L’Histoire de la sexologie retrace la naissance, l'évolution et le développement de la sexologie, depuis les premières recherches entreprises au milieu du . Relativement récente, cette discipline occupe aujourd'hui l'ensemble des comportements sexuels humains et ne les regarde plus sous l'angle moral ou pathologique.

Il est difficile de dater précisément la naissance de la sexologie en tant que discipline. La sexualité a donné lieu depuis l’Antiquité à de nombreux écrits et analyses. Cependant, on peut dire que le terme « sexologie » est vieux de moins d’un siècle.

La naissance du terme "sexologie" marque la volonté de rompre avec le savoir médical sur la sexualité, accumulé durant les décennies antérieures. Ce nouveau savoir est surtout élaboré à partir du milieu du , par des médecins, psychologues ou pathologistes, savants ou praticiens ordinaires qui entendaient étudier la sexualité en s’appuyant sur des faits observables.

Les précurseurs : avant le vignette| Âge pour concevoir, dessin de Jean-Jacques Lequeu (v.1779-1795). Un certain nombre de manuels abordant le sujet de ce qu'on appelle aujourd'hui la sexualité ont été écrits avant l'émergence au des premiers écrits portant sur l'étude de la sexualité humaine. Cependant, il n’existe pas avant le d’ouvrage consacré spécifiquement à l'étude de la sexualité.

Durant l’Antiquité, des philosophes et des physiciens grecs et romains comme Hippocrate, Platon, Aristote et Galien ont étudié et décrit la reproduction, la contraception, le comportement sexuel humain, les dysfonctions sexuelles et leurs thérapies, l’éducation et l’éthique sexuelle. Néanmoins, ces sujets ont été abordés séparément dans des ouvrages traitant plus généralement de médecine, de diététique ou de morale.

Il existe par ailleurs un certain nombre de manuels anciens qui apparaissent dans toutes les civilisations et qui traitent de ce que l'on pourrait appeler d'« éducation » à l'érotisme, à la séduction et à l'amour mais aussi aux techniques sexuelles, et qui semblent destinés aux femmes, aux hommes et au couples issus de milieux aisés. Citons par exemple le Livre de la fille sombre et le Livre de la fille claire, rédigés en Chine ancienne, l' Ars amatoria du poète romain Ovide, qui est un manuel de compréhension de la séduction et de la relation amoureuse, La Prairie parfumée du cheikh Nefzaoui, qui est un manuel d'érotologie arabe qui répertorie tout ce qui concerne l'acte sexuel, ou bien encore le Décameron de Boccace qui sous couvert d'anecdotes, met en scène différentes pratiques sexuelles. On peut encore citer le Kâmasûtra de Vâtsyâyana ou l’Ananga Ranga apparus en Inde ancienne, mais qui ne furent découverts en Europe qu'à partir de 1876.

Cependant, aucun de ces ouvrages n'a traité le sexe comme sujet d'un domaine de recherche scientifique ou médicale.

En Occident, le premier traité relevant d'une « protosexologie » est le Tableau de l’amour conjugal du médecin rochelois Nicolas Venette, publié en 1696. Cet ouvrage, qui est autant un manuel d'instruction qu'un livre d'éducation, couvre en quatre parties tout ce qui a trait au sexe (anatomie, reproduction, désir, impuissance, stérilité...) mais fait en partie abstraction de la moitié de la population humaine : les femmes.

En 1758, Samuel Auguste Tissot (1728-1797), médecin de réputation européenne, publie L'onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation. Là aussi résolument axé sur l'homme, Tissot pensait que la masturbation masculine était à l'origine de diverses maladies, telles la tuberculose, les troubles de la vision ou de l'appareil digestif, et l'impuissance sexuelle. Il restera influent pendant plus d’un siècle, surtout pour ce qui est de l’éducation sexuelle des adolescents.

Dans les années 1780 à Londres, le médecin écossais James Graham ouvre deux établissements de soin qu'il appelle Temple of Health and Hymen, il diffuse des brochures réclamant l'éducation des femmes à la sexualité et propose des séances de « mise en pratique » à des couples, faisant de lui l'un des premiers conseiller matrimonial et sexologue anglais Peter Otto, « The Regeneration of the body: Sex, Religion and the Sublime in James Graham's Temple of Health and Hymen », in: Romanticism and Sexuality, 23, août 2001 — sur Érudit..

Au , le prestige de la médecine ne cesse de grandir. Les médecins vont progressivement investir de nouveaux domaines, tels que le couple. Certains deviennent les conseillers des couples, profitant de l’inefficacité des thérapeutiques sur les maladies vénériennes. Se basant sur la tradition des manuels médicaux, certains médecins vont publier des écrits sur l’hygiène conjugale. Leurs auteurs proviennent rarement de « l’élite » de la profession. Nombre d’entre eux sont des spécialistes de la gynécologie et de la vénérologie, disciplines peu valorisées.

Ces guides à l’usage des couples vont se multiplier vers la fin du .

Face au mariage bourgeois qui se transforme et devient de plus en plus une décision d’individus et de sentiments plutôt que de famille et de lignage. (Flandrin, 1981). Les médecins vont se soucier de la bonne entente du couple, celle-ci étant la meilleure garantie du mariage et donc de la moralité des mœurs. Ainsi, les plaisirs de l’amour sont le baromètre du bonheur conjugal et la satisfaction de l’épouse devient un enjeu. En dehors des questions conjugales, l’idée selon laquelle le coït a des effets positifs sur la santé va se répandre. L’absence de plaisir va devenir un signe de mauvaise santé. Le mariage devient donc un remède et le célibat subit une brutale dévalorisation.

Pour autant, les médecins ne sont pas résolus à faire du prosélytisme en faveur de la sexualité : le coït, même s’il peut être vecteur de plaisir, a pour fonction essentielle la procréation. Les pratiques sexuelles non-procréatives, comme la masturbation, restent non-recommandées et condamnées moralement, sous couvert de discours scientifique. Parallèlement d’autres médecins, aliénistes, psychologues ou neurologues vont étudier la sexualité anormale, contraire aux bonnes mœurs.

En 1859, Charles Darwin, naturaliste et biologiste, théorise les premières conceptions modernes de la sexualité. Il supposait que l'« instinct sexuel » était le moteur de l’évolution des espèces animales, notamment à partir du choix du partenaire, des comportements et à travers le principe de sélection naturelle.

C'est à la fin du et au début du que les travaux pionniers de la sexologie moderne ont été réalisés. Ils couvrent les principaux champs de la sexologie actuelle : la recherche fondamentale, la pathologie, la dimension psychique et l'ethnologie. Bien que relativisés, ces travaux constituèrent les fondements des théories sexologiques contemporaines.

La première étude marquante dédiée à la sexologie a été produite par l'Autrichien Richard von Krafft-Ebing, qui était considéré de son vivant comme l'un des plus grands psychiatres de l'époque. Son principal ouvrage, Psychopathia Sexualis, publié pour la première fois en 1886, abondamment étayé de cas cliniques exemplaires, devint un best-seller de la littérature psychiatrique ; il reflétait l'opinion victorienne dominante et diagnostiquait comme maladie toutes les activités sexuelles qui n'étaient pas tournées vers la reproduction.

En 1899, Iwan Bloch avait déjà publié Marquis de Sade: sa vie et ses œuvres. Il proposera, conjointement avec Magnus Hirschfeld, le nouveau concept d'une science de la sexualité : "Sexualwissenschaft" ou "sexologie". En 1906, il écrit Das Sexualleben unserer Zeit.

Le Britannique Havelock Ellis peut être considéré comme le pionnier de la recherche moderne sur la sexualité. Son principal ouvrage, Études de psychologie sexuelle, publié en plusieurs volumes entre 1897 et 1910, a influencé un grand nombre de théories ultérieures. C’est l'un des principaux ouvrages fondateurs de la sexologie scientifique.

Au : une discipline en quête de légitimité Au cours du , deux corps de spécialistes vont tenter de s’arroger la légitimité du discours sur la sexualité : les psychanalystes et les sexologues. Entre ces deux groupes les relations sont longtemps restées ambigües. Le psychanalyste Freud s’est appuyé sur les travaux de la sexologie moderne, tout en évoquant de futures confirmations par la biologie.

Freud et ses disciples se détachent peu à peu du corps et cette position trahit l’incapacité à traiter les troubles sexuels les plus communément répandus. C’est ce qui va favoriser l’essor de la sexologie qui dans son argumentation va s’opposer à la psychanalyse, bien que la théorie de cette dernière ait été constituée en partie de connaissances sexologiques. La sexologie va tirer profit de la biologie expérimentale, discipline valorisée à l’époque.

Sigmund Freud a élaboré une théorie globale du psychisme humain, où la sexualité avait une place centrale. Sa théorie psycho-sexuelle supposait que la libido (l’énergie sexuelle) sous-tendait toute activité humaine. Son ouvrage Trois essais sur la théorie de la sexualité, publié en 1905, ainsi que le reste de son œuvre, furent accueillis avec indignation et dérision. Néanmoins, à partir des années 1930, la psychanalyse devint finalement la théorie psychique la plus influente de l'époque : aujourd’hui, elle entre en compte chez un grand nombre de chercheurs qui s’intéressent à la sexologie, bien que celle-ci se soit développée à partir des manques ou aspects occultés par Freud lui-même.

Enfin, bien qu'un peu plus tardivement, l'anthropologue Bronislaw Malinowski a réalisé les premières études des mœurs sexuelles dans des sociétés non occidentales, qui ont révélé d’autres traditions culturelles en matière de sexualité. Ses travaux ont été publiés dans les ouvrages La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives (1927) et La Vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie (1929).

L'entre-deux-guerres : les fondateurs La période entre les deux guerres mondiales voit se développer les fondations des premières institutions spécifiques à la sexologie.

Dès 1909, Richard Richter invente et pose les premiers stérilets (dispositifs contraceptifs intra-utérins). La est fondée en 1914. La militante Helene Stöcker, s'implique particulièrement dans la libération sexuelle, revendiquant la liberté pour les femmes de vivre leur sexualité en dehors du mariage. Une femme comme Lou Andreas-Salomé publient entre 1910 et 1917 trois essais fondamentaux intitulés Die Erotik, Anal und Sexual et Psychosexualität.

C’est à cette période qu’apparaît pour la première fois le terme sexologie dans le titre de l’ouvrage de Sirius de Massilie intitulé La sexologie, prédiction du sexe des enfants avant la naissance (1912).

Magnus Hirschfeld fonde le premier institut de sexologie à Berlin en 1919 avec Arthur Kronfeld et en lien avec Albert Moll : il publie le premier périodique de sexologie, Jahrbuch für sexual Zwischenstufe, et publie les premières statistiques sur le comportement sexuel humain. Il demandait l'égalité sexuelle entre les hommes et les femmes, la libération du mariage de la « tyrannie » de l'Église et de l'État, et la tolérance envers les homosexuels, ce qui créa un scandale. En 1926 est organisé à Berlin le premier symposium sur la sexualité, l’International Congress for Sex Research. La première réunion de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, créée par Havelock Ellis et Magnus Hirschfeld, a lieu à Copenhague en 1928. L'objectif est d'obtenir l’égalité sociale et juridique des sexes, le droit à la contraception et à l’éducation sexuelle. En 1931, est fondée à Paris l’Association d’études sexologiques. C'est la première utilisation du terme sexologie dans son sens actuel. Le Français René Guyon commencent à publier ses Études d'éthique sexuelle.