Le Għana ( /ˈ ɑː n ə / ) (prononcer "ana") est un type de musique folklorique traditionnelle de Malte. Le mot Għana a deux significations littérales. Le premier sens est associé à la richesse, l'abondance et la prospérité. Le second sens est lié au chant, aux vers, aux rimes et même à la kantaliena, un type de chant au rythme lent.
Origine Un chanteur est appelé localement għannej (littéralement « le chanteur »). Tout le chant għana consiste en « un type de voix tendue » avec « une tension des muscles de la gorge et une utilisation contrôlée des muscles du diaphragme pour produire un son fort ».
Le Għana a été qualifiée de « synthèse de la musique nord-africaine et européenne ». Les duels de chant improvisés du style spirtu pront du għana ont été comparés aux échanges de poésie que l'on trouve dans le Zajal, ainsi qu'à certains types de chansons lyriques de la péninsule italienne comme les stornelli et les strambotti ou à une forme de slam chanté.
La musique maltaise reflète l'influence de l'histoire du pays, marquée par les occupations successives de différentes puissances coloniales ( les Arabes maghrébins et les Aragonais). Malte devient colonie anglaise après le départ de Napoléon. L’Empire britannique ne lui accorde son indépendance qu'en 1964.
L'une des premières mentions de għana dans les archives date de 1791 par François-Emmanuel Guignard, comte de Saint-Priest qui publie Malte par un Voyageur François, où l'on trouve les paroles de trois għanjiet (chansons), transcrites pour lui par un bibliothécaire maltais, Gioacchino Navarro.
Le Għana est inscrit en 2021 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité
Le Għana peut être divisé en pratiques formelles et informelles. L'origine du mot est l'arabe Ghena ou Ghina غنى/غناء qui signifie richesse ou chant/chansons/paroles.
Le Għana informel Tout au long de son histoire, des situations de għana informelles mettent en lumière l'importance de la musique dans la vie quotidienne des Maltais. Les origines mêmes du għana remontent aux premiers paysans.
Un livre publié en 1838 par le missionnaire anglican et orientaliste George Percy Badger, intitulé Description de Malte et de Gozo, comprend des exemples de chansons folkloriques maltaises L'auteur souligne le talent des Maltais pour la rime. Il dit avoir vu des chanteurs se livrer à un chant dialogué, se répondant les uns aux autres en chantant : .
Dans son article « Du barreau à la scène », le professeur Philip Ciantar rassemble les écrits d’un certain nombre d’érudits étrangers et maltais qui affirment que les premières manifestations de għana représentent à la fois « la vie simple [...] de la classe ouvrière maltaise » et « l’environnement naturel intact de l’île ». Ciantar soutient que les racines du għana sont profondément enfouies dans le mode de vie traditionnel maltais. Une telle description, par exemple, rédigée par l'érudit Joseph Aquilina et publiée en 1931, souligne ce lien entre le peuple et le għana :. Ciantar affirme que ces chansons évoquent les racines mêmes de la poésie et de la littérature maltaises, affirmation également soutenue par Dun Karm Psaila, le poète national de Malte. Dans un article sur l'origine de la poésie maltaise, Ciantar dit que Psaila associe ensuite għana aux « modestes loisirs et aspirations du peuple ».
Les deux érudits, Aquilina et Psaila, lient le għana à l'environnement naturel « intact » de l'île. Psaila a écrit : . Ainsi, le għana est un moyen de passer le temps pendant les loisirs, ainsi que de chanter en travaillant.
Le għana est notamment pratiqué par les femmes chantant sur les toits ou dans les anciens lavoirs communaux, connus sous le nom de għajn tal-ħasselin (« source des rondelles »). Des lavoirs sont creusés dans des grottes naturelles autour de l'île, où l'eau coule en permanence, offrant un lieu pour laver le linge. Comme dans beaucoup d'autres sociétés, les hommes sont au travail pendant que les femmes s'occupent des besoins du foyer.
Għana formel Le Għana fil-Għoli, qui signifie « dans le registre aigu », est également connu sous le nom de tal-Bormliża, tirant son nom de la ville de Bormla où il est populaire. C’est un style très exigeant qui requiert du chanteur une grande puissance et un contrôle vocal important. Il est souvent chanté par des femmes en raison des caractéristiques vocales nécessaires. Ce style, qui utilise beaucoup de mélismes, est à la fois difficile à chanter et à comprendre, et nécessite une voix aiguë. Chanté par des femmes, il a fini par être adopté par des hommes, ce qui les oblige à atteindre des registres de soprano aigus sans recourir au falsetto. Les femmes sont devenues moins représentées dans le domaine du għana. John Chircop, dans un ouvrage publié en 1993, affirme que très peu de femmes chantent encore dans ce style et que les femmes għannejja renommées sont rares. Il cite deux des plus populaires : Kuncetta Borġ (surnommée Il-Bormliża) et Maria Abela .
Għana tal-Fatt signifie littéralement « fait » ou « réellement arrivé ». Ce style de ballade mélancolique implique un għannej racontant une histoire sur des personnalités locales bien connues, des événements ou des faits récents intéressants ou humoristiques, des contes et légendes populaires maltais. Cela peut prendre la forme d’« une épopée, d’une histoire communautaire ou familiale, ou simplement d’un événement autobiographique ». Il se distingue comme la principale forme non improvisée de għana. La plus ancienne chanson traditionnelle maltaise documentée est la ballade « L-Għarusa ta' Mosta » (« La Fiancée de Mosta »), basée sur des événements des années 1500 et toujours chantée. Beaucoup évoquent des luttes mythiques ou le combat du bien contre le mal, ce dernier ayant pu « opprimer un individu, une famille, une classe ou une nation ». Le héros est le personnage central de l'intrigue, et s'il s'agit d'un « héros bandit », l'accent est mis sur sa force, sa ruse et son esprit. John Chircop écrit que les histoires vraies dans lesquelles « des meurtres horribles, des crimes et des vengeances impliquant de vraies personnes – parfois encore vivantes – sont nommés » sont les plus populaires. Dans les paroles, la date et l'heure de la tragédie sont mises en évidence et tout le spectacle est décrit en détail.
Spirtu pront se traduit par « esprit vif » (ou esprit vif), et provient de « duels de chansons » informels.
Les autres types de għana sont : bil-Qasma et tal-Makjetta. Għana bil-Qasma signifie « chant brisé ». Dans ce style, le premier chanteur entame les deux premiers vers, puis le second chanteur poursuit le reste de la strophe. Habituellement, le chanteur qui termine les deux derniers couplets entame la strophe suivante.
Le Għana tal-Makjetta est un style humoristique généralement accompagné à la guitare d'accords majeurs.
Spiritu Pront Dans les sessions de Spirtu Pront, deux ou plusieurs għannejja (chanteurs) sont jumelés et participent à un duel de chant improvisé sous forme de duos, avec une riposte et une contre-riposte ( botta u risposta ) . Si quatre chanteurs sont impliqués, le premier chantera avec le troisième et le deuxième avec le quatrième.
La tessiture vocale idéale est celle d'un ténor aigu. De nombreux chanteurs ne reçoivent pas d'enseignement formel, mais apprennent en accompagnant leurs aînés. Les paroles témoignent de leur connaissance d'un large éventail de sujets sociaux ainsi que de leur maîtrise de la langue maltaise. Il encourage la transmission de convictions politiques ou morales au moyen d’une « satire grossière et de sous-entendus ». Dans ce contexte, le għannej fait preuve d’une capacité de « créativité spontanée, de ruse, de représentation satirique et de critique politique subtile ».
Les séances durent environ une heure et il peut y avoir plusieurs séances qui constituent une représentation complète. Les għannejja chantent dans un style très expressif et fluide. Leurs lignes mélodiques improvisées empruntent fortement aux gammes d'influence arabe. Bien que l'improvisation soit assurément un élément important, elle n'en est jamais l'élément central.
Une fois la session commencée, les għannejja doivent participer pendant toute sa durée, et aucun nouveau chanteur ne peut se joindre à eux. Les għannejja commencent généralement par un commentaire introductif sur les personnes participant à la séance. Cette section sert à amorcer le combat, mais elle a plus récemment été utilisée comme moyen d'identifier les participants lors de performances enregistrées. Les għannejja commencent alors à discuter du sujet, ,soit prédéterminé, soit établi au cours d'une séance, comme lors d'une conversation. Le għana n'est pas utilisé pour régler les différends personnels ou les disputes entre chanteurs. Les thèmes abordés dans les chansons sont eux-mêmes dramatiques et graves, même s'ils sont traités avec esprit. Il peut s’agir d’« honneur personnel, de réflexions sur les valeurs sociales ou de politiques (au sens strict du terme) ».
Les Għannejja rivalisent entre eux quant à leur capacité à chanter sans chercher les mots. Les chanteurs doivent faire preuve d'une connaissance approfondie du sujet, tout en respectant un certain nombre de contraintes formelles. Par exemple, leurs réponses improvisées doivent rimer selon un schéma abcb, et les phrases doivent avoir une structure syllabique de 8, 7, 8, 7. Les meilleurs għannejja utilisent « des métaphores, des mots archaïques [et] des proverbes ». Parfois, selon le għannej, le langage utilisé est ouvertement moralisateur. Ce type de pratique peut crée des tensions entre les għannejja concurrents. Dans la plupart des cas, le għannejja serre la main de son adversaire, comme lors d'un match sportif, montrant ainsi que ses propos ne sont que du divertissement et qu'il n'a aucune intention d'offenser.
Dans la Malte contemporaine, ce style de għana est principalement pratiqué par des hommes de la classe ouvrière urbaine dans les bars et les clubs des villages. Ciantar a écrit dans un article publié en 2000 que « presque aucune femme ne la chante ». Le Spirtu pron en particulier est si populaire que le terme għana est parfois utilisé spécifiquement pour désigner ce type de chant, tant par les personnes impliquées dans le genre que par le grand public. Des séances sont organisées lors de fêtes populaires, telles que Imnarja, et lors des « soirées traditionnelles » maltaises qui peuvent avoir lieu dans la semaine précédant la fête du village ou de la ville. Elle est parfois diffusée à la radio et à la télévision, notamment le dimanche matin.
Accompagnement
Instrumentation L'accompagnement est assuré par trois guitares jouant généralement des progressions d'accords toniques à dominantes d'influence occidentale. Cela donne au għana une sonorité très particulière, ni tout à fait orientale, ni tout à fait occidentale. Le trio de guitaristes se compose d' il-prim, qui improvise autour de motifs traditionnels, et de deux daqqaqa akkompanjaturi qui jouent en accompagnement sur la base de triades simples.
La prim doit se joindre aux autres en jouant le même type d'accompagnement pendant le chant. Puis il improvise des motifs pendant l'introduction, la conclusion et pendant la qalba ; l'intervalle entre les vers chantés donnant au għannej (chanteur) suivant le temps de préparer une réponse aux remarques de ses adversaires .