vignette|droite|300px|La vallée du río Marañón entre Chachapoyas et Celendín. Le río Marañón est une rivière du Pérou, qui rejoint le río Ucayali pour former le fleuve Amazone. Elle parcourt jusqu'à sa confluence avec la rivière Ucayali près de Nauta.

Géographie La haute montagne La rivière naît, à environ d'altitude, du glacier du Nevado de Yapura, dans la cordillère des Andes, à l'est du pays (région du ), à seulement de l'océan Pacifique.

Un torrent, le Gayco, sort du glacier du Nevado de Yapura au flanc de la cordillère Haura. Ce petit ruisseau qui est une des sources hydrologiques du fleuve Amazone traverse les lagunes Santa Ana et Lauricocha et en sort sous le nom de . Après un parcours de , la rivière rencontre le , presque équivalent, et prend en ce lieu le nom de río Marañon. Elle suit ensuite une direction nord-nord ouest, parallèle à la côte Pacifique pendant plus de . Cette portion montagnarde parcourt une vallée presque rectiligne entre la cordillère Occidentale et la cordillère Orientale. Cette section du bassin versant est relativement étroite, et les précipitations n'y sont pas très abondantes comme pour toute la haute montagne andine. Les débits du Marañon et de ses tributaires y sont donc modérés.

Puis le rio Marañon amorce une longue courbe vers l'est, près de Bagua, en un lieu qui constitue une zone de confluence. Il y reçoit tour à tour le río Chamaya, le río Utcubamba, et le . Ce dernier vient du sud de l'Équateur et coule en sens inverse du sien. Ces trois affluents doublent le volume du Marañon qui demeure encore modeste eu égard aux standards amazoniens.

Dans son virage vers l'est, le rio Marañon traverse pendant les plis de la cordillère Orientale par une série de grands défilés nommés « pongos », le premier d'entre eux est le Pongo de Rentema. Puis, il reçoit en rive gauche un affluent beaucoup plus abondant que les précédents, le río Santiago, qui vient aussi d'Équateur et qui augmente le volume de ses eaux de plus d'un tiers. Il franchit juste après le plus impressionnant des défilés, le Pongo de Manseriche. Jusqu'à ce point, le Marañon n'est quasiment pas navigable en raison du grand nombre de cascades et rapides qui se succèdent. Par contre, il existe plusieurs projets controversés de barrages visant à produire de l'électricité, mais aussi à permettre l'irrigation de la côte péruvienne proche dont le climat est quasi désertique.

La plaine Peu après le Pongo de Manseriche, le Marañon entre avec un débit de /s dans l'immense plaine qu'il va parcourir sous divers noms jusqu'à l'Atlantique. Il détermine dès ce point l'axe ouest-est du cours principal du système amazonien.

Après l'entrée dans la plaine amazonienne, le fleuve change totalement d'aspect : son lit est beaucoup plus large, encombré d'îles, les rives sont basses, plates, et fréquemment ennoyées. Jusqu'au confluent de l'Ucayali en aval, il reçoit de grands affluents qui multiplient son débit par quatre, car le piémont et les contreforts andins sont beaucoup plus arrosés que la haute montagne proche. Il reçoit en rive gauche trois affluents qui naissent encore en Équateur : le río Morona (, /s), le río Pastaza (, /s), et le Tigre (, très sinueux, /s). Il reçoit en rive droite le río Samiria (, /s), et surtout le río Huallaga (, /s) dont le cours est parallèle au sien.

Cette section du Marañon est navigable jusqu'au Pongo de Manseriche, il en va de même pour la basse vallée des grands affluents, notamment le río Huallaga.

La naissance de l'Amazone Après avoir parcouru en tout , il fusionne avec le río Ucayali près de la localité de Nauta, dans la région de Loreto. Ensemble, ils donnent naissance à l'Amazone qui porte ce nom jusqu'à la frontière brésilienne plus loin. Cette région est une zone de confluence majeure où convergent de puissantes rivières qui drainent le flanc est très arrosé de la Cordillère des Andes sur du Nord au Sud. Ces rivières transportent d'énormes volumes de sédiments arrachés à la haute montagne. Le sol est marécageux et le parcours des rivières incertain. On y observe de nombreux bras morts et même des lits fossiles qui indiquent que les rivières ont changé de parcours à maintes reprises et le feront sans doute encore.

Après la frontière brésilienne et le confluent avec le rio Javari, les brésiliens attribuent au fleuve le nom de rio Solimões, puis à nouveau celui d'Amazone après la grande ville de Manaus, jusqu'à l'océan. Mais il arrive encore que le fleuve soit nommé Marañon en aval du confluent avec le río Ucayali jusqu'à la frontière avec le Brésil.

Par rapport au río Ucayali qui constitue de loin la branche la plus longue du système amazonien, le Marañon en constitue la branche mère par son débit et la surface de son bassin. Par ailleurs, il détermine la direction générale du fleuve Amazone, de sorte que, au confluent de ces deux énormes rivières, chacune plus puissante que le fleuve Saint-Laurent, il apparaît que c'est bien le río Ucayali qui « se jette » dans le Marañon-Amazone, et non l'inverse.

Affluents vignette|droite|400px|Le Marañón à la hauteur de Bellavista de Jaén.

río Cenepa (, , /s) río Chamaya (, , /s) río Chambira (, , /s) río Chinchipe (, , /s) río Huallaga (, , /s) río Morona (, , /s) río Nucuray (, , /s) río Pastaza (, , /s) río Samiria (, , /s) río Santiago (, , /s) río Tigre (, , /s) río Urituyacu (, , /s) río Utcubamba (, , /s)

(Sources ONERN et Hydro Peru)

Hydrologie, géomorphologie et sédiments Le Marañón est une rivière d'« eaux blanches », c'est-à-dire de couleur laiteuse, car il est chargé de sédiments de la cordillère des Andes. C'est une rivière « tressée », avec beaucoup d'îles, mais aussi des tronçons droits. Le transport de sédiments sur les fleuves de l'Amazonie est au maximum lors des épisodes de fortes pluies et la fréquence de ces évènements augmente pendant les cycles ENSO (El Niño-La Niña). Une étude d'impact environnemental pour le projet hydroélectrique Chadín 2 a estimé à environ 40,5 millions de tonnes annuelles les sédiments qui passeraient sur le lieu du barrage, à la hauteur de Cajamarca.

Or et pétrole Dans la zone métallière de Pataz, Parcoy et Buldibuyo se situent certaines des mines d'or les plus anciennes et les plus productives du Pérou. L'extraction y atteint 17 % de la production officielle totale du Pérou, 117 tonnes. Mais l'exploitation minière ne profite en rien à la population locale, très pauvre.

Entre la confluence avec le Cenepa et le Santiago, il y a également des lavoirs, à la recherche de l'or alluvial qui vient de la cordillère du Condor. C'est une source de conflit avec les communautés autochtones awajún, victimes de la contamination de l'eau par le mercure. Dans ces zones, la présence de l'Etat est très faible et celle de la police pratiquement inexistante.

En 2022, le Pérou a produit de pétrole par jour, dont 39 % issus du bassin du Marañón. Le bassin sédimentaire du Marañón est une zone pétrolière ayant des réserves prouvées de et probables de .

En 2021, les concessions pétrolières, dans le bassin du Marañón, couvraient , exploités par six compagnies, toutes étrangères, ayant des baux d'exploitation allant jusqu'à 40 ans. Parmi elles, le lot 192 contient les réserves de pétrole identifiées comme les plus vastes du pays. La compagnie Plus Petrol Norte a décidé d'abandonner sa concession en , mais a refusé de restaurer les sites affectés par les multiples fuites de pétrole, en alléguant que son contrat ne l'y obligeait pas, ce que l'État péruvien conteste. Dans l'Amazonie péruvienne, plus de sites sont contaminés par l'activité pétrolière.

Des niveaux élevés de plomb ont été détectés dans le sang des indigènes achuar, kichwa et kukama qui vivent dans les zones proches des blocs pétroliers 8 et 192, situés dans les bassins des rivières Marañón, Tigre, Corrientes et Pastaza. Le plomb entraîne des dommages neurologiques permanents et affecte la croissance des enfants. Les sols de ces zones sont contaminés au plomb, baryum, cadmium, chrome hexavalent, hydrocarbures pétrogéniques et autres. Le plomb est ingéré par les organismes à travers l'alimentation en poisson et viande.

Ecosystèmes Depuis ses sources dans les cordillères de Raura et Huayhuash jusqu'à sa confluence avec le Ucayali, le bassin du Marañón traverse 16 grandes catégories d'écosystèmes, telles que définies par le ministère de l'Environnement du Pérou, qui publie par ailleurs une carte nationale détaillée de la couverture végétale.

Zone andine

Zones périglaciaires et glaciaires : au-dessus de . Sols découverts, végétation basse et dispersée, avec des lichens et des mousses, de rares graminées. Les glaciers, qui comprennent des masses de glace et de détritus rocheux, sont en voie de disparition rapide à cause du réchauffement climatique. Prairie de puna humide : en général dominée par des espèces robustes de graminées, des feuilles dures, avec une strate herbacée inférieure diverse, où la végétation est très affectée par le pâturage. Bofedals : écosystème à végétation herbacée hydrophile toujours verte, en coussins, sur des sols inondés ou saturés d'eau courante en permanence. Les sols organiques peuvent être profonds (tourbe). Bois relique haut andin : dominé par des associations de Polylepis, avec des arbres mesurant jusqu'à 2m, distribués en pièces sur des versants rocheux ou escarpés. Jalca : écosystème à végétation herbacée et arbustive humide, avec des caractéristiques climatiques intermédiaires entre la puna humide et le paramo. Il présente des herbiers de 1 à 1.5 m entremêlés à des arbustes de 1 à 3 m. Il partage des espèces botaniques avec la puna et le paramo mais a aussi des endémismes des genres Agrostis, Poa, Festuca, Arcytophyllum et d'autres. Brousse arbustive andine : entre et . La végétation est ligneuse et arbustive, de composition et structure variable, dont la hauteur n'excède pas 4 mètres. Bois saisonnièrement sec inter-andin : son altitude va de 500 à . Dominé par des communautés arborées caduques, incluant dans la strate inférieure des espèces herbacées saisonnières. Les cactaceae d'allure arborescente y sont notoires, abondants et en grande partie endémiques.

Zone yunga

Bois de montagne pluvial de yunga : écosystème forestier sur les versants orientaux des Andes, entre 2500 y 3600 m, à la physiographie très accidentée. Bois à dais fermé comprenant jusqu'à trois strates. Canopée à 15m avec certains arbres émergents de 20m. Grande richesse floristique et abondantes épiphytes. A la limite avec la prairie de puna se trouve un bois nain de 2 à 3 m de haut, formé d'Ericaceae, Solanaceae, Asteraceae, Polemionaceae, Rosaceae. Bois de montagne de yunga : sur les versants orientaux des Andes, entre 1500 y 2500 m, avec de fortes pentes. Bois à dais fermé de 18 à 25 m de haut, avec quelques arbres émergents de 30 m et une grande richesse floristique. Selon l'orientation de la pente, il peut être constamment couvert de brume. Présence d'abondantes épiphytes, bromeliaceae et orquidiaceae. Fougères arborescentes atteignant 10 m de haut et des diamètres de 20 cm, principalemente du genre Cyathea. Bois de basse montagne de yunga : écosystème non nébuleux, entre 300 et . Dais fermé à 25 m de haut, avec quelques arbres émergents jusqu'à 35 m de haut. Composition floristique de transition entre la basse Amazonie et la yunga avec présence d'épiphytes.

Zone forêt tropicale

Bois de haute colline : écosystème amazonien, entre 90 y 300 m d'altitude, sur terrains non inondables, avec des pentes modérées à fortes. Lorsqu'ils sont victimes de déforestation, les pluies causent une forte érosion. Ils ont un sous-bois dense et la végétation peut présenter 3 ou 4 strates, avec une canopée jusqu'à 25 m de haut et des arbres émergents atteignant 35 m, les arbres étant moins hauts au sommet des collines. Bois de colline basse : sous-bois dense, cimes des arbres à 25 ou 30 m et des individus émergents jusqu'à 35 m et plus.