vignette|redresse|L'Illustration du .
L’Illustration est un magazine hebdomadaire français illustré paru de 1843 à 1944.
Journal de la bourgeoisie républicaine, il s'oppose aux monarchistes, lors de l'instauration de la IIIe République, puis évolue durant l'entre-deux-guerres vers la droite, se montrant hostile au Front populaire.
Sa longue carrière prend fin à la Libération : conformément à l'ordonnance du , il fut interdit comme tous les périodiques qui avaient continué à paraître sous l'Occupation. mais aussi notamment en raison de la présence du rédacteur politique Jacques de Lesdain, proche des idéologies de l’Allemagne nazie..
Une tentative de relancer le même concept en 1945 sous le nom de France Illustration ne rencontre pas le succès et doit cesser en 1955.
Condamné après-guerre, L'Illustration est un document historique, resté dans la mémoire collective française, qui fait depuis 2023 l'objet d'une campagne de numérisation de la BNF sur son site Gallica. En , de 1843 à 1940, soit , sont disponibles en lecture et en téléchargement.
Dans le cadre d'un projet commémoratif rassemblant la presse de la Première Guerre mondiale, les années de guerre 1914-1918 sont disponibles sur le site belge Het Archief.
Histoire du support Fondation En partie inspiré de The Illustrated London News fondé en Jean-Pierre Chuard, Des journaux et des hommes, collection Archives vivantes, Cabédita éditeur, Paris, 1993, ., l’hebdomadaire L’Illustration. Journal universel (selon son titre original) a été fondé d'après une idée du rédacteur en chef du Magasin pittoresque Édouard Charton, associé au journaliste Alexandre Paulin, à l'éditeur suisse Jacques-Julien Dubochet, lesquels apportent un financement, sans oublier le géographe Adolphe Joanne. Charton devient rédacteur en chef et gérant durant la première année ; l'administration générale est confiée à Le référentiel des autorités SUDOC., mais c'est Paulin qui prendra l'ascendant.
Le premier numéro paraît le au prix de pour au format grand folio, deux fois plus cher qu'un hebdomadaire classique, et vise un lectorat bourgeois éclairé ou « libéral ». Comme I’Illustrated London News, l’Illustration s’autoproclame au-dessus de la politique, avec néanmoins un angle culturel assumé de divertir le public. Elle est neutre, et donc dit la vérité : La rédaction est située à Paris, d'abord 33, rue de Seine, puis elle emménage sous le Second Empire au 60, rue de Richelieu, où elle restera , pour enfin terminer au 13, rue Saint-Georges, tandis que l’imprimerie est d'abord celle de Firmin Didot avant de migrer à Saint-Mandé.
En 1859, Victor, le fils d'Alexandre Paulin (directeur de 1844 à 1859), vend ses parts majoritaires à Jean Auguste Marc, un illustrateur et manufacturier originaire de Metz, et dont la famille va diriger le journal jusqu'en 1903. Edmond Texier est nommé rédacteur en chef en 1860.
Prépondérance de l’image vignette|redresse|Une de l’édition du 12 nombre 1904 : le député nationaliste Gabriel Syveton a giflé le ministre de la Guerre du cabinet Combes, Louis André. Dès ses débuts, dans la seconde moitié du , L’Illustration va Jean-Pierre Chuard, Des journaux et des hommes, Cabédita, Lausanne, 1993. mais aussi débaucher les meilleurs graveurs de la place parisienne, contribuant par sa diffusion toujours plus large à la vivacité de la gravure sur boisJean-Noël Marchandiau, « L'Illustration », (1843-1944). Vie et mort d'un journal, Toulouse, Privat, 1987.. Le paraît dans le numéro 26 la première gravure exécutée d'après un daguerréotype.. Par leur action à la tête de L'Illustration, Dubochet, cousin de Töpffer, et Paulin, rénovent l'approche journalistique : rechercher l'information à sa source, envoyer des correspondants ou faire appel à la collaboration des lecteurs comme source événementielle, avec l'impartialité comme objectif. Cette nouvelle politique éditoriale est une révolution à une époque où l'on se contente des dépêches d'agences et où les vues fantaisistes abondent. Peu à peu, est offert au lecteur un accès à l’événement vu par l'image documentaire et, systématiquement, une double page illustrée et légendée montre la primeur de l'image sur le texte. L'international devient également la marque de fabrique du journal. L'Illustration, qui a pour devise d'être un « journal universel », met en place une impressionnante logistique, pour être pratiquement toujours le premier à relater l'actualité du monde, sur les cinq continents.
Sous le Second Empire, Jean Auguste Marc (directeur de 1859 à 1886) se démarque très peu de la ligne éditoriale officielle imposée par le pouvoir. Avec le retour d'une plus grande liberté de la presse, sous la Troisième République, Les choses évoluent. L’arrivée de Lucien Marc (directeur de 1886 à 1903) et l'utilisation progressive de procédés photomécaniques (dès 1880) permettent à l’hebdomadaire de mieux marquer son territoire. Cette politique de « la preuve par l'image » va aller s’amplifiant. Ainsi par exemple, en , L'Illustration est le seul magazine à publier les images authentiques du cuirassé Potemkine, alors que, de leur côté, tous ses concurrents publient des reproductions de navires ressemblants. La couverture de la guerre des Balkans va mobiliser des courriers spéciaux qui, deux fois par semaine, couvriront les à cheval, en chemin de fer, par le biais de 10 compagnies différentes, pour plus de 72 heures de voyage. Ouvert à tous les aspects du monde contemporain, L'Illustration se donne aussi pour mission de diffuser la connaissance et le savoir, sans exclure aucun domaine.
Ayant ouvert, sans trop y croire, le champ du magazine illustré d'après photographies, le journal est peu à peu concurrencé sur son terrain par des supports entièrement illustrés de clichés, notamment les publications de son adversaire le plus redoutable, Pierre Lafitte, présent sur ce terrain dès 1898Juliette Dugal, « Pierre Lafitte. Le César du papier couché », Le Rocambole, , 2000, .. En 1905, la famille Baschet en prend la direction en 1904. René Baschet va, dès lors, se dépenser sans compter pour faire de cette publication le premier journal illustré du monde., avec la collaboration infatigable de Maurice Normand, entré à l’Illustration en 1895, et promu, pour ses qualités professionnelles, rédacteur en chef, en 1903.
L'Illustration pendant la Première Guerre mondiale vignette|Maurice Normand, éditeur-en-chef de 1904 jusqu’à sa mort. Tout au long de la Première Guerre mondiale, le journal diffuse des dessins, des cartes postales et des textes permettant de suivre les évènements sur le front et la vie à l’arrière. Chaque semaine, le journal est ainsi diffusé, alliant la vie militaire et celle de l’arrière. Il est notamment diffusé à la fois sur le front et à l'arrière. Henri Maigrot, dit Henriot, est notamment l’un des dessinateurs les plus prolifiques du journal, illustrant les années de combats et finissant par réunir une partie de ces contributions dans un ouvrage, nommé De l'arrière au front.
De 1914 à 1918, le journal atteint des niveaux records de tirages, mais il connaît quelques difficultés. Dans un article du , il se plaint d’être touchés, comme beaucoup de journaux de la métropole, par la crise du papier. Plusieurs fois, les presses doivent s’arrêter et le journal n’est pas imprimé..
Procédés techniques Tirage À ses débuts L'Illustration enregistre un tirage autour de ; entre 1871 et 1879 le tirage est d'environ exemplaires, mais beaucoup plus lors des années de révolution ou de guerre comme en 1848, 1855 ou 1859. Le tirage passe de à au cours des années 1880 et 1890, puis connaît une baisse sensible. Avec l'arrivée de la photographie, mais surtout de René Baschet à sa tête, le tirage s'envole, faisant de L'Illustration le premier magazine français mais aussi au monde. Le tirage monte à en 1907 et culmine à en 1929..
Ligne éditoriale L’Illustration traitait de tous les sujets d’actualité, que ce soit dans le domaine politique, économique, social, scientifique, artistique ou sportif. Sa marque de fabrique était, comme son nom l’indique, une riche iconographie à chaque numéro (gravures, puis photographies, dessins).
Premières photographies de reportage vignette|La garde-barrière, publiée le 25 juillet 1891. Les premières tentatives de « photogravure » dans L'Illustration remontent à 1883 à partir de photographies de tableaux d'artistes, suivies par des reproductions adoptant le procédé Gillot. Il faut également faire mention des clichés de Félix Nadar reproduits en 1886 par Le Journal illustréMichel Frizot, « L’interview de Chevreul », in Nouvelle Histoire de la photographie, Paris, Bordas/Adam Biro, 1994, . et qui constituent un tournant. Cependant, certains chercheurs comme Raymond LécuyerRaymond Lécuyer, « Photographie et gravure sur bois » in Histoire de la photographie, Paris, Baschet & Cie, 1945, . considèrent que L’Illustration est le premier journal en France à publier, en , une photographie en noir et blanc, celle d'une « garde-barrière » signée Ernest Clair-GuyotL’Illustration, , 25 juillet 1891. : ces images, fortement retouchées et parfois remontées, sont issues de techniques mixtes, empruntant aux techniques photomécaniques (les trames), au dessin, et à la gravure sur bois. En dépit de mention comme « d'après une photographie instantanée », le traitement de l'image offert au lecteur induit un travail de mise en scène. Cependant, en 1897, le magazine commence à publier en similigravure des images d'actualité, un peu floues, comme prises sur le vif, et fait irruption dans le photo reportage mais globalement, la présence de gravures sur bois reste toutefois écrasante..
La publication, en 1891, d'un reportage et de gravures inspirées par les photographies de Joannès Barbier, illustrant le massacre de Bakel, suscite un important scandale médiatique et politique.. En 1900, le tirage utile du journal est de exemplaires. Le suicide de Lucien Marc en fait suite aux mauvais résultats du groupe de presse qui peine à se renouveler face à ses concurrents qui débarquent sur le marché du magazine tout illustré (Félix Juven, Pierre Lafitte, Hachette, etc.).
Après la brève direction de Victor Depaëpe, L'Illustration devient en la propriété de la famille Baschet. Placé à la tête de L'Illustration, René Baschet (1860-1949), fils de Ludovic Baschet et éditeur à succès de la Revue illustrée lancée en 1885, s'entoure de ses deux frères Jacques (critique d'art et ancien fonctionnaire des Beaux Arts), et Marcel, ainsi que d'autres membres de sa famille. En dix ans, le tirage utile va grimper à exemplaires et les abonnements remonter. René Baschet propose à ses lecteurs 50 % d'illustrations en plus. Par l'intermédiaire du photoreporter Léon Gimpel, le magazine publie durant l'année 1907 une première série de photographies en couleurs, puis des photographies aériennes prises depuis un dirigeable.
vignette|redresse|Photographie de Paul Doumer le jour de son investiture à la présidence de la République (une de L'Illustration du ).
La qualité, la recherche du beau, l'excellence, et la rentabilité deviennent le fil conducteur de l'action des Baschet aux commandes du journal. Pour ce faire, le journal s'attache la collaboration des plus grands noms de l'époque sur le texte comme sur l'image : Gabriele D'Annunzio, Alphonse Daudet, Camille Flammarion, Henri Bataille, Paul Bourget, Georges Courteline, Georges Feydeau, Anatole France, Paul et Victor Margueritte, Edmond et Maurice Rostand, Tristan Bernard, Pierre Loti, Georges Clemenceau, Sacha Guitry, etc. De nouveaux dessinateurs et photographes, parmi les plus connus de l'époque, rejoignent l'équipe de collaborateurs de L'Illustration comme Gustave Babin, Louis Rémy Sabattier, Georges Scott, Ludovico Marchetti, …