La chapelle Sixtine (en italien, Cappella Sistina), appelée originellement chapelle de Sixte, est une des salles des palais pontificaux du Vatican et fait partie des musées du Vatican. Remplaçant la chapelle Pauline, puis le palais du Quirinal, la chapelle Sixtine est le lieu où, traditionnellement depuis le , les cardinaux réunis en conclave élisent le nouveau pape, et obligatoirement depuis la constitution apostolique édictée par en 1996, intitulée Universi Dominici gregis..

Dédiée à l'Assomption de Marie, elle est la chapelle principale du palais apostolique, ainsi que l'un des trésors culturels et artistiques les plus célèbres de la Cité du Vatican. Elle a été construite entre 1475 et 1481 environ, à l'époque du pape della Rovere, dont elle tire son nom.

Des cérémonies officielles papales (dont dans le passé aussi quelques couronnements papaux) s'y déroulent. Elle est décorée d'œuvres d'art parmi les plus connues et célébrées de l'art occidental, dont les célèbres fresques de Michel-Ange, qui couvrent la voûte (1508-1512). et le mur du fond (Jugement dernier) au-dessus de l'autel (vers 1535-1541). Les murs sont décorés d'une série de fresques de certains des plus grands artistes italiens de la seconde moitié du (Sandro Botticelli, Pietro Perugino, Pinturicchio, Domenico Ghirlandaio, Luca Signorelli, Piero di Cosimo, Cosimo Rosselli et autres). Elle est ainsi considérée comme peut-être la plus complète et la plus importante de cette théologie visuelle, qui a été appelée « Biblia pauperum »..

Chaque jour, quelque la visitent, avec des pointes de aux périodes d'affluence. Cette concentration humaine provoque de multiples exhalaisons de gaz carbonique et risque, à terme, d'endommager les peintures..

Il y a aussi une « Chapelle Sixtine » dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, construite par , et une dans la cathédrale de Savone, construite par comme mausolée pour ses parents.

Histoire

vignette|Sandro Botticelli, . L'existence d'une chapelle papale est mentionnée dès 1368, la « Capella magna » ( en italien), destinée à accueillir les célébrations liturgiques ou cérémonielles de la cour pontificale et à partir de 1492, les conclaves. Elle est décorée, entre autres, par Giottino, Giovanni da Milano et Fra Angelico..

Reconstruction Pendant la papauté d'Avignon, la ville de Rome subit de très graves troubles civils ; plusieurs monuments chrétiens délaissés tombent en ruine. La « Capella magna » est délabrée, si bien qu'après le retour des papes à Rome en 1455, les conclaves doivent se tenir dans la chapelle Paolina.. Dès lors, l'un des projets les plus ambitieux des papes du , à commencer par , est de restaurer les monuments chrétiens les plus importants de Rome, dévastés par l'abandon, la négligence et les troubles civils.. , ancien professeur de théologie dans les grandes universités italiennes et général des franciscains, reprend cet engagement et, peu de temps après son élection (), entame un travail de récupération et de monumentalisation du tissu urbain de Rome qui culmine dans la reconstruction et la décoration de la chapelle palatine du Palais apostolique, qui prend plus tard son nom. Les travaux de rénovation de la chapelle sont commandés par le pape lors de son jubilé de 1475.

Précédée d'une antichambre - la Sala Regia -, la chapelle se situe à l'angle sud-ouest du palais. Elle comprend un souterrain, un entresol et la chapelle proprement dite. Elle est ceinte, en hauteur, d'un chemin de garde défensif.

Le projet architectural prend forme dès 1473. Il est confié à deux architectes, les noms de Baccio Pontelli et de Giovannino de' Dolci ont été suggérés par des historiens sans toutefois en apporter la preuve. Ils auraient reproduit les dimensions du temple de Salomon, soit 40,92 mètres de long sur 13,41 mètres de large et 20,69 mètres de haut. (on observe que 21 : 13 = 1,61, ce qui correspond au nombre d'or souvent utilisé par les architectes de jadis).

Les travaux débutent en 1477 et sont achevés vers la fin 1480. En 1477, les restes en ruine du bâtiment précédent sont démolis pour permettre d'exploiter les fondations et constituer la base des murs sains de la nouvelle chapelle. Le sol est recouvert de marbres polychromes. Un jubé grillagé en marbre, œuvre de Mino da Fiesole, sépare l'espace réservé aux clercs de celui accessible aux laïcs. Il semble que les murs médiévaux aient été conservés jusqu'à la hauteur de la première charpente, justifiant les irrégularités du plan : les plus grands côtés convergent vers celui du bas, qui à son tour n'est pas parfaitement parallèle à celui de l'autel.. De nouvelles voûtes sont construites à la fois dans le toit et dans les salles des maîtres de cérémonie sous la chapelle. La chapelle est fortifiée contre de nombreux ennemis potentiels, tels la république de Florence ou les Turcs de .. Sa structure, recouverte d'une couche de briques, est couronnée d'une voûte en berceau maçonnée remplaçant la précédente construction en bois. Un jubé divise la chapelle en deux parties. Le sol comprend deux niveaux, dont un étage supérieur percé de douze hautes fenêtres cintrées.. Les conclaves s'y déroulent de nouveau à partir du , les cardinaux siégeant sur des banquettes en pierre qui longent les trois côtés.

Les fonctions de la chapelle n'ont pas changé par rapport à celles précédentes et à celles analogues dans le Palais des Papes à Avignon, comme le siège des cérémonies les plus solennelles de l'année liturgique auxquelles assistent la cour papale. Cette nécessité exige un cadre particulièrement somptueux, qui montre sans équivoque les Maiestas papalis aux participants admis à y assister, qui sont essentiellement le collège des cardinaux, les généraux des ordres monastiques, les diplomates accrédités, les membres du plus haut rang de l'État papal, le sénateur et les conservateurs de la ville de Rome, les patriarches, évêques et princes ou personnalités éminentes en visite. À ceux-ci s'ajoutent tous ceux, nombreux, admis à assister aux célébrations au-delà de la transenne en marbre qui sépare encore l'actuelle chapelle papale de l'autel.

À l'été 1481, la construction devait être achevée car la décoration des fresques des murs est déjà documentée. L'apparence de l'extérieur doit être grandiose, comparable uniquement aux bâtiments de l'époque impériale.

La chapelle est consacrée lors de la première messe de la fête de l'Assomption du à l'Assomption de la Vierge Marie.

Décoration picturale Le programme général de la décoration picturale de la chapelle est réparti sur trois registres de bas en haut : le socle avec de fausses tapisseries, le second ordre avec des scènes de l'Ancien Testament (scènes de la vie de Moïse) et du Nouveau Testament (scènes de la vie du Christ) et enfin le plus haut ordre avec la représentation des papes martyrs.

La décoration picturale commence sur le mur derrière l'autel (celui aujourd'hui avec le Jugement dernier ) où Pérugin, qui a déjà travaillé pour le pape dans la Cappella della Concezione de l'ancienne basilique vaticane, réalise un retable représentant l'Assomption de la Vierge. La voûte est décorée d'un ciel bleu constellé où de petites boules de cire dorée, collées sur la peinture, figurant les étoiles par le maestro dell'Annuciazione Gardner., suivant la tradition médiévale. Un tel décor, plus simple à réaliser que des fresques à personnages, est fréquent dans les chapelles contemporaines. Toutefois, les examens effectués lors des dernières restaurations n'ont mis au jour aucune trace de bleu..

Les fresques sont réalisées, entre 1481 et 1482, par les meilleurs peintres florentins, ombriens et toscans de l'époque : le seigneur de Florence Laurent de Médicis, dans le cadre d'une politique de réconciliation avec les opposants qui ont soutenu la conjuration des Pazzi (1478), dont le pape lui-même, propose d'envoyer les meilleurs artistes présents sur la scène florentine de l'époque, en tant qu'ambassadeurs de la beauté, de l'harmonie et de la primauté culturelle de Florence. L'offre est acceptée et le , Sandro Botticelli, Cosimo Rosselli, Domenico Ghirlandaio et leurs collaborateurs respectifs partent pour Rome, où ils sont documentés au travail à partir du le printemps 1481..

Chacun de ces artistes, avec l'aide de ses collaborateurs Pinturicchio, Piero di Cosimo et Bartolomeo della Gatta, peint l'un des quatre panneaux sur le mur à droite de l'autel, puis, avec un nouveau contrat daté du , ils sont reconfirmés pour l'exécution des dix autres panneaux restants (les deux sur le mur de l'autel avaient déjà été achevés par le Pérugin dans la toute première phase) à terminer en mars de l'année suivante. Les termes ne sont pas toujours respectés ; Luca Signorelli succède au Pérugin, qui a peint à la fresque le Testament et la mort de Moïse et la Contention autour du corps de Moïse sur le mur de l'entrée. Le programme iconographique complexe est défini dans les moindres détails par le pape lui-même et ses conseillers, même si cette complexité même nécessite une intervention importante des artistes dans l'invention figurative et iconographique.. À noter la petite contribution picturale du maître Filippo Brunelleschi dans l'aile nord du bâtiment. Selon certains historiens, la conception du programme iconographique global a été reprise de lExpositio super septem visiones libri apocalypsis, une exégèse d'épisodes bibliques remontant peut-être au ., ou de l'œuvre de Joachim de Fiore, auteur d'une théorie complexe de la « concorde » entre l'Ancien et le Nouveau Testament.

Le cycle présente une grande homogénéité, malgré la participation d'artistes aux personnalités nettement différentes. Cela a été possible grâce à l'adoption de la même échelle dimensionnelle des figures et de la structuration rythmique aux mêmes nuances dominantes, parmi lesquelles se distingue l'abondance des finitions dorées, qui intensifient la lumière avec des effets qui devaient paraître particulièrement suggestifs à la lueur des torches et des bougies..

Les emblèmes héraldiques de , peints et sculptés, représentant des feuilles de chêne et des glands, symbolisant son patronyme Della Rovere (du chêne en italien) parsèment le décor.

vignette|Un des murs de la chapelle. Le splendide complexe voulu par demeure dans les décennies suivantes au centre des intérêts des papes, avec des interventions qui constituent des pages fondamentales de l'art de la Haute Renaissance.

Au printemps 1504, la nature particulière du terrain sur lequel se dresse la chapelle provoque probablement une inclinaison du mur sud qui, à la suite d'affaissements, laisse une fissure importante et menaçante dans le plafond, ce qui nécessite une suspension de toutes les fonctions ecclésiastiques dans la chapelle par précaution.. della Rovere fait consolider la voûte par des chaînes, à la fois au-dessus de la voûte principale et dans les salles inférieures, rendant la chapelle à nouveau accessible après la mi-octobre. La longue fissure, découverte à partir du coin nord-est, est bouchée par l'insertion de nouvelles briques, peut-être à l'été 1504. Le décor de la voûte du maestro dell'Annuciazione Gardner est irrémédiablement endommagé.

Le Plafond de la Chapelle, où se trouve la voûte, décorée de fresques achevées par Michel-Ange en quatre ans, est inaugurée par le . Pape guerrier, assoiffé de pouvoir et désireux de rendre à Rome sa splendeur passée, il avait déjà fait appel à Michel-Ange pour la conception de son immense tombeau, projet qui restera inachevé.. L'idée de faire refaire la décoration de la voûte par Michel-Ange doit lui venir en avril 1506, comme en témoigne une lettre envoyée à l'artiste par le maître d'œuvre florentin Piero Rosselli, qui a appris la nouvelle du pape lui-même. Le départ précipité de Michel-Ange de Rome, en raison des intrigues qui ont bloqué son projet grandiose pour le tombeau, suspend le projet jusqu'à la réconciliation avec le pape qui a lieu en 1507.