombre de pontes et l’étendue de la saison de reproduction, un pic reproductif a été identifié par diverses études. Il suivrait le maximum de la photopériode et précéderait le maximum de température des eaux. Ce qui le situe approximativement en juillet(Stoner et Sandt, 1992). Ces mêmes études ont identifié en zones exploitées deux stocks de reproducteurs bien distincts. Le premier regroupant les jeunes adultes présents entre 10 et se reproduisant alors plus tôt (entre février et octobre suivant la zone) que le second rassemblant les vieux adultes situées plus en profondeur (20 à ) qui se reproduiraient entre avril et août. Ce qui démontre que la pression de pêche conditionnerait la distribution de cette espèce. À l’issue de la saison de reproduction, chaque femelle aura contribué à produire près de 6.106 larves de lambi.
Développement Aliger gigas ne compte pas moins de quatre phases de vie distinctes (et une cinquième qui serait un effet indirect de la pression de pêche).
Après trois à quatre jours, les œufs libèrent les larves qui adoptent un mode vie planctonique au sein des dix premiers mètres de la colonne d’eau. Durant cette phase qui dure deux à cinq semaines, les larves sont soumises aux courants de surface qui les dispersent sur des dizaines, voire des centaines, de kilomètres. Ceci peut représenter un transfert de gènes pouvant atteindre un maximum de (Berg et Olsen, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; anon., 1999 ; Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007). La plupart des larves sont mangées ou meurent durant cette période.
Ensuite la métamorphose survient, si l’ensemble des facteurs favorables nécessaires sont présents. Dans le cas contraire, les larves sont capables de retarder leur métamorphose, mais au risque de perdre définitivement cette compétence indispensable à leur survie(Stoner et al., 1996 (1 et 2) ; Stoner, 2003). Les larves perdent alors le velum qui leur permettait de se nourrir de microalgues, de respirer et de se mouvoir. Leur coquille s’étant épaissie les jeunes individus tombent sur le fond (1 à ), où ils s’enfouissent. Ils deviennent ainsi des juvéniles(Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; anon., 1999 ; Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007).
Pendant un an, ils seront enfouis dans le sédiment le jour et remonteront à sa surface pour se nourrir la nuit. À la taille de 50 à , les juvéniles d’un an regagnent définitivement la surface et entament une migration ontogénique vers les herbiers de phanérogames marine (entre 1,5 et ). Là ils se rassemblent en agrégats pouvant atteindre de long sur de large dans certaines régions. Une hypothèse est que ces rassemblements les rendraient moins vulnérables à la prédation(Stoner, 1989 ; Stoner et Lally, 1994 ; Stoner et al, 1996 (1 et 2) ; Theile, 2001 ; Stoner, 2003).
Ils grandissent ainsi jusqu’à l’âge de correspondant à la formation de la large lèvre, témoignage du passage à l’âge adulte, et migrent alors vers des zones plus profondes (10 à ). Ils colonisent toute sorte de fonds avec toujours une préférence marquée pour les herbiers de phanérogames marines en zone pêchée. Les plus vieux individus observés en zone exploitée semblent par la suite rejoindre des zones encore plus profondes (où ils échappent plus facilement aux pêcheurs). Ils forment alors un stock de reproducteurs âgés et profonds (20 à ), sur lequel repose à l’heure actuelle le repeuplement des zones d’exploitation intense(Stoner et Sandt, 1992 ; Stoner et Ray, 1996 ; anon., 1999 ; Theile, 2001). Ce comportement particulier disparait cependant en l’espace de quelques mois, dans les aires marines protégées quand elles sont non-pêchées, ce qui semble indiquer qu’il s’agit d’une conséquence de la pêche.
La croissance du lambi varie tout au long de ces différentes phases.
Croissance