L'affaire Keysha est une affaire criminelle survenue en France. Elle concerne le meurtre filicide d'une enfant polyhandicapée de 7 ans, par privation de soins et d'alimentation. L'affaire suscite des réactions de plusieurs associations de protection de l'enfance, qui se portent notamment partie civile lors du procès des deux meurtriers présumés.
Victime
Keysha naît grande prématurée en Guadeloupe, avec de graves retards de développement. Elle est récupérée par les services sociaux. Durant quatre ans, sa mère ne peut lui parler que par téléphone interposé. La famille d'accueil témoigne de son épuisement à s'occuper de la fillette, qui est polyhandicapée, dépendante, porte des couches, et ne peut ni parler ni marcher. Elle est rendue à sa mère, Cindy B., installée en France métropolitaine, et qui assure pouvoir s'en occuper. Cindy B. n'a pas de permis de conduire ni d'emploi, et vit dans un foyer d'hébergement pour personnes en difficulté, au deuxième étage sans ascenseur ni équipement adapté au handicap moteur. Elle et son compagnon sont surendettés et se nourrissent aux Restos du Cœur. De fait, à partir du moment où l'enfant est rendue à sa mère, le , seule Cindy B. s'occupe de Keysha, le beau-père étant alcoolique et totalement désinvesti.
Le vers 22 h 30, Cindy B. appelle les secours d'urgences, en indiquant que la fillette a fait une fausse route.. Le couple est alors âgé, respectivement, de 27 et 31 ans..
Découverte du corps Lorsque les pompiers arrivent dans l'appartement du couple à Gien, Keysha est déclarée morte, alors âgée de 7 ans, malgré la tentative de réanimation du médecin du SMUR. Ce dernier refuse de délivrer le permis d'inhumer car il doute de la version donnée par le couple : le corps est déjà raide et froid, indice d'un décès survenu longtemps avant l'appel aux pompiers. De plus, la fillette est très maigre, soit 17 kg pour . L'urgentiste annonce à Cindy B. que sa fille est morte. Il témoigne que celle-ci lui répond « Je vais encore avoir des ennuis », à voix haute.
La procureure d'Orléans Emmanuelle Bochenek-Puren indique dans un communiqué que les circonstances du décès restent à déterminer à ce stade.
Enquête Une enquête est ouverte et confiée dans un premier temps à la gendarmerie de Gien. Elle est ensuite transférée au pôle criminel d’Orléans.. Cindy B. et son compagnon sont mis en examen et incarcérés fin février 2022, pour et .. La mère est placée en détention provisoire pendant l’enquête, puis remise en liberté sous placement judiciaire, et réincarcérée après violations de ses obligations.. Elle avoue avoir frappé sa fille le soir de sa mort., et lui avoir imposé un cunnilingus pendant qu'elle changeait sa couche, ce qui lui vaut d'être inculpée aussi pour viol incestueux. Alors que Cindy B. est incarcérée, elle a une relation sexuelle avec son compagnon au parloir, devant sa fille mineure.
L'enquête relative aux circonstances du décès de Keysha est , mettant en lumière que la fillette a été délaissée durant ses six derniers mois de vie, en particulier par sa mère qui ne justifie même plus ses absences de l'école maternelle, malgré de multiples signaux d'alerte. Keysha passe ses journées devant la télévision. Les pompiers interviennent quatre fois sur deux mois, pour un bras cassé et une plaie grave à la tête. Une auxiliaire de vie scolaire remarque des blessures. Le personnel d'un institut médico-éducatif qui la reçoit trois jours peu avant son décès en février remarque des vêtements trop petits et pas assez chauds, ainsi qu'une fouille des poubelles pour trouver à manger, mais là aussi ces professionnels n'effectuent aucun signalement.
L'autopsie révèle une mort par étouffement après régurgitation, des plaies buccales, des fractures costales, des bleus, de multiples cicatrices, un hématome sous-dural vieux de plusieurs jours, un Covid non-traité et un début de péritonite. Les témoignages mettent en lumière une sous-alimentation chronique, la fillette se jetant sur la nourriture dès qu'elle en a l'occasion. Il y a aussi carence du suivi de santé, Keysha n'ayant même pas de médecin traitant, alors que sa demi-sœur est suivie régulièrement.
Procès Le procès ouvre le , à la cour d'assises du Loiret, et doit durer 4 jours. Les associations Enfance et partage, Enfant Bleu et La Voix de l'Enfant se portent partie civile. La mère de Keysha et son compagnon de 36 ans sont jugés pour violences volontaires et privation d’aliments ou de soins ayant entraîné la mort. Cindy B. est également jugée pour viol incestueux sur mineur de moins de 15 ans.
Au premier jour du procès, la mère accusée avoue avoir sous-estimé les difficultés à s'occuper de sa fille handicapée.. Elle se déclare victime de violences conjugales et sous emprise de son compagnon, ce que ce dernier conteste. Il conteste également les violences sur Keysha, déclarant n'avoir jamais touché l'enfant. Au second jour du procès, elle admet n'avoir pas osé demander de l'aide, et affirme qu'elle aimait sa fille..
Réactions Cette affaire met en lumière un manque de formation des services de protection de l'enfance envers les enfants handicapés, qui sont plus à risque de violences parentales..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900 Signalement des maltraitances sur mineurs en France Maltraitance sur mineur Protection de l'enfance Aide sociale à l'enfance
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