La violence sexuelle dans la guerre d’Algérie a été perpétrée par des militaires français à l'encontre de combattants et de civils algériens.

Contrairement à la torture, largement documentée et étudiée par les historiens, les violences sexuelles sont longtemps restées un sujet tabou en France et en Algérie. Contexte

Les violences faites aux femmes, les agressions sexuelles, les mutilations génitales, les viols sont monnaies courante au sein de l'armée coloniale française.

Le crime des violences sexuelles dans la guerre d’Algérie est un sujet tabou très ancien aussi bien en Algérie qu'en France. Pour les familles algériennes le viol est synonyme de honte, celles et ceux qui ont subis des violences sexuelles se taisent après l'indépendance de 1962.

Types de violences sexuelles Selon les témoins de l'époque, il y a deux types de viols. D’une part, ceux perpétrés dans les nombreux centres d’interrogatoires disséminés dans tout le pays : par exemple à Alger, la villa Sésini, l’école Sarrouy ou encore la Ferme Ameziane située à Constantine. D’autre part, les viols qui ont lieu dans les villages algériens lors des expéditions des militaires français.

Viol lors des interrogatoires

De nombreux combattants du côté algérien ont été victimes de viol dans les centres d'interrogatoires, tels que Djamila Boupacha, Laribi Taoumia, Kheira Garne ou encore Louisette Ighilahriz.

L'appelé Henri Pouillot affirme avoir assisté, en dix mois, à une centaine de viols au sein de la Villa Sésini. Lors des rafles à Alger, une ou deux femmes sont capturées pour être affectées aux besoins sexuels des militaires de la Villa. Elles sont alors à disposition pendant quelques jours. Pour Henri Pouillot, il y avait deux types de viol dans les centres d'interrogatoires : .

Selon l'appelé Benoît Rey interrogé par Le Monde, .

Viol lors des interventions dans les villages

Avant les descentes dans les quartiers algériens, l’officier nous indiquait : .

Lors du massacre du 23 mai 1956 en Kabylie, environ 200 femmes algériennes sont regroupées dans la mosquée du village et dénudées, certaines subissent des viols collectifs par les militaires français.

À l’approche des soldats français des villages, les algériennes utilisaient toute sorte de stratagèmes pour essayer d’échapper aux agressions sexuelles. Elles prennaient la fuite, se dissimulaient, s’enlaidissaient en se salissant ou bien s'assemblaient entre elles pour former un groupe protecteur. Prostitution forcée

En 1946, la loi Marthe Richard permet de fermer en France les maisons closes et abolit le régime de la prostitution réglementée. Cependant, cette loi ne s'applique pas au Maghreb et donc à l'Algérie française..

L'organisation de la prostitution est sous l'autorité du service d'action psychologique de l'armée française qui doit assurer le moral des soldats et officiers. Les prostituées vivent au sein même des casernes dans un bâtiment spécifique ou dans des quartiers réservés. L'armée contrôle l'ensemble de l'organisation avec la mise en place de contrats de travail, du prix de la passe, de la durée de celle-ci (estimée à 10 minutes) et du nombre de clients par jour et par prostituée. Enfin le contrôle sanitaire de celles-ci est assuré, deux fois par mois, par un infirmier militaire. Les violences sont aussi évoquées, comme en à Turenne actuelle ville de Sabra, où une prostituée algérienne mineure, est victime d'une hémorragie à la suite d'une perforation de l'utérus.

Travaux universitaires

Raphaëlle Branche, professeure d'histoire contemporaine à l'université Paris-Nanterre et spécialiste des violences en situation coloniale, analyse ce phénomène et l'illustre au moyen de plusieurs études et exemples :

Néanmoins, toujours selon Raphaëlle Branche, pour autant que les archives permettent de le savoir, Le viol est totalement interdit dans l’armée française étant un crime au regard du code pénal. Si rares sont les viols qui arrivent à la connaissance des autorités supérieures, ces .

Elle ajoute en revanche que malgré les interdictions, les viols survenaient tout de même très régulièrement : .

Le viol comme arme de guerre Le viol est utilisé comme arme de guerre contre les femmes algériennes et parfois aussi contre les hommes algériens

Comme le souligne Catherine Brun (universitaire à la Sorbonne), . .

Représentations dans la culture

Filmographie Pour Djamila un téléfilm français réalisé par Caroline Huppert et diffusé pour la première fois le sur France 3. Il est inspiré de l'histoire vraie de Djamila Boupacha, torturée et violée par des militaires français. Louisette. Le dernier tabou de la guerre d'Algérie, un film d’animation de 2022 du Monde, en partenariat avec La Revue dessinée, écrit par la journaliste Florence Beaugé, réalisé et dessiné par Aurel et incarné notamment par Françoise Fabian et Bruno Solo. Ce documentaire évoque les tortures et les viols subis par Louisette Ighilahriz.

Peinture

En 1962, Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir coéditent un ouvrage en faveur de Djamila Boupacha, résistante algérienne torturée et violée par des militaires français. En couverture du livre il est reproduit le portrait de Djamila Boupacha réalisé par Pablo Picasso. En juillet 2008, ce tableau est présenté à Alger à l'occasion de l'exposition « Les peintres internationaux et la révolution algérienne ». L'œuvre est côtée 400 millions de dollars en 2020. La même année, Roberto Matta réalise son Supplice de Djamila.

Références

Annexes Bibliographie . .

.

Articles connexes Viol de guerre Femmes algériennes pendant la guerre d'Algérie Loi algérienne sur la criminalisation de la colonisation française

Liens externes Louisette. Le dernier tabou de la guerre d'Algérie. Témoignages de victimes de la torture pendant la guerre d'Algérie. Abdelkader Amane et Louisette Ighilahriz, anciens membres du Front de libération nationale, témoignent des tortures subies de la part de soldats français pendant la guerre d’indépendance algérienne.

Catégorie:Crime de guerre de la France guerre d’Algérie