L'ancienne prison de Yeserías (actuellement Centre d'Insertion Sociale Victoria Kent) se trouve dans le district d'Arganzuela (Madrid). Son nom actuel rend hommage à la juriste espagnole Victoria Kent. Le bâtiment a été construit à la fin des années 1920 comme asile pour les mendiants. Il n'a été transformé en centre de détention qu'après la guerre civile, quand les nouvelles autorités franquistes l'ont habilité comme centre de détention de prisonniers politiques, connu sous le nom de prison de Yeserías. Il a été en service ensuite comme prison pour femmes jusqu'en 1991, année où il a été réformé pour devenir un centre d'insertion sociale pour les prisonniers en régime ouvert, avec une capacité moyenne de 280 prisonniers. Le bâtiment est maintenant déclaré comme lieu de la mémoire démocratique et une plaque commémorative y a été placée en 2024.

Histoire Il n'existe pas de documentation précise sur l'époque où il a été bâti, mais certaines références mentionnent 1928 comme année où la Mairie de Madrid a décidé sa construction pour servir d'asile pour les mendiants. Il se substituait à l'Asile de San Luis y Santa Cristina, qui étant situé sur la Promenade de Yeserías était appelé Asile de Yeserías.

Le nouvel asile a été bâti à l'angle entre la rue de Riego (actuellement rue de Juana Doña sur ce tronçon) et la prolongation de la rue Juan de Vera. Il n'a pas eu d'usage pénitentiaire pendant la Guerre Civile, mais à la fin de celle-ci il a été reconverti en prison pour hommes, essentiellement pour des détenus politiques (sur lesquels il y a des indices d'expérimentation humaine), sous le nom de "prison de Yeserías".

En août 1939, il y avait déjà plus de 5.000 prisonniers et l'année suivante il y en eut jusqu'à 6.000. De Yeserías, les prisonniers étaient emmenés aux Salésiennes pour être jugés et le lendemain ils revenaient à la prison, la plupart d'entre eux avec des condamnations à mort. Ils étaient détenus dans une salle spéciale pour être mieux surveillés, étant donné leur nombre important (entre 300 et 400). Selon Melquesidez Rodríguez, qui y a été détenu dans l'immédiate après-guerre, à cette époque plus de la moitié des prisonniers étaient logés dans le couloir de la mort, dans l'attente d'être exécutés par l'appareil de répression franquiste. Plusieurs fois par semaine, la nuit, avaient lieu des “sacas”: ils étaient emmenés à la prison de Porlier, d'où ils étaient emmenés, à l'aube, au Cimetière de l'Est (maintenant Cimetière de la Almudena) pour y être fusillés. De 1939 à 1945, 2.663 hommes et femmes sont tombés sous les pelotons d'exécution (républicains, socialistes, communistes, anarchistes, ou simplement non adeptes du régime).

Comme dans les autres prisons, les conditions de vie des détenus étaient épouvantables: surpopulation, manque d'hygiène, froid et faim sévissaient. Pour mieux supporter leur terrible situation, les prisonniers formèrent des groupes de solidarité qu'ils appelèrent des “Communes” où ils partageaient tout ce qu'il y avait.

Parmi les milliers de prisonniers passés dans cette prison, on peut citer: Eduardo de Guzmán (militant de CNT), Antonio Molina Vázquez, Clemente Sánchez, Miguel Núñez, Eugenio Mesón Gómez (secrétaire provincial madrilène de l'Union des Jeunesses Communistes) fusillé en juin 1941 à l'âge de 25 ans, le dessinateur et dramaturge Antonio Buero Vallejo, Bistué Barbastro, Melquesidez Rodríguez, Rafael Molinas Mantas (maire de Huétor-Tajar) mort en prison en 1945. Miguel Hernández est passé brièvement par Yeserías en novembre 1940, entre la prison de Palencia et celle d'Ocaña.

En 1941 l'établissement a pris le caractère de prison centrale (destinée exclusivement à l'accomplissement de peines de prison). En 1943 un hôpital pénitentiaire, dénommé Eduardo Aunós, a été installé dans la prison.

Après la fermeture et démolition de la prison pour femmes de Ventas, Yeserías a été habilitée comme prison pour femmes. A partir de 1974 elle est devenue un Centre pénitentiaire d'arrestation d'assistance pour les femmes et, comme les autres centres pénitentiaires de Madrid, a traversé une étape de grande surpopulation pendant la Transition et les années 1980, raison pour laquelle dès 1987 il a été envisagé de le remplacer par la prison qui devait se bâtir à Soto de Real. Finalement, la prison est restée en service jusqu'au 17 mars 1991, lorsque les cinq cents détenues qu'elle hébergeait encore ont été déplacées dans les prisons de Carabanchel et Alcalá Meco.

Parmi les prisonnières politiques les plus connues, on peut mentionner Mari Paz Ballesteros, Pilar Brabo, Lidia Falcón, Mari Luz Fernández, Genoveva Forest, Roser Rius et Isabel Pérez. En septembre 1975 y ont été internées Concepción Tristán et María Jesús Dasca, les deux dernières femmes condamnées à mort lors du dernier des quatre conseils de guerre qui se sont tenus à cette époque. Plusieurs détenues ont fait une grève de la faim contre ces peines de mort. Finalement, leur sentence a été commuée en une peine de 30 ans de réclusion. À la mort de Franco il y avait encore une cinquantaine de prisonnières politiques dans la prison de Yeserías.

Après sa fermeture comme prison elle est devenue un centre d'insertion sociale, c'est-à-dire une prison de régime ouvert, aussi bien pour hommes que pour femmes. Le bâtiment a été restauré pour ses nouvelles fonctions.

Caractéristiques Il s'agit d'un bâtiment qui peut s'assimiler esthétiquement à l'architecture néo-mudéjar, qui avait caractérisé les constructions à caractère sanitaire et social du premier quart du XXe siècle. Cependant, dans le cas de celle qui deviendrait la prison de Yeserías, il s'agirait d'un exemplaire tardif car lorsqu'il a été construit les architectes de la Mairie de Madrid étaient déjà passés au rationalisme. Il occupe une propriété de forme rectangulaire dans laquelle les côtés nord et ouest se trouvent délimités respectivement par les rues Juan de Vera et Batalla de Belchite. Le côté sud est parallèle au côté nord mais bien qu'il aurait dû être délimité par la prolongation de la rue Alejandro Ferrant, celle-ci n'est pas arrivé à s'ouvrir sur ce tronçon et le côté sud de l'ancienne prison longe une autre propriété du même pâté de maisons (qui a occupé un bâtiment industriel aujourd'hui démoli). Le côté est, au lieu d'être droit termine en pointe et, avec une rue interne qui sépare l'ensemble principal, a une forme triangulaire. Le coin sud-est a une façade sur la rue del Plomo, qui commence là.

Selon Margarita de Luxán, professeure de l'École d'Architecture de Madrid, qui a travaillé sur un projet de réhabilitation du bâtiment en 1981 qui ne s'est pas réalisé, l'ensemble de la prison de Yesería était composé par «des pavillons rangés ortogonalement à l'axe majeur de la parcelle, réalisés avec une façade de brique, de grande richesse rhétorique, structure métallique vissée et treillis métallique en formation de couverture, avec fini de tuile courbe».

L'ensemble comprend plusieurs pavillons: un pavillon d'accès parallèle à la rue Batalla de Belchite avec des façades en brique de double hauteur (le bâtiment de Direction et Administration de l'ancien asile); six pavillons en forme de H avec des longs bras parallèles entre eux, disposés par paires et parallèles aussi à la rue Batalla de Belchite (dans lesquels se trouvaient les espaces résidentiels et d'assistance de l'ancien asile, «de double hauteur, avec des couvertures inclinées de tuile courbe. Ils laissent entre les ailes du H quelques espaces libres, de caractère urbain, de rue publique, [..] déterminant un axe directionnel clair. Au deuxième étage, les trois pavillons sont reliés à travers l'axe longitudinal, en pont, sur les rues...»; et un dernier pavillon, avec un seul bras, plus court que les antérieurs, et parallèle aussi aux antérieurs. Les cours formées par les bras du H central sont couvertes. Toutes les cours formées par les bras ont été murées pour l'usage du bâtiment comme prison.

Dans la culture Aussi bien l'extérieur que l'intérieur du bâtiment ont été utilisés comme plateaux pour plusieurs films: l'un des premiers films réalisés par Pedro Almodóvar en 1991, Talons aiguilles; le drame La bonne étoile (Ricardo Franco, 1997); le film Entre rojas réalisé en 1994 par la cinéaste Azucena Rodríguez, qui se déroule à la fin du franquisme. Le 23 février 1982 le programme de télévision Vivir cada día réalisé par José Luis Rodríguez Puértolas a tourné un programme intitulé Recluses dans lequel était décrite la vie quotidienne des prisonnières. Dans la série Cuéntame cómo pasó, le bâtiment apparaît lorsqu'Inés Alcántara est arrêtée et détenue là, dans la saison 8. La prison est nommée dans la chanson 'Yo me bajo en Atocha' de Joaquín Sabina.

Références

Bibliographie

Catégorie:Ancienne prison pour femmes en Espagne Catégorie:Répression durant le franquisme Catégorie:Histoire de Madrid Catégorie:Ancienne prison dans la communauté de Madrid Catégorie:Arganzuela