Sofie Muller (Saint-Nicolas, 1974) est une artiste belge. Elle vit et travaille à Gand.
Biographie Sofie Muller est issue d'une famille d'antiquaires et développe très jeune un goût pour l'art et l'artisanat anciens. En 1996, elle obtient un master en peinture de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. Les années suivantes, elle enseigne à l'Académie Sint-Lucas de Gand et obtint un master en arts graphiques et sculpture.
En Belgique, elle expose son travail dans diverses institutions, notamment au Musée d'art contemporain d'Anvers (MHKA) ainsi qu'au Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSK), à Gand, au C-Mine à Genk et au musée FeliXart à Drogenbos.
En 2018, l'ensemble de son œuvre a été récompensée par le prestigieux prix de l’Académie royale flamande de Belgique pour les sciences et les arts.
Elle connaît un succès grandissant à l'étranger. Elle réalise plusieurs projets successifs en Pologne, dont une exposition conjointe avec Robert Kusmirowski à la Biala Galeria (2016), des expositions collectives à la Galerie nationale d'art de Sopot (2015) ainsi qu'au Musée d'art contemporain de Cracovie (2016). Par la suite, Muller est invitée à réaliser un projet solo à la célèbre galerie Michaela Stock à Vienne (2018). En 2017, son travail est sélectionné pour l'exposition Intuition au Palazzo Fortuny lors de la Biennale de Venise. En France, elle expose à plusieurs reprises à la Fondation Francès, à Senlis. Elle expose également en Allemagne au Kunstmuseum Solingen (2017), à la Galerie Martin Kudlek à Köln et à la Kunsthalle Nürnberg (2013).
En dehors de l'Europe, elle a fait ses premiers pas avec une exposition en duo avec Gabriel de la Mora à Proyectos Monclova, Mexico (2019) et des expositions collectives au 21c Museum Hotel, Oklahoma (2017), Kunstraum, Brooklyn (2016), Chelsea Art Museum, New York (2009), Gallery Maskara, Mumbai (2012) et Academy of Fine Arts, Tianjin, Chine (2007). En 2020, une exposition individuelle s'est tenue à la Galerie Fox Jensen à Sydney (Australie).
Œuvres
Débuts Les premières œuvres de Muller consistent principalement en sculptures d'enfants et d'adolescents en bronze patiné. Des sculptures telles que Shemale (2005) ou Tristan (2007) témoignent de la fascination de l'artiste pour les difformités corporelles, l'identité sexuelle et les traumatismes de l'enfance. Les enfants semblent prisonniers de leur monde intérieur, une impression renforcée par l'absence délibérée de leurs yeux.
Des sculptures telles que Jesse (2008), composées de marbre et d'époxy, ou Eve (2007) développent ces thèmes et montrent comment Muller expérimente avec des matériaux organiques tels que le sang, le feu et la fumée. D'autres exemples sont Barbara (2012), une statue du XIXe siècle de la sainte patronne des mineurs qui est consumée par le feu dans une vidéo, Brandt (2011), un garçon dont la tête gravement brûlée et traînante laisse des traînées de suie sur le mur, ou Clarysse (2011), une fille assise dans une rangée de bureaux carbonisés avec les mains levées. Là où devrait se trouver la tête, il ne reste qu'une marque de brûlure. En complément de ces « images de feu », Muller crée des dessins de fumée à l'aide d'un procédé utilisant une bougie et du papier, complété par du sang, de l'aquarelle ou des radiographies.
Muller a grandi dans une famille d'antiquaires, où on lui a appris dès son plus jeune âge à considérer le savoir-faire artisanal comme le critère le plus important. Elle applique également ce principe en tant que collectionneuse d'art. L'artiste collectionne des œuvres d'art et des objets insolites, avec une fascination pour l'anatomie humaine, les instruments médicaux et le matériel de laboratoire. Ces objets et articles sont donc régulièrement intégrés à son œuvre.
Psychonomics Avec la série Psychonomics de 2014, ses sculptures deviennent plus brutes. Des têtes déformées et brûlées de tailles diverses sont reliées à des objets médicaux et à des instruments de laboratoire, une référence au monde médical froid et à sa manipulation des êtres humains. En utilisant de petits aimants fixés au cœur de chaque tête, des champs magnétiques sont créés, ce qui fait que certains visages s'attirent tandis que d'autres se repoussent.
Parmi les œuvres phares figurent le mobile HM02MG, avec lequel l'artiste crée une mini-société où la communication est difficile, et Nucleus Hg, une sculpture composée d'un réseau de bras à têtes, prenant naissance dans un cœur de verre rempli de mercure. Il s'agit d'une référence à l'idée existentielle selon laquelle notre liberté est relative puisque nous sommes soumis à des influences et à des manipulations extérieures dès la naissance.
Alabaster Mentalis En 2015, Muller a commencé à se pencher sur la maçonnerie traditionnelle. C’est une Pietà du XVIe siècle issue de sa collection privée qui l’a inspirée à travailler l’albâtre, une pierre douce et semi-transparente à la surface fortement veinée qui, pour l’artiste, ressemble beaucoup à la peau humaine. Parfois, elle associe l'albâtre à d'autres matériaux tels que le travertin, le marbre, le cristal ou des minéraux. Pendant deux ans, Muller a suivi un apprentissage classique auprès d'un tailleur de pierre de Sint-Niklaas pour maîtriser les principes de base du métier. Ensuite, elle détourne la technique à sa guise. Ce ne sont plus les beaux blocs de pierre, mais les fragments atypiques et abîmés, marqués par l'érosion, qu'elle utilise pour créer des « portraits mentaux ». Les têtes représentent des blessures psychologiques.
En 2016, Muller a présenté pour la première fois ses têtes en albâtre associées à des sculptures classiques lors d'une exposition personnelle à la Galerie Geukens & De Vil . Lors de l’exposition Ecce Homo à Anvers (2016-17), elle a présenté une double tête en dialogue avec une statue médiévale du Christ et de Jean l’Évangéliste . En 2019, cette œuvre a été achetée par l'Université d'Anvers et placée par la suite dans une niche de l'autel de la chapelle néo-gothique des Sœurs Grises. Elle illustre comment ses images constituent un pont entre l'art historique et le monde de l'art contemporain.
Les portraits en albâtre sont suivis d'une série de dessins de corps réalisés avec du sang sur des plaques d'albâtre. Ici aussi, l'artiste utilise des matériaux organiques tels que le sang et la fumée. Ce sont des matières vivantes dans lesquelles l'âge du sang détermine le résultat et le fer contenu dans le sang réagit avec la pierre et l'air, donnant à certaines parties du corps une couleur gris-vert. Le résultat se situe quelque part entre le hasard, déterminé par des réactions chimiques, et la volonté artistique.
Dans le cadre d'une enquête sur La condition humaine de Magritte Sofie Muller utilise le corps et le portrait comme moyens de créer une image universelle de l'humanité. Il relate le côté sombre et existentiel de l'homme, façonné par les différentes phases de son parcours de vie.
Références
Liens externes
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