Georges Bernanos, né le dans le de Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain français.
Issu d'une famille d'origine lorraine et espagnole, Georges Bernanos passe sa jeunesse à Fressin, en Artois, région du Pas-de-Calais qui constitue le décor de la plupart de ses romans. Il suit des études de droit à l'Institut catholique de Paris. Il participe à la Première Guerre mondiale dans les tranchées (brigadier à la fin de la guerre) et y est plusieurs fois blessé. Il obtient le succès avec ses romans Sous le soleil de Satan, en 1926, et Journal d'un curé de campagne, en 1936. Membre de l'Action française lorsqu'il était jeune étudiant, Georges Bernanos va rapidement rompre avec les idées de ce type de partis politiques dont il ne manquera pas de dénoncer publiquement les travers.
Au cours de la guerre d'Espagne, il fut notamment témoin des exactions commises par les hommes de Francisco Franco avec le soutien du clergé local sur les populations civiles, un tout qu'il eut à cœur de dénoncer dans Les Grands Cimetières sous la lune (1938). Une blessure handicapant à vie l'une de ses jambes à la suite de la Première Guerre mondiale l'empêche de participer à la Seconde comme il l'aurait voulu. Il se retire donc au Brésil en 1938, et y soutient activement de Gaulle contre Pétain. Ses deux fils (Yves et Michel) ainsi que son neveu (Guy Hattu) s'engagent dans la France libre dès 1940.
Dans ses œuvres, Georges Bernanos, catholique fervent, explore le combat spirituel du Bien et du Mal, en particulier à travers le personnage du prêtre tendu vers le salut de l'âme de ses paroissiens perdus, ou encore par des personnages au destin tragique comme dans Nouvelle histoire de Mouchette.
Au cours de sa vie, Bernanos a pris de la distance avec les idées monarchistes et antisémites qu’il revendiquait dans sa jeunesse. Ainsi Stefan Zweig (pour avoir rencontré Bernanos à plusieurs reprises au Brésil) mais également Elie Wiesel, Alain Finkielkraut ou encore Bernard-Henri Lévy font partie de ces auteurs et philosophes qui apprécient la pensée et les combats de Georges Bernanos, menés notamment contre le franquisme (condamné sans ambigüité dans Les Grands Cimetières sous la lune), le fascisme et le totalitarisme.
Biographie Enfance vignette|gauche|Plaque sur la maison natale à Paris, 28, rue Joubert. vignette|gauche|La maison des Bernanos à Fressin. Bien qu'une plaque commémorative soit placée au de la rue Joubert, dans le de Paris, Georges Bernanos est né en réalité au 26. Son père, Émile Bernanos (à l'état civil Jean François. Bernanos, 1854-1927), est un tapissier décorateur d'origine lorraine. (Bouzonville ou Busendorf, proche de la frontière allemande) et espagnole. Sa mère, Hermance Moreau (à l'état civil Marie-Clémence, 1855-1930), est issue d'une famille de paysans berrichons originaire de Pellevoisin, dans l'Indre. Ses parents se rencontrent. au château de Montbel, propriété des La Rochefoucauld-Montbel. Il garde de son éducation la foi catholique et les convictions monarchistes de ses parents. C'est en platt que sa grand-mère paternelle, née à Monneren, lui aurait appris ses prières. Il passe une grande partie de sa jeunesse à Fressin en Artois. Cette région du Nord marque profondément son enfance et son adolescenceSes biographes ont remarqué qu'il ne parle pratiquement jamais des périodes qu'il passe à Paris de 1897 à 1924. et constituera le décor de la plupart de ses romans.
À Paris, en 1897, il entre en sixième au collège des pères jésuites de la rue de VaugirardCharles de Gaulle y entre comme élève au même moment, mais il n'est pas certain que lui et Bernanos se soient connus ou fréquentés.. Il y reste trois ans et n'en garde pas un bon souvenir, se plaignant de la liberté de penser remplacée par « le dressage du cirque », pour lui, des . Il fait sa communion solennelle en 1899. Il a 13 ans quand il lit Honoré de Balzac ; il déclare plus tard que cette lecture a été la découverte la plus marquante de son adolescence. En 1901, la loi sur les congrégations contraint les jésuites à fermer leur établissement. Georges Bernanos entre interne au petit séminaire de Notre-Dame-des-Champs, mais il ne s'y adapte pas et est orienté en 1903, pour son année de rhétorique, vers un autre établissement, le petit séminaire de Bourges, où il se sent enfin à son aise. Il échoue cependant en juin et en octobre à l'oral du baccalauréat. Sur la recommandation du curé de Fressin, il entre en 1904 au collège Sainte-Marie d'Aire-sur-la-Lys, en Artois. Il est enfin reçu au baccalauréat en 1906. De retour à Paris, il obtient sa licence de lettres et de droit à l'Institut catholique, pour le paragraphe sur le cursus scolaire..
Entre 13 et 15 ans, il lit énormément, appréciant particulièrement Honoré de Balzac. Ses autres auteurs de prédilection sont Barbey d'Aurevilly, Hugo, Michelet, Pascal et Walter ScottGilles Bernanos, « Chronologie », dans Georges Bernanos, Œuvres romanesques complètes, Paris, éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I, p. et .. Son père, le matin, lit à haute voix le journal La Libre Parole, avec lequel il découvre Édouard Drumont, qui aura une influence sur ses premières pensées politiques, et dont il souhaitera rédiger une sorte de biographie (La Grande Peur des bien-pensants, sous-titrée Édouard Drumont, 1931).
Premiers engagements et premières œuvres Vers ses 17 ans, il correspond longuement avec l'abbé Lagrange. Il envisage un temps de devenir prêtre, mais abandonne par manque de vocationGilles Bernanos, « Chronologie », dans Georges Bernanos, Œuvres romanesques complètes, Paris, éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I, p. .. Catholique fervent et, dans sa jeunesse, monarchiste passionné, il milite au départ dans les rangs de l'Action française en participant aux activités des Camelots du roi pendant ses études de lettres. Dans cette période étudiante il fréquente Charles Maurras, avec lequel il rompra après la Première Guerre mondiale.
Il prend ensuite la tête du journal L'Avant-garde de Normandie, jusqu'à la Grande Guerre. Réformé (Georges Bernanos avait été incorporé au de dragons à partir d' pour effectuer son service militaire mais avait été réformé dès novembre de la même année), il décide tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire, d'abord dans l'aviation, en particulier à Issy-les-Moulineaux et sur la future base aérienne 122 Chartres-Champhol, puis dans le de dragons. Il est plusieurs fois blessé. C'est après la guerre qu'il rompt définitivement avec l'Action française.
Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d'Arc (1893-1960), descendante d'un frère de Jeanne d'Arc, il mène à l'époque une vie matérielle difficile et instable (il est employé par une compagnie d'assurances), dans laquelle il entraîne ses six enfants et son épouse à la santé fragile.
Par nécessité ou par goût, il est longtemps un adepte de la moto comme moyen de transport quotidien, et cette pratique se retrouve dans ses œuvres. Ainsi, dans Les Grands Cimetières sous la lune, il évoque ses chevauchées à travers l'île de Majorque pendant la guerre d'Espagne, afin de porter aide et assistance aux populations civiles : « Comme à l'avant-dernier chapitre du Journal d'un curé de campagne, la haute moto rouge, tout étincelante, ronflait sous moi comme un petit avion.. »
Ce n'est qu'après le succès de Sous le soleil de Satan que Bernanos peut se consacrer entièrement à la littérature. En moins de vingt ans, il écrit l'essentiel d'une œuvre romanesque où s'expriment ses hantises : les péchés de l'humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.
Sous le soleil de Satan thumb|Immeuble de Bar-le-Duc (Meuse) où Bernanos écrivit son premier roman Sous le soleil de Satan. Écrit à Bar-le-Duc, non loin des tranchées de Verdun et de Saint-Mihiel, et publié en 1926 chez Plon, sur la recommandation de l'écrivain Robert Vallery-Radot auquel il est dédié, ce premier roman est un succès aussi bien public que critique. André Gide place Bernanos dans la lignée de Barbey d'Aurevilly, mais , ajoutera MalrauxAndré Malraux, préface au Journal d'un curé de campagne, Paris, éd. Plon, 1974..
Sous le soleil de Satan est, selon Bernanos, un Entretien avec Frédéric Lefèvre dans Essais et écrits de combat, Paris, éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I.. Il commence à l'écrire pendant un séjour à Bar-le-Duc, en 1920, époque où pour lui . Il confie et , mais ne pas vouloir .
Inspiré du curé d'ArsGeorges Bernanos, Œuvres romanesques complètes, Paris, éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1774., le personnage principal du livre, l'abbé Donissan, est un prêtre tourmenté qui doute de lui-même, jusqu'à se croire indigne d'exercer son ministère. Son supérieur et père spirituel, l'abbé Menou-Segrais, voit pourtant en lui un saint en devenir. Et en effet, cet , tel que le définit Paul ClaudelLettre de Claudel à Bernanos du in Correspondance, Paris, éd. Plon., possède la faculté de transmettre la grâce divine autour de lui. Plus tard, il recevra même le don de Don que d'autres prêtres partageront d'ailleurs chez Bernanos, comme dans Journal d'un curé de campagne., au cours d'une rencontre nocturne extraordinaire avec Satan lui-même, celui dont la haine s'est Sous le soleil de Satan, Paris, éd. Plon, 1926.. Son destin surnaturel le confronte aussi à Mouchette, une jeune fille qu'il ne parviendra pas à sauver malgré un engagement total de lui-même.
L'adaptation cinématographique du roman vaudra à Maurice Pialat la Palme d'or au Festival de Cannes 1987.
Sous le soleil de Satan est suivi de L'Imposture en 1927 et de sa suite La Joie, qui reçoit le prix Fémina en 1929.
La Grande Peur des bien-pensants Publié en 1931, ce livre polémique, considéré comme le premier pamphlet de Georges Bernanos, avait au départ comme titre Démission de la France. Bernanos commence par une condamnation sévère de la répression de la Commune, pour poursuivre sur un violent réquisitoire contre son époque, la Troisième République et ses hommes politiques, la bourgeoisie bien-pensante et surtout les puissances d'argent. Bernanos, qui a fait la guerre de 1914-1918, fustige aussi l'humiliation de l'Allemagne défaite après le traité de Versailles, considérant cela comme un patriotisme perverti et dangereux, dans la mesure où il hypothéquerait l'avenir.
En 1932, sa collaboration au Figaro entraîne une violente polémique avec l'Action française et sa rupture publique définitive avec Maurras.
Le , en se rendant à moto d'Avallon à Montbéliard, il est renversé par la voiture d'un instituteur à la retraite qui lui barre le passage : le garde-boue de la voiture lui entre dans la jambe, celle-là même qui avait été blessée en 14-18..
Journal d'un curé de campagne En 1934, Bernanos s'installe aux Baléares, en partie pour des raisons financières, car la vie y est moins chère.. Il y écrit Journal d'un curé de campagne. Publié en 1936, le roman est couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française, puis sera adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson en 1950.