Le prince Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld est un feld-maréchal du Saint-Empire servant dans l'Armée impériale, né le à Cobourg et mort le dans cette même ville. Il commence sa carrière militaire à l'âge de 18 ans dans un régiment de cuirassiers avec lequel il prend part à la guerre de Sept Ans. Sa bravoure lui permet d'accéder rapidement aux grades supérieurs : colonel en 1759, il devient officier général au cours des années suivantes et, à ce titre, prend la tête d'un corps d'armée lors de la guerre austro-turque. Il guerroie avec succès en Moldavie où il remporte les victoires de Focşani, Râmnic et Martinestje contre les Ottomans, ce qui lui vaut la dignité de feld-maréchal en 1789.
Son expérience le désigne pour prendre le commandement suprême de l'Armée impériale au début des guerres révolutionnaires. Il triomphe à la bataille d'Aldenhoven, puis à la bataille de Neerwinden en , mais ces victoires sont éclipsées quelque temps plus tard par la défaite de Wattignies qui marque un coup d'arrêt à sa progression. En 1794, il est battu par le général Jourdan à Fleurus et doit abandonner les Pays-Bas du Sud. À la suite de cet échec, il est relevé de son commandement et se retire dans ses terres de Cobourg. Il est Inhaber (propriétaire) d'un régiment de dragons de 1769 à 1802 puis d'un régiment d'infanterie de 1802 à 1815.
Biographie
Du cavalier au feld-maréchal, 1756–1790 Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld naît à Cobourg dans la nuit du 26 au . Il est le plus jeune fils du duc François-Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de la princesse Anne-Sophie de Schwarzbourg-Rudolstadt. Il choisit très tôt de s'orienter vers une carrière militaire.. Il entre dans l'Armée impériale le comme Rittmeister au régiment de cuirassiers Anspach. Le jeune prince — il n'a alors que 18 ans — fait ses premières armes lors de la guerre de Sept Ans et s'y distingue par sa bravoure. Il se bat à Lobositz, Prague et Hochkirch, où il est grièvement blessé, puis à Landshut et Liegnitz. Entre-temps, il a reçu son élévation au grade d’Oberstleutnant le , avant d'être fait Oberst (colonel) le de l'année suivante..
vignette|gauche|Accueil du prince de Saxe-Cobourg par la population de Bucarest, 1789.
Après la fin des hostilités, Saxe-Cobourg est nommé successivement général-major le , Feldmarschall-Leutnant le et General der Kavallerie le , associé au poste de gouverneur militaire de la Galicie et de la Bucovine. Il obtient en outre la charge d’Inhaber (propriétaire) du régiment de dragons en 1769. Les affrontements reprennent avec la guerre de Succession de Bavière, à laquelle il participe de 1778 à 1779. En 1788, il est envoyé sur le front ottoman à la tête d'un corps d'armée et envahit la Moldavie. Après une série de combats victorieux face à l'armée d'Ibrahim Pacha, le prince vient mettre le siège devant la ville de Chocim le . La place capitule le , livrant aux Impériaux un important matériel.
Saxe-Cobourg continue sur sa lancée et, avec le concours des troupes russes du général Souvorov, bat les Ottomans à Focşani le . Fait chevalier de l'ordre militaire de Marie-Thérèse, il remporte une nouvelle victoire sur les Turcs lors de la bataille de Râmnic le , et sort vainqueur à Martinestje le lendemain. À la suite de cet affrontement, il est élevé à la dignité de feld-maréchal le . Il se lance ensuite à la conquête de la Valachie et s'empare de Bucarest, où il est accueilli avec enthousiasme par la population. Il conclut sa campagne par la prise d'Orșova en .
Guerres révolutionnaires, 1793–1794
Premières victoires en Belgique et en France vignette|upright=1.5|La bataille de Neerwinden, le 18 mars 1793, s'achève sur une victoire décisive de Cobourg. Sur cette aquarelle de Johann Nepomuk Geiger, le prince reçoit les généraux français prisonniers.
Au mois de , le prince de Saxe-Cobourg est nommé Reichsgeneralfeldmarschall, grade qui lui est confirmé par décret le , et commandant en chef de l'armée impériale dans les Pays-Bas. Le Saint-Empire est alors partie prenante de la Première Coalition contre la France révolutionnaire. Le , Cobourg attaque le corps de réserve français sous le commandement du général Lanoue à Aldenhoven ; chargés par la cavalerie impériale, les troupes révolutionnaires sont mises en déroute, perdant hommes, sept canons et deux drapeaux. Deux jours plus tard, les Français abandonnent le siège de Maastricht.. Le , Cobourg se heurte près de Neerwinden à l'armée française du général Charles François Dumouriez. Les effectifs s'équilibrent à environ hommes de part et d'autre. En position défensive, le prince divise son armée en trois groupes : l'archiduc Charles à droite, Colloredo et le duc de Wurtemberg au centre et enfin Clerfayt à gauche avec les réserves. L'attaque française commence au matin, bouscule le flanc gauche des Impériaux et enlève Neerwinden, mais Clerfayt parvient à rétablir la situation et reprend le village après une lutte acharnée. Assaut après assaut, Dumouriez tente vainement de percer les lignes de Cobourg.. Il ordonne la retraite le matin du , après avoir perdu hommes et 30 canons, contre seulement pertes chez les impériaux.. Le , Cobourg défait une dernière fois Dumouriez à Louvain.
La victoire de Neerwinden ouvre à l'armée de Cobourg les portes de la Belgique.. À ce stade, le prince est partisan d'une entente diplomatique avec la France en vue de mettre fin à la guerre, allant même jusqu'à déclarer : . Durement sermonné par le cabinet de Vienne, il est toutefois contraint à l'action.. Les forces de la Coalition, comprenant l'armée impériale et le corps anglo-hanovrien auxquels s'ajoute un contingent néerlandais, totalisent alors hommes sous les ordres de Cobourg. Ce dernier assiège rapidement Condé-sur-l'Escaut et Valenciennes qui capitulent au mois de , créant une brèche dans le dispositif de défense français.. Parallèlement aux opérations de siège, il remporte les batailles de Raismes, le , et de Famars le . Il obtient ensuite la reddition du Quesnoy le , mais ses alliés échouent à enlever Dunkerque.. La situation stratégique reste cependant très favorable à la Coalition :
Le temps des revers : Wattignies et Fleurus vignette|gauche|upright=1.5|L'infanterie française enlève les positions des Impériaux lors de la bataille de Wattignies, le 16 octobre 1793.
Cambrai et Bouchain, dépourvues de garnison, sont à la merci de Cobourg, mais le commandant de l'armée impériale choisit d'abord de prendre Maubeuge.. Le siège commence le .. De son côté, pressé par le Comité de salut public, le général Jean-Baptiste Jourdan, nouveau commandant en chef de l'armée française du Nord, décide de prendre l'offensive pour battre les forces de Cobourg et libérer Maubeuge.. L'armée impériale prend position sur les hauteurs de Wattignies que le prince fait fortifier et garnir d'artillerie. Confiant dans ses chances de succès, il déclare : , un mot peut-être apocryphe. La bataille de Wattignies débute le . Les attaques françaises se succèdent toute la journée mais sont refoulées de partout, aussi bien à droite qu'à gauche et au centre, si bien que Cobourg croit la bataille gagnée. Cependant, les combats reprennent le lendemain avec la même intensité ; emmenés par leurs chefs, Jourdan et Carnot en tête, les Français se rendent maîtres du terrain en dépit des efforts des troupes de Cobourg. Tardivement renforcé par le duc d'York, Cobourg ordonne la retraite derrière la Sambre et lève le siège de Maubeuge. Son armée prend peu après ses quartiers d'hiver et reste inactive jusqu'en avril de l'année suivante..
À cette date, le prince lance une offensive contre la forteresse de Landrecies qui, selon la stratégie des coalisés, doit servir de point de concentration des armées alliées avant d'entamer la marche sur Paris.. Cobourg dispose pour cette campagne d'environ hommes., répartis entre les forces du prince de Kaunitz à gauche, les siennes au centre et celles du comte de Clerfayt à droite.. Arrivé depuis peu au quartier-général des armées à Valenciennes, c'est l'empereur François II en personne qui dirige l'ensemble, supplantant ainsi Cobourg au commandement suprême des forces de la Coalition. Landrecies, rapidement assiégée, capitule le en dépit des tentatives de secours du général Pichegru. Le manque de coordination entre les généraux et les rivalités qui les opposent affectent cependant la cohésion du haut commandement allié. Cobourg est sévèrement battu à la bataille de Tourcoing le , laissant sur le terrain hommes et six canons. Mack, le chef d'état-major, qui a parlé avant le combat d' l'armée française, est remplacé. Le prince prend sa revanche quelques jours plus tard à Tournai où il contraint Pichegru à la retraite après lui avoir infligé des pertes d'environ . Le retour de l'empereur à Vienne intervient dès le , ce qui permet à Cobourg de reprendre la direction générale des opérations.
vignette|upright=1.5|Le prince de Saxe-Cobourg est vaincu par Jourdan lors de la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794, un événement représenté ici par le peintre Jean-Baptiste Mauzaisse.
Le général en chef des armées de la Coalition a alors face à lui deux armées françaises, bientôt renforcées par une troisième sous le commandement de Jourdan. Le , ce dernier a déjà réussi à expulser Beaulieu de la ville d'Arlon ; puis, refoulant le corps du prince de Kaunitz, ses troupes ont franchi la Sambre et mis le siège devant Charleroi. Devant l'urgence de la situation, Kaunitz, trop faible pour s'interposer, sollicite l'appui de Cobourg. Celui-ci, après plusieurs jours de marches forcées, arrive enfin à proximité de la place le et se prépare aussitôt à livrer bataille, sans savoir que Charleroi s'est rendu la veille aux assiégeants. Les forces françaises se retranchent sur les hauteurs de Fleurus, avec Kléber à Trazegnies, Championnet à Heppignies et les deux divisions Marceau et Lefebvre à Lambusart. De son côté, supervisant lui-même les opérations à gauche, Cobourg délègue le commandement du centre au général Quasdanovich et celui de l'aile droite au prince d'Orange. Les attaques s'effectuent cependant sans coordination aucune dans le camp des Alliés. Orange s'élance le premier mais est tenu en échec devant Trazegnies ; puis c'est au tour de Quasdanovich d'entrer dans l'action, qui parvient dans un premier temps à arracher Heppignies avant d'en être chassé par une contre-attaque conjuguée des troupes de Jourdan et de Championnet. Le prince de Cobourg, enfin, s'engage en dernier avec la colonne de droite avec laquelle il se dirige sur Lambusart. La division Marceau est très vite accablée sous le nombre et il faut l'intervention de Lefebvre, puis des réserves commandées par Jourdan pour rejeter les Impériaux de la localité. Tenu en échec sur l'ensemble du front, et informé sur ces entrefaites de la capitulation de Charleroi, le prince se résout à battre en retraite.. Les pertes s'équilibrent à environ hommes dans les deux camps..
La défaite de Cobourg à Fleurus entraîne la perte de Bruxelles le et, à court terme, de toute la Belgique. Le 16, peu après la chute de Namur, il est vaincu une dernière fois par Jourdan aux environs de Louvain.. À la suite de cet ultime revers, il demande à être relevé de son commandement tout en rejetant la responsabilité de la défaite sur ses subordonnés, qu'il accuse d'avoir volontairement fait échouer la campagne pour intriguer contre lui. Le prince est démis de ses fonctions le et est remplacé le par le comte de Clerfayt. Il se retire ensuite dans ses terres de Cobourg où il meurt le , à l'âge de 77 ans.
Famille Frédéric Josias est le frère cadet de Christian François de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1730–1797), qui a également fait carrière dans l'armée sans dépasser toutefois le grade de général-major. Son neveu, Louis Charles Frédéric de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1755–1806), devient quant à lui Feldmarschall-Leutnant en 1796.