La Hague est une péninsule du Cotentin située au nord-ouest du département français de la Manche. Depuis le janvier 2017, la région se confond presque entièrement avec le territoire de la commune nouvelle de La Hague, formée par la fusion des communes de l'ancienne Communauté de communes de la Hague, mais elle déborde les limites de la commune vers le sud sur Querqueville et quelques autres localités. La Hague offre des paysages remarquables et sauvages et a gardé, pour l'essentiel, ses villages et son habitat traditionnel. Dans la Hague, se trouve le site de l'usine de retraitement de déchets nucléaires, souvent désigné comme « le site de la Hague » et par raccourci « la Hague ».

Géographie

Le doyenné de la Hague était délimité au sud par la rivière Diélette (qui se jette près du cap de Flamanville, à l'est le fleuve Divette (qui se jette dans la mer à Cherbourg-en-Cotentin) et à l'ouest et au nord par la mer de la Manche. Ainsi, outre les vingt paroisses de l'actuel canton de Beaumont-Hague, il comprenait également Siouville-Hague, Héauville, Teurthéville-Hague, Sideville, Nouainville, Querqueville, les paroisses d'Équeurdreville et Hainneville, et Octeville. Aujourd'hui, seule la communauté de communes de la Hague, unique intercommunalité à être entièrement sur ce territoire, communique sous ce nom.

upright 2.3|thumb|none|Panorama depuis le nez de Jobourg.

Il s'agit donc d'une petite péninsule à l'angle nord-ouest du Cotentin et du département de la Manche, avec deux caps remarquables :

le cap de la Hague au sens strict (), à Auderville, avec le port de Goury et son phare le nez de Jobourg (), aux roches datant du Paléoprotérozoïque (deux milliards d'années). right|thumb|Le nez de Jobourg. La Hague présente un littoral varié : falaises abruptes (entre Urville-Nacqueville et Omonville-la-Rogue, et entre Auderville et Vauville), au pied desquelles se trouve une succession de baies, grandes plages (Urville-Nacqueville et tout au long de Biville et Vauville), îlots et platiers rocheux (cap de la Hague, pointe de Jardeheu, Saint-Germain-des-Vaux…), massifs dunaires (Biville), grèves de galets (Anse Saint-Martin), marais arrière-littoraux (Mare de Vauville), landes et vallons boisés (Hubiland, Sabine…). La côte est également agrémentée de petits ports (Goury, le Houguet, Port Racine, Port du Hâble…) et de mouillages. Ces paysages souvent associés à des champs entrecoupés des blancs murets de pierre font que cette région est surnommée parfois la « petite Irlande »..

La proximité de la mer et l'influence du Gulf Stream font que la région ne connaît généralement pas le gel. C'est donc un lieu important pour les oiseaux migrateurs en hiver (mare de Vauville), les bécassesLa Hague. Le jardin botanique de Vauville expose de nombreuses plantes de l'hémisphère sudPage du jardin de Vauville sur le site du Comité des Parcs et Jardins de France.

La Hague est séparée des îles Anglo-Normandes par le raz Blanchard. Elle fait partie de l'opération Grand site nationalGrand site national site web lahague.com, le Conservatoire du littoral a engagé une politique intense d'acquisition La Hague site web conservatoire-du-littoral.fr (aujourd'hui 50 % des côtes lui appartiennent). La côte est longée par le sentier des douaniers (GR 223).

Géologie

On y rencontre des gneiss icartiens. de d'années.. De la plus jeune roche icartienne à la plus ancienne roche cadomienne connue, tout un pan de l'histoire de la Terre est oblitéré. (voir Géologie de la France : Domaine cadomien).

Dans l'Est de l'Europe et en Scandinavie, le recèle des roches encore plus anciennes.Ramberg I.B., I. Bryhni I., A. Nottvedt A., Rangnes K. (2008) - Geology of Norway. Geological Society of Norway ed., 624 p..

Faune et flore vignette|Cormorans huppés. vignette|Chèvres sauvages. La péninsule haguaise est principalement un pays de landes (et de bocage à l'intérieur des terres), formées de fougères, bruyères, genêts, ajoncs (de Le Gall et d'Europe). Sur la côte, on trouve dans les haies d'aubépines, chênes, frênes, sycomores, sureaux. Il existe également une concentration d'ormes dans les haies de la côte nord, malheureusement très atteints par la graphiose.

Les falaises sont recouvertes de lichens, noirs et orangés, de salicornes, d'asperges prostrées, de statices de l'ouest et de carottes à gomme. Les corniches accueillent pelouse rase, arméries maritimes et Silènes maritimes. Aux abords des plages sont présents le chou marin, objet d'une protection, la véronique en épi, l'œillet de France.

Dans les jardins protégés des vents marins par de hauts murs, on trouve traditionnellement nombres d'hortensias, des camélias, et quelques palmiers. La Hague possède plusieurs réserves ornithologiques (le nez de Jobourg, les Herbeuses...), où se côtoient les goélands (argentés et marins), les fous de Bassan, les grands corbeaux, les fulmars boréals, les mouettes tridactyles, les cormorans, les foulques le Nez de Jobourg site web lahague-tourisme.com. La réserve naturelle nationale de la mare de Vauville accueille plus de 140 espèces d'oiseaux : migrateurs (comme la fuligule morillon ou le Pipit farlouse), canards (colverts, sarcelles...), gravelots, ou encore hérons. Nichent également dans la Hague quelques rapaces comme le busard des roseaux et le faucon crécerelle.

Outre les oiseaux, on trouve également des batraciens (crapauds accoucheurs, rainettes vertes) et des petits reptiles (lézards verts, orvets…). grands dauphins et marsouins sont présents au large. Les tunnels militaires du Castel-Vendon abritent des colonies de chauves-souris. Depuis une vingtaine d'années, les falaises de Jobourg abritent une harde de chèvres sauvagesChèvres de la Hague site web Wikimanche.. Traditionnellement, chaque ferme avait quelques chèvres afin de nettoyer landes et haies. L'usage se perdant avec la mécanisation, ces animaux ont été peu à peu laissés à la vie sauvage, formant un troupeau qui arpente le chemin des douaniers. Elles permettent l'entretien nécessaire de la lande et sont à ce titre, désormais protégées par le Conservatoire du Littoral.

Concernant l'élevage, les vaches omniprésentes comme dans toute la Normandie, partagent les prés avec les moutons roussins (qui font l'objet d'une foire annuelle à Jobourg), et quelques ânes du Cotentin et ânes normands.

Toponymie De manière traditionnelle, le mot Hague se prononce [χag], le h aspiré étant une consonne fricative uvulaire sourde dans le nord du Cotentin, c'est-à-dire prononcé avec une forte expiration qui le rapproche du [r]René Lepelley, La Normandie dialectale, Presses universitaires de Caen 1999. à l'instar du Ach-Laut allemand ou la Jota espagnole (voir Consonne fricative uvulaire sourde : En français).

Le nom de la presqu'île est attesté dès 1027 sous la forme Haga (Fauroux 58Marie Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, p. 182, 58.), Haga en 1057 (Adigard des GautriesJean Adigard des Gautries et Fernand Lechanteur, « Les noms de pays normands attestés de 911 à 1066 », in Festschrift Adolf Bach, Bonn, 1955, I, 122-130.), [Nigelli de] Haga en 1079 - 1087 (Lucien MussetLucien Musset, Les actes de Guillaume le Conquérant et de la Reine Mathilde pour les abbayes caennaises, Mémoires de la société des Antiquaires de Normandie XXXVII, Caen, 1967, p. 122, 18.).

La présence de l'article défini féminin indique une formation toponymique médiévaleDominique Fournier, « La Hague#Toponymie » in Wikimanche (lire en ligne) , ce qui va dans le sens des attestations les plus anciennes qui ne témoignent pas d'une grande antiquité.

Le mot hague est un ancien terme dialectal normand. Il est issu du norrois haga, accusatif indéfini de Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, OREP éditions, 2009, p. 68 - 69 sorti de l'usage, sauf à Jersey où il désigne, au pluriel, des « champs limités par un talus »Frank Le Maistre, Dictionnaire jersiais-français, Jersey, Don Balleine Trust, 1966, s. v. Hague.. Il ne subsiste ailleurs en Normandie que comme nom de lieu ou élément de nom de lieu dans la toponymie normande, sous la même forme la Hague, les Hagues, la Haguette, etc. On le trouve aussi, utilisé de manière absolue, dans la toponymie islandaise, par exemple : Hagi (au nord du pays).

Il existe deux composés en Hague- et -hague dans la Hague, à savoir : le Haguedic « levée de terre de la hague » (cf. ancien Haggedick, Angleterre) sur le vieux norrois díki « retranchement, tranchée » (cf. le Dick, le Dic, etc.) et le Tohague à Beaumont-Hague (l'Estohague 1456), c'est-à-dire stóð-hagi « enclos, pâture pour les chevaux » sur stóð « troupeau de chevaux » (cf. islandais stóð « troupeau de chevaux > troupeau » et le nom propre relevé en vieil islandais stóðhaga [datif de -hagi] « pâture pour les chevaux »).

D'autres hypothèses ont été émises : François de Beaurepaire préfère comme étymon le vieil anglais haga de sens proche et qui a donné l'anglais haw, quant à René Lepelley, il émet une hypothèse en opposition avec celle formulée par la plupart des toponymistes, à savoir le vieux norrois haka (accusatif défini hǫku) « menton » qui aurait été utilisé au sens de « promontoire ». Cependant, il y plusieurs objections à cette suggestion : les formes anciennes sont toutes du type haga (d'ailleurs on explique mal pourquoi un hypothétique *haka serait devenu haga, la toponymie normande contient en effet de nombreux exemples où [g] est passé à [k], mais pas l'inverse). En outre, il n'est pas référencé dans la toponymie des pays nordiques et du Danelaw avec ce sens. Enfin, les autres Hague et dérivés de la région, ainsi que le nom propre hague ont bien des sens proches de hagiElisabeth Ridel, les Vikings et les mots : L'apport de l'ancien scandinave à la langue française, éditions errance, Paris, 2009, .. Il existe par ailleurs le microtoponyme Hoc au sens de « cap, pointe », d'où les nombreuses tautologies : la pointe du Hoc (cf. pointe du Hoc). Ce mot est issu du vieil anglais hōc qui a parfois ce sens, tout comme son descendant l'anglais hook. Il est apparenté au vieux norrois haka. La dernière théorie est celle de Vincent Carpentier qui propose le francique *hagja « haie », qui ne peut être retenu pour des raisons phonétiques : il aboutit à haie en français comme en normand, et dans certains dialectes (poitevin, berrichon…) à age, mot conservé en français au sens de « flèche de charrue ». Dans aucun cas, le [g] de *hagja n'est susceptible de se maintenir sous cette forme. Cette hypothèse est pourtant parfois évoquée pour expliquer le nom commun hague attesté en français dans un sens proche, alors que ce mot rare est visiblement un mot normand. D'ailleurs Frédéric Godefroy qui référence ce mot dans son Dictionnaire commet une erreur d'interprétation quand il cite la phrase d'un texte normand de 1341 « Le chevalier disoit et affermoit que toutes les choses venantes et arrivantes a verec a la coste e a l'estande de la mer, en la parroisse d'Anderville, en la hague, lui appartenoit »Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du , édition de F. Vieweg, Paris, 1881-1902, volume 4, p. 397 (lire en ligne) . Il s'agit manifestement du nom propre La Hague dans l'expression Anderville en la Hague, c'est-à-dire Auderville dans la Hague.

Histoire Préhistoire Le site acheuléen de la Roche Gélétan à Saint-Germain-des-Vaux a été occupé par des pré-Néandertaliens vers av. J.-C. Il s'agit, avec le site de la Mondrée à Fermanville, du plus vieil habitat en Normandie. Une deuxième vague d'habitants a laissé plusieurs sites vers av. J.-C. thumb|Le Hague Dike (fossatum de Hagedith 1232, vieux norrois díki « fossé rempli d'eau, embanquement, canal » cf. islandais díki) thumb|La Roche Gélétan (rocam le Jalestain vers 1200, *Jarlsteinn : Jarl + steinn « rocher, roc, pierre »)