Valtournenche (Vótornèntse en patois valdôtain) est une commune italienne alpine de la région Vallée d'Aoste, située dans la vallée du même nom.

Citations

Origine du nom Le toponyme de la commune de Valtournenche tire son nom de la vallée dont elle fait partie.

En particulier, Valtournenche dériverait du latin Valle Tornina, forme écrite que l'on retrouve dans la bulle du pape Alexandre III dans laquelle il prend sous sa protection le diocèse d'Aoste et donc les communautés de Valtournenche. Le nom Valle Tornina, comme le toponyme Torgnon, dériverait du terme Tor, que l'on peut rattacher à la classe de mots désignant une montagne, faisant probablement référence au mont Cervin, qui domine tout le Valtournenche. Le toponyme attesté jusqu'au est Valtoranche.

Vótornèntse est le toponyme en patois valdôtain, tandis que la forme italianisée Valtornenza a été utilisée pendant le fascisme. L'orthographe homophone Valtournanche a été utilisée de 1946 à 1976.

Géographie

Territoire Valtournenche occupe la partie supérieure de la vallée du même nom et est bordée au sud par les communes d'Antey-Saint-André et de Chamois, à l'ouest par Bionaz, au nord par Zermatt (Suisse) et à l'est par Ayas.

Le chef-lieu, Pâquier, est situé dans une cuvette dans le haut Valtournenche. L'agglomération s'étend sur une forte pente et présente un dénivelé important, qui s'accroît encore si l'on compte les hameaux détachés du village ; ils vont de 1 330 mètres d'altitude à Moulin, à 1 700 à Loz et autour de 1 860 aux Perrères. Le village de Breuil-Cervinia est situé au pied du Cervin () à une altitude comprise entre 2 005 et . L'altitude la plus élevée est atteinte avec le sommet du Cervin. gauche|vignette|Le Cervin vu de Breuil-Cervinia. Sur le territoire de la commune de Valtournenche coule le torrent Marmore, qui prend sa source dans les glaciers du Mont Rose et du Cervin. Il existe également plusieurs petits bassins d'eau naturels, dont les plus connus sont le lac Bleu et les lacs de Layet, et trois grands bassins d'eau artificiels : le lac de Maën, le lac de Tsignanaz et le lac Goillet.

Plusieurs sommets se distinguent sur le territoire communal, parmi lesquels les Grandes Murailles, le Bec du Pio Merlo, le Grand Tournalin, le Petit Tournalin, la Motte de Pleté, le Pic d'Aran, le Pic de Nana, le Pancherot, le Mont Seriola, le Château des Dames, la Tête Grise, la Tête du Lion, le Furggen et le Cervin.

La commune accueille la station météorologique du Plateau Rosa, située à d'altitude, ce qui la rend la plus élevée d'Italie.

Climat Le climat de Valtournenche est de type alpin. Selon l'altitude des hameaux, les hivers sont plus ou moins longs. En général, les hivers sont caractérisés par des températures qui ne dépassent presque jamais 0 °C et les chutes de neige sont fréquentes. En été, les précipitations ne sont ni trop abondantes ni trop rares et la température avoisine les 20 °C.

Hameaux La commune est composée des hameaux suivants :

Arsines, Avuil, La Barmasse, Les Battendières, Le Bioley, La Brengaz, Le Breuil, Les Busserailles, Chaloz, Champcartanaz, Les Châtelards, Champlève, Cheneil, Cheperon, Les Clous, Le Crêt, Le Crêt-des-Perrères, Le Cré-du-Pont, Crépin, Crétaz, Le Crou, Duerche, L'Évette, Facebellaz, Fontaine, Le Glair, Le Lac-Bleu, Layet, Les Laviels, Le Lou (Loz), Losanche, Maën, La Maisonnasse, La Montat, Le Moulin, Le Mont-Mené, Le Mont-Perron, La Murenche, Pâquier, Pecou, Les Perrères, Pésonché, Pessey, Les Ponteils, Les Prés, Promindot, Les Saix, La Servaz, Singlin, Tourtourouse, Ussin, Valmartin, La VenalRégion autonome Vallée d'Aoste, actes du Président de la région, Arrêté n° 479 du 21 septembre 2023..

Le chef-lieu communal est le village de Pâquier.

Le hameau du Breuil est devenu au cours des dernières décennies une station touristique d'hiver et d'été de premier plan.

La localité de Cheneil est l'un des rares hameaux de la Vallée d'Aoste à ne pas être accessible en voiture.

Le lac de Tsignanaz constitue l'un des plus grands réservoirs hydroélectriques de la Vallée d'Aoste, construit à l'emplacement de l'ancien village du même nom, submergé en 1928. Une chapelle a été construite en amont du bassin de stockage d'eau, selon la volonté des anciens habitants du village.

Singlin En face du saut qui ouvre le gouffre des Busserailles sont échelonnées les maisons des hameaux de Singlin dessous (), de Singlin dessus () et de Singlin du milieu (respectivement Singlin deseut, Singlin dameun et Singlin di meitèn en patois valtournain). Le mot séngla désigne un pâturage, une ceinture herbeuse, une plaque d'herbe posée sur, ou entre, les grands précipices. D'après Jules Brocherel, il pourrait également s'agir d'un groupe de maisons adossées à un clapèi (« pierraille, clapier ») pour ne pas occuper les terrains cultivables : en effet, telle est la situation de Singlin d'en haut, village construit contre la roche afin de ne pas gaspiller les rares prés qui nourrissent ses habitants. Au hameau d'en bas, la poutre de la première maison que l'on aperçoit en entrant, construite il y a 80 ans, porte une date, 17X7, dont on ne peut lire tous les chiffres. Juste avant d'arriver au hameau d'en haut, on traverse Singlin du milieu où s'élève une grosse bâtisse en pierre dont la poutre porte la date de 1668. Sur le linteau de la porte principale d'un rascard isolé, sont gravées très soigneusement les initiales J.B.E.D. et la date de 1773. Il s'agit d'un fenil typique de haute montagne qui, au beau milieu des prés, sert à stocker temporairement les fourrages. Singlin d'en haut abrite des maisons pittoresques qui sont en bois pour la plupart. Un grenier est daté, pour autant qu'il soit possible de lire la date, 1771, alors qu'un autre, très caractéristique, jaillit du feuillage touffu des potagers dont les légumes servent à compléter les maigres ressources du hameau. En ce point, la route carrossable, qui est interrompue par endroits, doit franchir un saut et un défilé exceptionnels dans la vallée. Ce tronçon de la route régionale reliant Pâquier au Breuil, d'une longueur de 9 km environ, a été construit entre 1931 et . Il a ouvert définitivement la cuvette du Breuil au tourisme de masse.

Économie

Tourisme La principale ressource économique de Valtournenche est le tourisme, en particulier le tourisme d'hiver lié au ski alpin. vignette|285x285px|Les remontées mécaniques à Breuil-Cervinia. La société propriétaire des remontées mécaniques du Breuil et de Valtournenche est la plus grande société de Valtournenche et l'une des plus importantes de la Vallée d'Aoste, qui comprend également les stations de ski des communes de Torgnon et de Chamois.

L'offre touristique hivernale est complétée par l'héliski, le freeride, l'escalade sur glace, l'alpinisme hivernal, le ski-alpinisme, les pistes de raquettes et les patinoires.

Sur l'ensemble du territoire communal, en été, il est possible de faire du trekking, de la randonnée, de l'escalade, du vélo, du VTT, de l'alpinisme, de la via ferrata et des parcs d'aventure. Le réseau de sentiers est très bien développé et articulé, pour tous les degrés de difficulté.

Lié au tourisme, le secteur de l'hôtellerie est très important. Il existe de nombreuses structures d'hébergement sur l'ensemble du territoire municipal.

Agriculture Historiquement liée au secteur agricole, Valtournenche est l'une des communes de la Vallée d'Aoste qui possède le plus grand nombre de pâturages de la région. La production de fromages de qualité est d'ailleurs l'une des principales sources de revenus de la commune. gauche|vignette|Un alpage à Valtournenche.

Énergie Comme dans de nombreuses communes valdôtaines, la production d'énergie hydroélectrique joue un rôle important sur la commune de Valtournenche, grâce à deux centrales gérées par la Compagnie valdôtaine des eaux (CVE) :

la centrale hydroélectrique de Maën (reliée au lac de Tsignanaz) ; la centrale hydroélectrique des Perrères, dans le village du même nom, qui exploite les eaux des ruisseaux de La Vieille et de Barmaz, et relié au barrage de Goillet.

Artisanat L'une des activités traditionnelles de la commune de Valtournenche est la production de pierre ollaire destinée à la fabrication d'objets divers, tels que statuettes, bibelots, etc.

Une forte tradition artisanale de sculpture sur bois se perpétue également.

Histoire Les premières traces d'occupation humaine remontent à la préhistoire. Au Moyen Âge, Valtournenche prend de l'importance grâce au commerce qui s'effectue par le col du Théodule. Jusqu'à la fin du , l'ensemble du territoire de l'actuelle commune appartenait à la famille noble des Challant-Cly. Leur présence est attestée par la construction du château Planet au Breuil. Après la rébellion du dernier seigneur de Cly, il passe sous la souveraineté directe du comte de Savoie qui le fait administrer par ses châtelains jusqu'en 1550. Dès lors, il fut donné en fief à divers personnages. gauche|vignette|334x334px|Pâquier en 1900. Le village a été particulièrement important au en raison de la passion croissante pour l'alpinisme et de la présence au fond de la vallée du mont Cervin, qui attirait beaucoup l'attention des alpinistes, y compris des étrangers, en raison de sa forme particulière et de la difficulté de l'ascension. Pour cette raison, Valtournenche et, en particulier, le Breuil, devinrent le centre d'intérêt des aristocrates du Grand Tour et des personnalités de l'époque, parmi lesquelles Quintino Sella et les rois de la Maison de Savoie. Le sommet a été conquis le par Edward Whymper et ses six compagnons d'escalade; trois jours plus tard, c'était au tour de l'expédition de Jean-Antoine Carrel et Amé Gorret, originaires de Crétaz, un hameau de Valtournenche. Pour commémorer l'histoire du village et célébrer les guides du Cervin, la Société des guides du Cervin a été fondée au milieu du , au siège de laquelle le Musée des guides du Cervin a été inauguré en .

En 1928, les centrales hydroélectriques interconnectées de Maën et de Tsignanaz, construites par la SIP, ont été inaugurées. La construction du barrage de Tsignanaz s'est caractérisée par l'expropriation de tout le village du même nom, qui a été en partie détruit pendant la construction et en partie submergé par les eaux. L'église du village, qui n'a pas été submergée, et quelques bâtiments immergés sont encore visibles aujourd'hui. Avec la construction des usines hydroélectriques de Valtournenche, le chemin carrossable a été élargi, ce qui a conduit à la construction du tronçon Pâquier-Breuil en 1934.

Toujours en 1934, le promoteur turinois Dino Lora Totino fonde la Società Anonima Cervino (l'actuelle Cervino S.p.A.) et fait construire le premier téléphérique de Breuil-Cervinia, le Breuil-Plan Maison, inauguré en 1936.

À partir des années 1930, la commune de Valtournenche se développe fortement et devient un important centre de tourisme hivernal, notamment dans le hameau de Breuil-Cervinia. Dans les années 1940, les premières remontées mécaniques de Pâquier sont construites vers le hameau de Champléve et juste en dessous de Cheneil.