, né le à Naples et mort le à Arco, en Autriche-Hongrie (aujourd'hui dans le Trentin), est le dernier roi du royaume des Deux-Siciles, entre 1859 et 1861, avant l'unification italienne et la création du royaume d'Italie. Destitué de son titre après l'invasion de son royaume par les troupes de Garibaldi, il mène avec son épouse, Marie-Sophie en Bavière, la résistance face à l'envahisseur depuis Gaëte..
Après la défaite, le roi se réfugie avec son épouse à Rome où ils maintiennent un gouvernement en exil, reconnu par certaines puissances catholiques, comme l'Espagne, l'Autriche et la Bavière. Après la victoire des Prussiens contre l'Autriche en 1866, lors de la guerre austro-prussienne, et l'expansion ultérieure du territoire italien, le roi met un terme à son gouvernement et quitte Rome avant son occupation par les garibaldiens en 1870.
Famille
des Deux-Siciles est le fils du roi et de sa première épouse, Marie-Christine de Savoie, fille du roi de Sardaigne, morte en le mettant au monde (béatifiée en 2014). Il est donc élevé par l'archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg-Lorraine-Teschen (née Marie-Thérèse d'Autriche), seconde épouse de son père. Il reçoit de sa belle-mère et de son père une éducation fortement religieuse, dispensée par des pères jésuites.
Il épouse à Bari le Marie-Sophie en Bavière, sœur de l'impératrice d’Autriche, qui s’avéra une épouse forte et courageuse pendant les vicissitudes du court règne de son mari. Après des débuts plutôt difficiles, le couple n'a qu'une fille, morte à trois mois :
Pia Marie Anne Isabelle Nathalie, née au palais Farnèse, Rome, le et morte au même lieu le . Elle est tenue sur les fonts baptismaux, le , par le pape Pie IX et par Marie-Anne de Sardaigne, impératrice douairière d'Autriche.
Règne
Accession au trône gauche|vignette|Portrait de vers 1859. monte sur le trône à l'âge de 23 ans, après la mort prématurée de son père. Il gouverne sous la férule de sa très autoritaire et très conservatrice belle-mère, la reine Marie-Thérèse. Cette dernière, anti révolutionnaire, est farouchement opposée à la réunification italienne et réprime les mouvements républicains qui soutiennent l'action de Garibaldi.
En mars 1860, il ne reste, dans ce qui constitue la future Italie, que trois États : le royaume de Piémont-Sardaigne, les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles, auxquels il faut ajouter l'empire d'Autriche de François-Joseph qui possède encore de solides intérêts dans la péninsule italienne, avec la Vénétie, le Trentin, le Frioul et la région de Mantoue. Par ailleurs, la France tient à la fois le rôle de puissance protectrice du Pape et de principal allié du royaume de Piémont-Sardaigne, dont elle verrait cependant bien le territoire se limiter à l'Italie septentrionale. Cette ambiguïté permet à l'empereur de conserver une influence importante sur les affaires italiennes, influence qui se révèle décisive en 1860.. En effet, empêche, par son absence de soutien, une action du royaume de Sardaigne contre l'Autriche, et une action contre Rome par son opposition explicite. Il ne reste donc pour le Piémont qu'une seule cible : Naples.
Politique interne Plusieurs rébellions ont éclaté dans le royaume des Deux-Siciles dans la première moitié du , toutes réprimées par les Bourbons : l'insurrection de 1820, la révolution calabraise de 1847, la révolution indépendantiste sicilienne de 1848, l'insurrection calabraise de la même année, et le mouvement constitutionnel de Naples, toujours en 1848.
D'un point de vue militaire, maintenir des liens étroits avec l'empire d'Autriche est fondamental pour les Deux-Siciles. Par deux fois, les Bourbons retrouvent leur trône grâce à l'intervention des armées autrichiennes : en 1815, l'Autrichien Federico Bianchi défait l'armée de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon, lors de la bataille de Tolentino et, en 1821, l'Autrichien Johann Maria Philipp Frimont bat les troupes de Guglielmo Pepe lors des batailles de Rieti et d'Antrodoco.
Les mazziniens et la Sicile gauche|vignette|245x245px| et l'ambassadeur français Anatole Brénier de Renaudière. En 1860, la seule force opposée aux Bourbons qui montre sa volonté de prendre les armes est l'autonomisme sicilien. Les souvenirs de la longue révolution de 1848 sont encore vifs dans l'île, où la répression par les Bourbons a été particulièrement dure. Par la suite, les tentatives du gouvernement napolitain de parvenir à un règlement politique sont restées sans effet. L'intolérance ne se limite pas aux classes dirigeantes, mais concerne une grande partie de la population urbaine et rurale qui s'associe au , comme le prouve leur adhésion dans les rangs des volontaires de Garibaldi de Marsala à Messine, jusqu'à la bataille du Volturno..
Beaucoup de cadres dirigeants de la révolution de 1848 (y compris Rosolino Pilo et Francesco Crispi) ont fui à Turin. Ils participent à la deuxième guerre d'indépendance et adoptent une position politique résolument libérale et unitaire. Ce sont ces mazziniens qui voient, dans la Sicile insurrectionnelle, dans l'intervention de Garibaldi et dans la maison de Savoie, les éléments de base pour le succès de la cause unitaire.. Le , Giuseppe Mazzini écrit une lettre d'incitation à la rébellion aux Siciliens et déclare : . alt=|vignette|308x308px|Photographie de . Début mars, Pilo s'adresse à Garibaldi, d'abord en lui demandant des armes, puis en l'invitant à une intervention directe. Garibaldi juge inopportun tout mouvement révolutionnaire qui n'a pas une bonne chance d'aboutir. Il veut conduire la révolution si elle est demandée par le peuple, et au nom de (). Avec l'aide des populations locales et le soutien du Piémont, Garibaldi peut éviter l'échec comme les désastres des actions précédentes des frères Bandiera et de Carlo Pisacane.
Bien qu'il n'ait pas reçu le soutien de Garibaldi, Pilo se rend en Sicile le avec l'intention de préparer le terrain pour une future expédition. Accompagné de Giovanni Corrao, un autre mazzinien, Pilo arrive à Messine et prend immédiatement contact avec les représentants des familles les plus importantes. De cette manière, il obtient l'appui des propriétaires fonciers. Les barons, en fait, une fois la force expéditionnaire débarquée, mettent à disposition leurs bandes, les .
La révolte de la Gancia La révolte débute le à Palerme par un épisode immédiatement réprimé qui a pour protagonistes, sur le terrain, Francesco Riso et, loin du théâtre d'opération, Francesco Crispi, qui coordonne l'action des révoltés depuis GênesSalvatore Vecchio, La terra del sole: antologia di cultura siciliana, Vol. 2 - Dal Risorgimento ai nostri giorni, Caltanissetta, Terzo millennio, 2001. page 15 .. En dépit de son échec, l'action donne naissance à une série de manifestations et d'insurrections, dont la marche de Rosolino Pilo de Messine à Piana dei Greci du 10 au . À ceux que Pilo rencontre le long du parcours, il annonce qu'ils doivent se tenir prêts . La nouvelle du soulèvement est confirmée sur le continent par un télégramme chiffré envoyé par Nicola Fabrizi le . Le contenu du message n'est guère encourageant et accroît l'incertitude de Garibaldi au point qu'il renonce, dans un premier temps, à l'idée d'une expédition. Pour ceux qui soutiennent l'entreprise, c'est une déception. Francesco Crispi, qui avait décodé le télégramme, prétend s'être trompé et en fournit une nouvelle version, vraisemblablement falsifiée, qui convainc Garibaldi d'entreprendre l'expédition.
Débarquement de Garibaldi gauche|vignette|333x333px|Le début de l'expédition : l'embarquement à Quarto, un quartier de Gênes. Le , ne disposant pas de munitions, ni de poudre, Garibaldi décide de s’arrêter à Talamone, sur la côte toscane, où il sait qu'il y a un fort militaire. En plus de munitions, il y récupère trois vieux canons et une centaine de carabines de la garnison de l’armée sarde stationnée dans le fort.
Le , Cavour, inquiet des agissements de Garibaldi, ordonne (par l’intermédiaire du gouverneur de Cagliari) au commandant des forces navales sardes Carlo Pellion di Persano, qui est à la tête d’une division composée de trois frégates, d’arrêter l’expédition des Mille si Garibaldi fait escale dans un port de la Sardaigne, mais de ne pas s’interposer s’il poursuit sa route.
Un deuxième arrêt est effectué le , dans les environs de Porto Santo Stefano (le chef-lieu de Monte Argentario), pour l’approvisionnement en charbon. Garibaldi obtient des armes et du charbon de manière officielle, en sa qualité de major-général de l’armée royale, titre qu'il a obtenu lors de la campagne de 1859..
Pour éviter les navires bourboniens, Garibaldi suit une route inhabituelle, se dirigeant vers l’île de Marettimo donnant ainsi le sentiment de vouloir faire escale en Tunisie. Garibaldi a l’intention de débarquer à Sciacca, mais il se déroute vers Marsala en apprenant de l’équipage d’un voilier anglais et d’un bateau de pêche que le port de la ville n'est pas protégé par les navires bourboniens. Les bateaux à vapeur arrivent le pendant que la diplomatie piémontaise s’unit au chœur européen de protestations contre l’acte de piraterie du « bandit Garibaldi » : tel est le statut juridique de Garibaldi pour le Piémont. À Marsala, les garibaldiens ne reçoivent pas l’accueil espéré : la population montre peu d’enthousiasme, inquiète du débarquement de cette horde de conquistadors avec laquelle elle ne veut pas se compromettre. Leurs forces augmentent grâce aux débarquements successifs de troupes sardes habillées en civil et à la libération des prisonniers extraits des geôles bourboniennes. .. vignette|Le parcours de l’expédition. Le débarquement de Garibaldi est favorisé par plusieurs circonstances, notamment la présence dans le port de Marsala de deux navires de guerre de la , l’Intrepid et l’Argus, venus protéger les entreprises britanniques de la localité, les magasins vinicoles Woodhouse et Ingham.. L'action du commandant Acton de la marine royale des Deux-Siciles, aux commandes du Stromboli, s'en trouve entravée et cette présence retarde l'arrivée des bateaux de guerre bourboniens dans les eaux de Marsala. Les bombardements du Stromboli et du Partenope débutent alors que les garibaldiens ont déjà débarqué, ce qui s'avère stérile.
En outre, les commandants bourboniens, ignorant les recommandations des services de renseignement napolitains, à peine un jour avant le débarquement, ont fait rapatrier à Palerme la colonne du général Letizia et du major d'Ambrosio pour faire face à la menace insurrectionnelle dans la capitale sicilienne.
Le , les garibaldiens quittent Marsala et progressent rapidement et facilement vers l'intérieur de l'île. Dans les jours qui suivent, un millier de volontaires siciliens se joignent à l'expédition, dont des prêtres franciscains. Les volontaires sont regroupés au sein d’une nouvelle structure militaire, les chasseurs de l'Etna.
Le à Salemi, après un accueil enthousiaste qui le rassure quant à la participation de la population, Garibaldi déclare assurer la dictature de la Sicile au nom de .
Le , Garibaldi occupe définitivement la capitale de l'île. La nouvelle se diffuse dans le monde et l'opinion publique prend fait et cause pour l'expédition. Au Royaume-Uni, les ouvriers de Glasgow et de Liverpool offrent des journées de travail afin de soutenir l'expédition. L'Illustration envoie Jules Duvaux comme envoyé spécial et le peintre Durand-Brager est employé par Le Monde illustré. Le Siècle lance un appel pour la récolte de fonds et l'enrôlement de volontaires.