Le château d'Abzac est un château français du , situé sur la commune d'Abzac, dans le département de la Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine. Bâti sur un promontoire dominant la vallée de l'Isle, il a remplacé une maison forte médiévale détruite pendant la guerre de Cent Ans.

Le château forme depuis 1600 un même domaine avec le moulin d'Abzac, établi en contrebas sur l'Isle. Ce moulin a été successivement minoterie, huilerie, puis fabrique de cartonnages. Le domaine a ainsi conservé depuis le Moyen Âge une double vocation, agricole et industrielle. Le château et le moulin sont classés monuments historiques depuis 2013.

Situation Le château se trouve dans le bourg d'Abzac, à environ au nord de Libourne et à proximité des vignobles de Saint-Émilion et de Pomerol. Il occupe un promontoire qui domine l'Isle et le moulin situé à ses pieds.

Histoire Origines et Moyen Âge Selon la notice des monuments historiques, le nom d'Abzac viendrait d'Aviatiacus, le domaine d'un certain Avitus. Des traces d'un camp gallo-romain auraient été mises au jour en 1825 près de la demeure actuelle.

Au Moyen Âge, le château relève des seigneurs de Fronsac, dont la vicomté est ensuite érigée en duché. Pendant la guerre de Cent Ans, la maison forte surveille la vallée de l'Isle, alors frontière entre la Guyenne sous domination anglaise et le royaume de France. Au , les Anglais s'en emparent et la détruisent entièrement.

La constitution du domaine (1471-1662) Après la guerre, les seigneurs de Fronsac cherchent à relancer l'activité de la vallée. À partir de 1466 et pendant une vingtaine d'années, ils concèdent des baux à fief pour créer des moulins sur l'Isle et la Dronne. Celui d'Abzac est établi en 1471.

Le moulin passe ensuite à la famille Fournier. En 1600, le moulin et le château sont réunis pour former un seul domaine. La seigneurie est ensuite acquise par Charles de Calvimont, seigneur du château des Tours à Montagne. Celui-ci la revend dès 1662 à Raphaël de Fournel, chevalier et seigneur de Tayac.

Les Fournel et les Goderville (1662-1789) Raphaël de Fournel fait démolir le vieux château et construit à son emplacement la demeure actuelle, vers 1660'. Selon le site des Journées du patrimoine, l'ordonnance d'origine n'a été modifiée que par l'ajout d'une avant-cour en 1735.

En 1763, le domaine passe par héritage à la famille Roussel de Goderville'. Les Goderville agrandissent et embellissent le château vers 1775. Ils font aussi construire à l'ouest de nouveaux communs, des écuries et des remises. Au , le domaine réunit jardins, charmilles, prairies, terres labourables et vignes.

Le moulin est transformé en une importante manufacture. En 1763, il reçoit de grands magasins et deux foulons à drap. En 1768, il compte sept paires de meules. En 1780, il est encore agrandi de deux ailes, d'une forge et d'écuries. Sa farine approvisionne les navires qui relient Bordeaux aux Antilles.

La Révolution (1789-1796) Pendant la Révolution française, son propriétaire émigre et le château est pillé. Il est laissé à l'abandon à partir de 1794.

En 1793, le conventionnel Gilbert Romme choisit le moulin pour y installer une fonderie de canons, baptisée « Gardorisle », contraction de Garonne, Dordogne et Isle. Il veut aussi en faire un lieu de formation civique et professionnelle pour de jeunes citoyens. Le moulin est démoli pour les besoins du projet, qui est pourtant rapidement abandonné. Pour alimenter la fonderie en métal, Romme fait également abattre le clocher roman de l'église d'Abzac afin d'en récupérer les cloches.

Les Rozier et leurs descendants (depuis 1796) En 1796, le domaine est vendu comme bien national. Il est acquis par les frères Rozier, négociants bordelais, qui restaurent les bâtiments et remettent le moulin en activité. Les Rozier font ensuite valider leur acquisition par les héritiers des Goderville. Selon le domaine, la propriété est restée dans la même famille depuis 1796, et appartient aujourd'hui à la famille d'Anglade.

Au , les ailes du château sont surélevées d'un étage. Le moulin est loué à la famille Calvé et sert à la fois de minoterie, jusqu'en 1883, et d'huilerie, jusqu'en 1897. Sa mécanisation progresse : en 1856, deux turbines et sept roues actionnent huit paires de meules.

En 1928, Pierre-Antoine d'Anglade installe dans la manufacture une fabrication de tubes en carton destinés aux papeteries du Sud-Ouest. C'est l'origine du groupe industriel Abzac, dont le siège social se trouve toujours dans le moulin. Une microcentrale hydroélectrique occupe également une partie du site.

Le château et le moulin sont inscrits à plusieurs reprises au titre des monuments historiques à partir de 1980, puis classés ensemble en 2013.

Architecture Plan et élévations Le château se compose d'un long corps de logis rectangulaire. Les communs s'y rattachent en retour d'équerre et encadrent une cour intérieure fermée par une grille d'honneur. À l'ouest, un bâtiment reposant sur des fondations plus anciennes suit la forme du terrain.

Deux pavillons carrés occupent les angles du logis et encadrent un pavillon central. Ce dernier abrite un vestibule qui ouvre d'un côté sur la cour d'honneur et de l'autre sur un perron, côté nord. Au centre des communs, deux corps de passage répondent aux pavillons du logis. On compte ainsi cinq pavillons autour de la cour carrée, coiffés de toitures de type périgourdin.

L'ensemble ne compte qu'un niveau, surmonté de combles. Ceux-ci sont éclairés par des œils-de-bœuf aux frontons tantôt circulaires, tantôt triangulaires. Au nord, un escalier tournant à deux volées rattrape la pente du terrain vers la terrasse qui domine l'Isle.

Intérieurs Les pièces ont conservé leurs boiseries et leurs cheminées monumentales. Le grand salon, avec son décor, et la cheminée du petit salon font partie des éléments protégés dès 1980. Une partie des communs ouest a été transformée en un vaste salon voûté d'arêtes.

Abords La protection de 2010 couvre aussi le lavoir, les terrasses et leurs balustrades, le grand escalier, les murs de soutènement, une partie du parc et la grande allée.

Le moulin

Mentionné dès 1480, le moulin occupe une chute d'eau d'origine médiévale sur l'Isle. Ses bâtiments du ont été conservés et agrandis au , dans le respect de leurs grands volumes. Côté rivière, ils sont éclairés par des baies en plein cintre et des oculi. Le groupe Abzac y a toujours son siège social.

Vignoble Le domaine exploite un vignoble d'environ . Il est planté sur la terrasse des graves de Günz, qui longe l'Isle jusqu'à Pomerol et Saint-Émilion. Le merlot y domine, complété de cabernet franc et de cabernet sauvignon. Les vins sont produits en appellations bordeaux, bordeaux supérieur et Lussac-saint-émilion.

Protection Le château et le moulin ont fait l'objet de plusieurs mesures de protection au titre des monuments historiques : inscription le des façades et toitures du château, du grand salon avec son décor et de la cheminée du petit salon, ainsi que des façades et toitures des cinq bâtiments anciens de la minoterie ; inscription du moulin le ; inscription le de la totalité du château, avec ses communs, la cour et sa grille, le lavoir, les terrasses et leurs balustrades, le grand escalier, les murs de soutènement, une partie du parc et la grande allée ; classement le de l'ensemble formé par le château et le moulin, bâti et non bâti, qui remplace les inscriptions précédentes.

Visites Le château se visite sur rendez-vous et participe aux Journées européennes du patrimoine.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Abzac (Gironde) Moulin d'Abzac Liste des monuments historiques de la Gironde Liste des châteaux de la Gironde

Liens externes

Abzac Catégorie:Monument historique classé en 2013