La Crise scolaire de Sturgeon Falls (1971-1973) était un conflit sur le droit à une éducation secondaire en français en Ontario dans la communauté franco-ontarienne de Sturgeon Falls, ville de la municipalité du Nipissing Ouest, dans le Nord de l'Ontario.
Contexte Historiquement, les gouvernements anglophones de l'Ontario ont tenté de supprimer la langue française, notamment dans le domaine de l'éducation, comme par exemple par le biais du Règlement 17, qui interdisait l'enseignement en français dans la province. Malgré l’abrogation du Règlement 17 en 1927, il faudra attendre 1968 pour que le gouvernement de l’Ontario reconnaisse et finance officiellement les écoles publiques de langue française.
À la fin des années 1960, un schisme s'est également formé entre les francophones du Québec et les autres communautés francophones du Canada, notamment les francophones de l'Ontario. L’émergence d’une identité québécoise distincte durant la Révolution tranquille a également entraîné le développement d’une identité franco-ontarienne unique, les francophones de l’Ontario étant contraints de repenser leur identité sans dépendre des francophones du Québec . En 1969, suivant les conseils de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, le premier ministre de l'Ontario , John Robarts, a fait du français une langue officielle de l' Assemblée législative de l'Ontario en 1970.
Crise Bien que 80 % de la population de Sturgeon Falls soit francophone, le Nipissing School Board a refusé de créer une école secondaire de langue française dans la ville après que le gouvernement de l'Ontario a commencé à autoriser les écoles publiques de langue française en 1968. À l’époque, le conseil d’administration du Conseil scolaire de North Bay et du district était composé de 17 membres, dont seulement trois étaient francophones, et il y avait 1600 élèves du secondaire dans la région, dont 1200 étaient francophones. Le conseil scolaire de North Bay et du district a fait valoir qu'il en coûterait trop cher d'avoir une école distincte pour les 400 élèves seulement anglophones et que, par conséquent, la seule école secondaire de la ville resterait anglophone.
Le 1er janvier 1969, 300 franco-ontariens locaux ont manifestés et demandés au Conseil scolaire de créer une école secondaire francophone. Cependant, comme la manifestation était peu organisée, le Conseil l'a simplement ignorée.
En mars 1970, une pétition composant de 2277 signatures de parents et d'élèves franco-ontariens a été présentée à la commission scolaire demandant la création d'une école francophone, mais elle a été rejetée. Suite au rejet de la pétition, 500 étudiants francophones de la région ont annoncé leur intention de déclencher une grève et de refuser de s'inscrire à l'école anglophone pour le prochain semestre.
En avril 1970, les enseignants francophones de la régions ont annoncé leur intention de se joindre à la grève et ont formé l'Association d'éducation de l'Ouest Nipissing (AÉON).
Avant la rentrée scolaire 1970-1971, le conseil scolaire de North Bay et du district a fait compromis avec la communauté francophone et a changé le secondaire anglophone en secondaire bilingue, où une partie de l'établissement serait francophone et l'autre anglophone ; cependant, cet établissement s'est rapidement retrouvé troué de conflits. Tout au long de l'année, diverses réunions du conseil scolaire et d'AÉON ont eu lieu, tant à Sturgeon Falls que dans des villes voisines, tel que North Bay, auxquelles assistaient souvent des centaines de personnes et où la police était parfois obligée d'évacuer discrètement les administrateurs du conseil scolaire. À la fin de l'année scolaire, le directeur de l'école, Hubert Trudel, a démissionné, déclarant qu'il s'agissait de l'école la plus impossible à gérer en Ontario.
Durant l'été 1971, des étudiants francophones créèrent le Comité d'action étudiante pour continuer à lutter pour une école francophone. Cet été-là, deux journaux francophones, Le Journal et Coup d'œil, furent également créés pour rendre compte de la crise, et une autre pétition fut lancée, recueillant les signatures de 75 des 106 enseignants de l'école bilingue. Le 2 août, le premier ministre Bill Davis a été interrogé à ce sujet lors d'une visite à North Bay et a refusé de s'impliquer, déclarant que le conseil scolaire était autonome.
Le 1er septembre 1971, le Comité d'action étudiante annonça son intention de lancer une grève et une campagne de désobéissance civile afin d'empêcher l'école de commencer son année scolaire 1971-72. Le 7 septembre, jour prévu de la rentrée scolaire et alors que la crise n'était toujours pas résolue, les étudiants se sont mis en grève, formant un piquet de grève ainsi qu'une chaine humaine, devant l'école et bloquant toutes les entrées. Le lendemain, l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO) et le journal franco-ontarien Le Droit lancent l'Opération anti-assimilation pour rallier le soutien aux étudiants. Le 13 septembre, une marche de manifestation a eu lieu dans la ville en soutien à la grève et une nouvelle pétition a été lancée, recueillant plus de 3200 signatures. La première période de la grève a été marquée par d'importantes tensions, notamment des menaces d'attentat à la bombe, le vandalisme de la voiture du maire, l'incendie d'une effigie du conseil scolaire devant l'école, et le harcèlement de sympathisants de la grève en pleine nuit, avec leurs téléphones sous écoute et accusations d'être communistes et séparatistes en plein jour.
À la fin du mois de septembre, le conseil scolaire de North Bay et du district refusant toujours de créer une école secondaire francophone et la crise attirant l'attention et le soutien du public et des médias, y compris du chef du NPD de l'Ontario, Stephen Lewis, et du chef du Parti libéral de l'Ontario, Robert Nixon, 200 élèves ont lancé une occupation du bâtiment scolaire. En réponse, le Conseil scolaire a annoncé que la moitié anglophone et la moitié francophone de l'école bénéficieraient chacune d'une administration distincte, tout en restant dans le même bâtiment.
En octobre, en pleine campagne électorale ontarienne de 1971, le gouvernement provincial a lancé la Commission ministérielle sur l'éducation secondaire en langue française en Ontario, également connue sous le nom de Commission Symons, dans le but de résoudre la crise. Le 8 décembre 1971, la Commission a présenté ses premières conclusions, recommandant la création d'une école secondaire francophone à Sturgeon Falls. Une semaine plus tard, le conseil scolaire de North Bay et du district a annoncé qu'il avait accepté en principe de construire une école francophone, affirmant que le gouvernement lui avait assuré une aide financière pour la construction. L' École secondaire catholique Franco-Cité allait naître et la crise serait résolue.
Conséquences Les années 1970 verront un certain nombre d'autres manifestations importantes pour les droits des Franco-Ontariens. L’ École secondaire Le Caron a été créée après que des francophones de la région de Penetanguishene aient ouvert l’ École secondaire de la Huronie, une école parallèle et illégale de langue française surnommée « l’école de la résistance ». La campagne de désobéissance civile C'est l'temps a conduit à la mise en place d'un système judiciaire officiellement bilingue en Ontario en 1984, puis à l'adoption de la Loi sur les services en français en 1986. Les années 1970 ont également vu une croissance continue de l'identité franco-ontarienne, comme la création du drapeau franco-ontarien et les débuts du mouvement visant à créer une université francophone en Ontario, qui a finalement conduit à l'ouverture de l' Université de l'Ontario français en 2021.
Voir aussi
SOS Montfort Jeudi noir franco-ontarien 2018
Références
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