Claudio Arrau, né à Chillán (Chili) le et mort à Mürzzuschlag (Autriche) le , est un pianiste chilien.
Ayant débuté comme enfant prodige dès l'âge de quatre ans, il est l'un des plus grands pianistes du .
Il se spécialise dans la musique romantique, notamment de Frédéric Chopin, de Robert Schumann, et de Franz Liszt, mais aussi de Ludwig van Beethoven, qu'il interprète avec noblesse et profondeur. Ayant la volonté de « faire corps » avec le piano, il obtient une sonorité hors du commun.
Vu l'étendue de son répertoire, on peut le considérer comme un véritable « encyclopédiste » du piano : il enregistre l'intégrale des sonates pour piano de Mozart et de Beethoven, ainsi que la plupart des œuvres de Chopin, Liszt, Schumann et Brahms. Il est également un interprète reconnu de Bach, Schubert et Debussy.
Il est l'un des artistes phares de la maison de disques Philips, et ses enregistrements bénéficient d'une qualité sonore exceptionnelle.
Biographie
vignette|redresse|gauche|Claudio Arrau, enfant.
Claudio est le fils de Carlos Arrau Ojeda, ophtalmologue, et de la pianiste Lucrecia León Bravo. Reconnu comme enfant prodige (il joue pour le président chilien à l’âge de six ansBiographie de Claudio Arrau sur www.medici.tv), le jeune Claudio Arrau obtient une bourse pour aller étudier à Berlin avec Martin Krause, l'un des derniers élèves de Franz Liszt. Après leur rencontre Krause aurait dit : « cet enfant sera mon chef-d'œuvre ».. Il jouera pour le jeune Arrau beaucoup plus que le rôle d'un simple pédagogue. Il sera en réalité un véritable père de substitution. Dépassant le simple champ de la musique, Krause sera également celui qui initiera Claudio Arrau à la peinture et à la littérature. Arrau restera toute sa vie marqué par l'enseignement de Krause, et au décès de celui-ci, quand Arrau n'a encore que 15 ans, il décide de ne plus suivre d'autre enseignement. Ayant suivi toutes ces années une formation hautement empreinte de culture germanique, Arrau fut longtemps considéré comme un pianiste davantage allemand que sud-américain. De là, également, une prédilection pour les compositeurs allemands dont il se fera une spécialité (Brahms, Schumann, Beethoven) et dont il enregistrera la plupart des œuvres.
Pour autant, son répertoire ne se limite pas au seul . Il est également un interprète remarquable de compositeurs du , comme Claude Debussy. La discographie de l'artiste ne rend que fort peu compte de ses affinités avec la musique contemporaine, puisque si Arrau est interprète de Bach, de Mozart, des romantiques (Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin, Schumann, Brahms), et des modernes (Debussy, Albéniz, Ravel), il l'est aussi de Schönberg.
En 1927, il gagne le Grand Prix de Genève devant un jury composé d’Arthur Rubinstein et Alfred Cortot.
Commençant sa carrière dans les années 1930, il fait sensation lorsqu'il donne à Berlin, en 1935-1936, en un cycle de douze récitals, l'intégrale de l'œuvre pour clavier de Bach (hormis les pièces pour orgue). La concurrence à cette époque est particulièrement rude : Backhaus, Kempff, entre autres, jouent déjà les premiers rôles.
La journaliste Marisol García rapporte, selon le témoignage d'Eleonora Tikas, petite-nièce d'Erika Burkewitz, soprano lyrique de nationalité lettone, qu'Arrau et cette dernière se seraient mariés en 1928 et auraient eu un enfant : Klaudio Burkewitz-Arrau (1929-1949) né à Berlin, en Allemagne. En 1933, Erica Burkewitz et Claudio Arrau se seraient séparés. Leur fils serait décédé en 1949 dans un camp soviétique pour prisonniers de guerre situé à Bautzen, en Allemagne de l'Est...
En 1937, Claudio Arrau épouse une cantatrice allemande, la mezzo-soprano Ruth Schneider (morte en 1989) ; ils auront trois enfants : Carmen (1938-2006), Mario (1940-1988) et Christopher (1959).
En 1940, Arrau quitte Berlin à cause du nazisme, mais muni d'une réputation bien assise, pour s'installer aux États-Unis et y recommencer une nouvelle carrière. Bien qu'il y soit peu connu, le succès ne tarde pas à venir, et dès lors il ne le quittera plus durant les cinquante années qui suivront.
Son interprétation de la sonate de Franz Liszt, des Nocturnes de Chopin, des Ballades de Johannes Brahms et des Préludes de Claude Debussy sont, encore aujourd'hui, des références discographiques. Au début des années 1960, il signe un contrat d'exclusivité avec l'éditeur de disques Philips qui lui permettra d'enregistrer la plus grande partie de son répertoire, dans des prises de son d'une qualité exceptionnelle.
Son jeu se caractérise par un scrupuleux respect de la partition. Dans une interview de 1939, il explique sa conception de l'interprétation : « L'œuvre d'art ne devrait pas être prétexte pour l'interprète à l'exposition de ses propres états d'âme. Ni davantage à l'étalage de soi-même, l'exhibition. C'est le devoir sacré de l'interprète que de communiquer, intacte, la pensée du compositeur dont il n'est que l'interprète ».. Il s'insurgera par exemple contre le fait que le compositeur et pianiste Sergueï Rachmaninov ait, dans un de ses enregistrements, modifié la partition de la seconde sonate pour piano de Chopin. Pour autant, il sait faire respirer le texte, et ses interprétations sont des modèles de l'art de faire sonner et de timbrer le piano. Ne le cédant en rien aux virtuoses du clavier tels Horowitz, sa technique, héritage direct de la technique de Liszt, fait merveille dans les œuvres les plus ardues du répertoire telles que les Variations sur un thème de Paganini de Brahms. Pianiste à l'idiome poétique métaphysique, artiste angoissé (il suivra une psychanalyse pendant plusieurs années), il avait un toucher de velours particulier que le chef d'orchestre Colin Davis décrit ainsi : « Il avait une force énorme, mais sans agressivité. À la place des mains, il avait des pattes et il les plongeait dans le clavier en créant un son très riche, comme un orgue, un son jamais brusque »..
En 1979, Claudio Arrau prit la nationalité américaine en signe de désaccord avec le régime de Pinochet. Il a néanmoins gardé son passeport chilien.
Il reçoit en 1983 le prix national d'Art du Chili.
Claudio Arrau enregistrera jusqu'en 1991 — l'année de sa mort, due à des complications d'une intervention chirurgicale bénigne. Il meurt à l’âge de 88 ans à Mürzzuschlag en Autriche, le 9 .
Distinctions
Discographie
Intégrales En 2016, le label Sony Classical publie une intégrale de ses enregistrements américains réalisés entre 1941 et 1952 pour les labels RCA Victor et Columbia Masterworks, en 12 CD.. En 2018, le label Decca publie une intégrale de ses enregistrements réalisés pour le label Philips, en 80 CD.. En 2022, le label Warner Classics publie une intégrale de ses enregistrements réalisés entre 1921 et 1962 pour les labels Columbia Graphophone, Electrola, HMV, Parlophone et Telefunken, en 24 CD..
Récitals Claudio Arrau in Germany : Pre-War Recordings from the collection of the Rundfukarchiv (Chopin, Beethoven, Mozart, Haydn, Liszt) (Music & Arts) Claudio Arrau, The Early Years, Complete Pre-War Recordings : Balakirev, Busoni, Stravinsky, Liszt, Schubert, Chopin, Debussy, Schumann (1921-1939) (Marston) Récitals au Festival de Schwetzingen : 1963 et 1973 à Schwetzingen : Beethoven : Sonate , Rondo ; Brahms : Variations Haendel (26.05.1963) ; Beethoven : Sonates (20.05.1973) (SWR/Hänssler, 2009) 1954, 1960, 1963 : Mozart : Rondo KV. 485 ; Beethoven : Sonate ; Schumann : Fantaisie ; Debussy : Pour le piano ; Ravel : Jeux d'eau, Alborada del Gracioso ; Liszt : Meine Freuden ; Chopin : Étude ; Mendelssohn : Rondo capriccioso (27.03.1954 à Ludwigsburg) ; Chopin : Ballades , Scherzo , Sonate , Préludes (12.03.1960 à Ludwigsburg) ; Beethoven : Rondo , Sonate ; Brahms : Variations Haendel ; Schumann : Carnaval (26.05.1963 à Schwetzingen) (SWR/Naxos Deutschland, 2018) Récital à Ascona, : Beethoven : Sonate ; Schumann : Fantaisie ; Debussy : Pour le Piano ; Chopin : Étude (Ermitage) Récitals à Londres, BBC Studios, 1959-1960 : Beethoven : Sonate ; Schumann : Fantaisie ; Schoenberg : 3 Klavierstücke (BBC Legends) Récital à Lugano, : Brahms : Variations Haendel, Ravel, Gaspard de la nuit ; Liszt : Gnomenreigen, Mephisto Waltz ; Chopin : Mes Joies (Ermitage) Claudio Arrau in Recital 1969-1977 : Beethoven : Sonates , Variations « Eroica » ; Schumann : Sonate ; Brahms : Sonate (live, Brescia & Turku, 1969-1977) (Music & Arts, 2012) Récital à Ascona, : Beethoven : Sonate ; Liszt : Sonate en si mineur ; Chopin : Ballade , Nocturne , Scherzo (Ermitage) Récital à Salzbourg, : Beethoven : Sonate ; Liszt : Sonate en si mineur, Après une lecture de Dante (Orfeo) Récitals à The Ambassador Auditorium, Pasadena, Californie, 1977, 1981, 1986 : Beethoven, Sonates pour piano n° 7, 13, 21, 23, 26, 30 ; Brahms, Sonate pour piano n° 3 ; Chopin: Fantaisie ; Debussy, Estampes ; Liszt: Sonate en si mineur, Sonate "Après une lecture du Dante" ; Schumann: Études symphoniques (Fist Hand Records, 2025)
Enregistrements, par ordre alphabétique de compositeurs vignette|redresse|Claudio Arrau en 1974.
Albéniz : Iberia, livres I et II (1946-47, US Columbia) Bach : Variations Goldberg (1942), Fantaisie chromatique et fugue, Inventions et sinfonias (1945) (RCA) Bach : Partitas (1991, Philips Classics) Beethoven : Sonates pour piano (1947, US Columbia) Beethoven : Sonates pour piano (American Decca, 1954 ; coffret The Liszt Legacy, Deutsche Grammophon, 2011) Beethoven : Sonates pour piano , 32 Variations WoO 80 (1956-1960, EMI) Beethoven : Sonates pour piano (live, Berlin, Hochschule für Musik, ) ("The Unreleased Beethoven Recital 1959", The Lost Recordings, 2021) Beethoven : Sonates pour piano (live, Stockholm, 1960) (ICA Classics) Beethoven : Sonates pour piano (intégrale, 1962-66), Rondo (1963), 32 Variations WoO 80, Variations Eroica , Variations (1968) (Philips) Beethoven : Sonate pour piano (live, Paris, Télévision française, 1970) (DVD EMI) Beethoven : Sonates pour piano (live, New York, 1975) (APR) Beethoven : Sonates pour piano (quasi intégrale, 1984-1990, manquent les ), 32 Variations WoO 80, Andante favori WoO 57 (1984-1985) (Philips) Beethoven : Variations , Variations Eroica (1941) (Naxos) Beethoven : Variations Diabelli (1952, American Decca) Beethoven : Variations Diabelli (1985, Philips) Beethoven : Les dix sonates pour violon et piano, avec Joseph Szigeti (live, Washington, Library of Congress, 1944) (Vanguard) Beethoven : Sonates pour violon et piano avec Arthur Grumiaux (1975-76, Philips) Beethoven : Les cinq concertos pour piano, Philharmonia Orchestra, dir. Alceo Galliera (1955-59, EMI) Beethoven : Les cinq concertos pour piano, Orchestre royal du Concertgebouw, dir. Bernard Haitink (1964, Philips) Beethoven : Les cinq concertos pour piano, Staatskapelle Dresden, dir. Colin Davis (1984-87, Philips) Beethoven : Concerto pour piano , New York Philharmonic, dir. George Szell (live, New York, Carnegie Hall, 1945) (WHRA) Beethoven : Concerto pour piano , Orchestre de Philadelphie, dir. Eugene Ormandy (1947) (Naxos) Beethoven : Concertos pour piano , Philharmonia Orchestra, dir. Otto Klemperer (live, Londres, 1957) (Testament) Beethoven : Concerto pour piano , Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, dir. Leonard Bernstein (live, The Amnesty International Concert, 1976, Deutsche Grammophon) Beethoven : Concerto pour piano , Orchestre symphonique de la Radiodiffusion de Cologne, dir. Christoph von Dohnányi (live, Cologne, 1959) Beethoven : Concerto pour piano , Orchestre de Philadelphie, dir. Riccardo Muti (live, 1983, DVD Philips « The Golden Age of the Piano ») Beethoven : Concerto pour piano , dir. Charles Munch, Concerto pour piano , dir. Pierre Monteux, Orchestre symphonique de Boston (live, Tanglewood, 1961 et 1960) (WHRA) Beethoven : Triple concerto, avec Henryk Szeryng, Janos Starker, New Philharmonia Orchestra, dir. Eliahu Inbal (1970, Philips)