Le trouble de la personnalité schizotypique (TPS), ou simplement trouble schizotypique, est un trouble de la personnalité caractérisé par une anxiété sociale importante, de la paranoïa, un besoin d'isolement social, accompagné de pensées ou de comportements tels les maniérismes vocaux, ou encore des délires. Les personnes ayant ce trouble peuvent se sentir extrêmement mal à l'aise dans une relation intime ou proche, principalement pour le fait de croire que leurs pairs ont des pensées négatives à leur égard. Dans certains cas, les personnes atteintes de TPS peuvent réagir bizarrement au cours d'une conversation, ne pas répondre, ou se parler à elles-mêmesSchacter, Daniel L., Daniel T. Gilbert, and Daniel M. Wegner. Psychology. Worth Publishers, 2010. Print..
Ces personnes interprètent souvent des situations comme étant étranges, ou ayant un sens inhabituel pour elles ; les croyances paranormales et superstitieuses sont possibles. Ces personnes cherchent souvent des soins médicaux pour traiter l'anxiété ou la dépression, au lieu de leur trouble de la personnalité. 3 % de la population est affectée, principalement chez les hommes. Le terme spécifique schizotype est crédité par Sandor Rado en 1956 en tant qu'abréviation de « phénotype schizophrène » Millon, Theodore, Personality Disorders in Modern Life, 2004.
Histoire La schizotypie est un concept proposé par Sándor Radó durant la période où l'on essayait de réfléchir à la nature de fond de la schizophrénie et comment elle peut se présenter sous des formes dégradées. Radó forme un néologisme à partir de schizophrenic et « phénotype » (et non pas « génotype » comme cela a été traduit par d'autres auteurs).
Ce n'est pas un diagnostic mais une forme d'organisation du psychisme. Pour Radó, il y a deux choses fondamentales, deux défauts qui fondent une organisation schizotypique : déficience de la capacité intégrative du plaisir ; diathèse proprioceptive.
Le premier de ces défauts se manifeste par une faiblesse de la capacité motivante du plaisir ; le second, par une propension à une distorsion de la conscience du soi corporel.
Ce sont deux axes organisationnels qui vont se manifester par la suite sous forme de symptômes. À propos de la schizotypie décompensée (schizophrénie pseudo-névrotique), il écrit :
La schizotypie (tout comme la schizoïdie) ne doit pas être conçue simplement comme une « forme atténuée de la maladie », mais comme décrivant les perturbations de l'existence qui sont au cœur de la pathologie schizophrénique.
Pour le DSM, la schizotypie est un trouble de la personnalité (groupe A) ; cette définition n'a qu'une très vague ressemblance avec celle proposée à l'origine par S. Radó. C'est une autre conception que celle du DSM qui est derrière ce concept.
Causes Génétiques Bien qu'il soit listé dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM--TR) sur l'Axe II, le trouble de la personnalité schizotypique est grandement perçu comme étant un trouble du « spectre de la schizophrénie ». Les statistiques indiquent que ce trouble est beaucoup plus fréquent chez les individus atteints de schizophrénie que chez les individus atteints d'un autre trouble mental ou ne souffrant pas forcément d'un trouble quelconque. Techniquement parlant, le trouble de la personnalité schizotypique est un « phénotype étendu » qui aide les généticiens à tracer la transmission génétique des gènes impliqués dans la schizophrénie Fogelson, D.L., Nuechterlein, K.H., Asarnow, R.F. (2007). « Avoidant personality disorder is a separable schizophrenia-spectrum personality disorder even when controlling for the presence of paranoid and schizotypal personality disorders: The UCLA family study » Schizophrenia Research 91, 192-9. PMCID 17306508.
Il existe une douzaine d'études montrant que les individus atteints de trouble de la personnalité schizotypique marquent un point similaire aux individus atteints de schizophrénie sur un très haut rang de tests neuropsychologiques. Les troubles cognitifs chez les patients sont similaires, mais quelque part moins importants, à ceux des patients atteints de schizophrénie Matsui, M., Sumiyoshi, T., Kato, K., et al., (2004). Neuropsychological profile in patients with schizotypal personality disorder or schizophrenia. Psychological Reports, 94(2), 387-397..
Une étude des gènes prédisposant à la schizophrénie, impliqués dans des périodes pendant lesquelles des changements évolutifs précis a été réalisée. Les changements évolutifs suspectés s'étalent sur des périodes de développement de groupes sociaux de grande taille avec une communication et un fonctionnement social complexe, et mettent en avant une sélection positive de certains gènes liés au développement de comportements schizotypiques.
Les gènes en question concernent la créativité, l'ouverture aux expériences nouvelles, la pensée divergente, et seraient impliqués dans la sélection sexuelle, la résolution de problèmes ainsi que les talents artistiques et artisanaux.
Société et environnement Les individus atteints de trouble de la personnalité schizotypique, comme pour les patients atteints de schizophrénie, peuvent être sensibles et hostiles aux critiques.
Il existe maintenant des preuves pour suggérer que les styles d'éducation de l'enfant, les séparations précoces, les traumatismes/antécédents de maltraitance (négligence en particulier de la petite enfance) peuvent conduire au développement de traits schizotypiquesDeidre M. Anglina, Patricia R. Cohenab, Henian Chena (2008) Duration of early maternal separation and prediction of schizotypal symptoms from early adolescence to midlife, Schizophrenia Research Volume 103, Issue 1, Pages 143-150 (August 2008)Howard Berenbaum, Ph.D., Eve M. Valera, Ph.D. and John G. Kerns, Ph.D. (2003) Psychological Trauma and Schizotypal Symptoms, Oxford Journals, Medicine, Schizophrenia Bulletin Volume 29, Number 1 .
Au fil du temps, les enfants apprennent à interpréter les signaux sociaux et à y répondre de manière appropriée, mais pour des raisons inconnues, ce processus ne fonctionne pas correctement pour les personnes ayant ce trouble. La négligence ou la maltraitance, le trauma, ou le dysfonctionnement familial pendant l'enfance peut augmenter le risque de développement du trouble de la personnalité schizotypique.
Le trouble de la personnalité schizotypique se caractérise par une déficience attentionnelle, à des degrés divers selon les individusRoitman, S.E.L et al. Attentional Functioning in Schizotypal Personality Disorder, 1997. Une étude suggère que les déficits d'attention pourraient servir de marqueur de susceptibilité biologique pour le trouble de la personnalité schizotypique, ce qui pourrait expliquer leurs difficultés dans des situations sociales complexes où les repères interpersonnels et communicationnels sont essentiels pour avoir une interaction de qualité. Ceci pourrait éventuellement entraîner l'individu à se retirer de la plupart des interactions sociales, conduisant ainsi à l'asocialité.
Comorbidité Axe I Le trouble de la personnalité schizotypique est généralement lié au trouble dépressif majeur, la dysthymie, et la phobie sociale généraliséeAdams, Henry E., Sutker, Patricia B. (2001). Comprehensive Handbook of Psychopathology. Third Edition. Springer. .. Il peut également coexister avec un trouble obsessionnel compulsif, ce qui peut mener le traitement à avoir un effet contraire à celui escomptéMurray, Robin M. et al (2008). Psychiatry. Fourth Edition. Cambridge University Press. ..
Certaines personnes ayant un trouble de la personnalité schizotypique développent une schizophrénie, mais ce n'est pas le cas pour la majorité des patients. Bien que la symptomatologie du TPS ait été étudiée longitudinalement dans un certain nombre d'échantillons, les résultats ne suggèrent aucune probabilité significative du développement de la schizophrénie. Il y a des dizaines d'études montrant que les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité schizotypique ont des scores similaires à ceux des personnes atteintes de schizophrénie sur une très large gamme de tests neuropsychologiques. Les déficits cognitifs chez les patients souffrant d'un trouble de la personnalité schizotypique sont très similaires, mais quantitativement plus faibles que ceux des patients schizophrènesMatsui, M., Sumiyoshi, T., Kato, K., et al., (2004). Neuropsychological profile in patients with schizotypal personality disorder or schizophrenia. Psychological Reports, 94(2), 387-397. Une étude de 2004, cependant, a rapporté une preuve neurologique que « le modèle TPS est tout simplement une forme atténuée de la schizophrénie ».
En cas de consommation de méthamphétamine, les personnes souffrant de troubles de la personnalité schizotypique courent un grand risque de développer une psychose permanente.
Axe II Dans la plupart des cas, les troubles de la personnalité schizotypique sont co-produits avec la schizoïdie, le trouble de la personnalité paranoïaque, le trouble de la personnalité narcissique, et le trouble de la personnalité borderlineTasman, Allan et al (2008). Psychiatry. Third Edition. John Wiley & Sons, Ltd. ..
Diagnostic DSM-5 Dans le DSM-5 de l'American Psychiatric Association, le trouble de la personnalité schizotypique est défini comme un .
Au moins cinq des symptômes suivants doivent être présents : idées de référence, croyances étranges ou pensée magique, expériences perceptives anormales, pensées ou paroles étranges, paranoïa, affects inappropriés, comportement ou apparence étrange, absence d'amis proches, phobie sociale excessive qui ne faiblit pas et qui résulte de la paranoïa, plutôt que des jugements négatifs sur soi. Ces symptômes ne doivent pas se produire avec un autre trouble aux symptômes similaires tels que la schizophrénie ou le trouble du spectre autistique.
CIM La CIM-10 de l'Organisation mondiale de la santé utilise le terme trouble schizotypique () qui est classé comme un trouble clinique associé à la schizophrénie, plutôt qu'un trouble de la personnalité comme dans le DSM-5Schizotypal personality disorder -International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems 10th Revision (ICD-10). La désignation "trouble de la personnalité schizotypique" dans le DSM-IV est controversée.
La définition de la CIM est :
Trouble caractérisé par un comportement excentrique et des anomalies de pensées et d'affects qui ressemblent à ceux observés dans la schizophrénie, si aucune anomalie manifeste et caractéristique de la schizophrénie ont eu lieu. Il n'y a pas de perturbation typique, mais un des éléments suivants peuvent être présents :
Affect inadapté et faible (l'individu semble froid ou distant) ; Comportement ou apparence étrange, excentrique ou particulière ; Rapport social pauvre et tendance à se retirer socialement ; Croyances bizarres ou pensée magique, qui influencent le comportement et qui est incompatible avec les normes socio-culturelles ; Suspicions et idées paranoïdes ; Rumination mentale obsessionnelle sans résistance interne, souvent avec dysmorphophobie, et contenus sexuels ou agressifs ; Expériences perceptives inhabituelles, notamment somato-sensorielles (corporelles), dépersonnalisation ou déréalisation ; Pensée vague, circonstancielle, métaphorique, complexe ou stéréotypée, qui se manifeste par un langage étrange ou par d'autres moyens, sans incohérence ;