Fritz Busch, né le à Siegen et mort le à Londres, est un chef d'orchestre allemand.
Il est considéré comme un des chefs les plus marquants de la première moitié du .
Biographie Années d'apprentissage
Né en Westphalie, fils aîné d'une famille de huit enfants, Fritz Busch connaît une enfance plutôt modeste. Ancien garçon de ferme, Wilhelm, son père a appris le métier de charpentier puis celui de luthier. Sa mère, Henriette, de vingt ans son aînée, se passionne pour le théâtre et la danse. La famille, plutôt errante, va de ville en ville. Lors d'une étape à Hambourg, Wilhelm apprend à jouer du violon et se trouve un pianiste à Rotterdam. Ils s'établissent alors un temps à Venlo, toujours aux Pays-Bas et jouent dans des cafés ou lors de mariages pour gagner leur vie. Fritz écrit : . Le garçonnet a quatre ans lorsqu'on lui offre un tout petit violon, mais lui préfère le piano familial dont se délecte son petit frère Adolf, né un an après lui. Les deux enfants apprennent très tôt déchiffrer les partitions. Lors d'une promenade, Wilhelm surprend le son d'une brouette : « Quelle note est-ce ? », demande-t-il aux deux frères. « Un fa-dièse », répondent ceux-ci en chœur. C'est un fait : ils possèdent l'oreille absolue.
De retour à Siegen, Wilhelm Busch ouvre un magasin d'instruments de musique ainsi qu'un atelier de réparation. Fritz prend alors des cours privés et touche à tous les instruments possibles. Avec Adolf, ils prennent l'habitude de jouer ensemble sur la place du marché où un vieil homme se charge de faire la quête pour eux, ainsi que se souvient Fritz :
À sept ans, menant de front études élémentaires et études musicales, toutes deux données par le même professeur, il donne son premier concert avec la Sonate nº 16 en do majeur de Mozart, plus connue sous le surnom de sonate facile et saura jouer de tous les instruments d'un orchestre à l'âge de douze ans. Avec Adolf, ils se produisent sur scène dans une chorale. Dès le lendemain, on ne parle plus que d'eux.
En 1902, la famille déménage pour Siegburg, la ville natale d'Engelbert Humperdinck, auteur de l'opéra Hansel et Gretel. Fritz s'amuse alors à donner l'appellation de Kapelle Busch à sa petite formation. Avec le soutien de son professeur d'école qui lui obtient une place gratuite, il part en 1906 pour trois ans au Conservatoire de Cologne, alors sous la direction de Fritz Steinbach qui s'était fait reconnaître en succédant brièvement à Hans von Bülow à l'Opéra de Meiningen et dont Brahms lui-même avait admiré la façon de diriger ses symphonies. Parmi les étudiants se trouve un certain Hans Knappertsbusch qui, ironie du sort, deviendra des années après, son rival à l'Opéra de Munich. Fritz fait la connaissance de Karl Boettcher, son futur professeur de piano, ami de Gustav Mahler, d'Arthur Nikisch, alors à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin et de Felix Weingartner. La famille suit, agrandie. Elizabeth, la première sœur, est née, ainsi que Willi, qui deviendra acteur et Hermann, le futur violoncelliste du Quatuor Busch. Wilhelm Busch ouvre alors tout naturellement un nouveau magasin d'instruments de musique.
Boettcher initie son élève à l'œuvre de Wagner et de Brahms qu'il admire, mais aussi à la littérature : Goethe, Ibsen, les écrivains russes et français. « Durant ces années, j'ai travaillé la musique aux limites du possible, mais un bon livre m'aidait toujours à récupérer de mon intense fatigue ». Fritz apprécie également à Cologne un enseignement peu scolaire, qui permet aux étudiants de s'exprimer en totale liberté. Il écrit : Mais une tout autre histoire va les lier à jamais. Boettcher a, un jour, montré à Fritz la photographie de sa nièce, Grete, une ravissante jeune fille de vingt-trois ans dont le chef d'orchestre est tombé virtuellement amoureux"Fritz Busch", par Grete Busch, éditions Fischer, 1970.…
En été 1908, lors du festival traditionnel offert par la ville de Cologne, Arthur Nikisch vient diriger Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg et Fritz est dans la fosse, aux percussions : La même année, il assiste à la première de Salomé dirigée par Richard Strauss lui-même, et se lie d'amitié avec Max Reger.
Peu après, Fritz, qui tient de son père un tempérament volontiers colérique ainsi qu'une tendance à l'hypertension, se brouille avec Steinbach. C'est grâce à son remplaçant d'une saison, Waldemar von Baussern, que Fritz Busch comprend que le temps est enfin venu pour lui de quitter la fosse pour le pupitre et dirige le concerto pour violon d'Lalo. Quand Steinbach revient et demande à entendre cette œuvre, Busch lui fait savoir qu'il estime s'en charger. En dépit de leurs différends, le directeur approuve : Son diplôme en poche, assez fier de lui et porté par les « hourras » de son frère Adolf, Fritz quitte le Conservatoire en 1909 pour de nouvelles aventures.
Débuts
Juste avant de partir, Fritz Busch se voit proposer un mystérieux contrat avec l'Opéra russe de Riga pour la saison d'hiver. Avant de recevoir le document, tout ce que le jeune homme de dix-neuf ans sait concerne son salaire ; à savoir par mois, qui équivalent à . Trop peu pour vivre, surtout que ses parents ont désormais besoin de son aide. Au printemps 1909, Fritz Busch reçoit une copie du contrat pour être Kapellmeister, qui est signé par son père parce qu'il est mineur. À Cologne, un contrebassiste du Conservatoire lui offre en lui demandant seulement d'honorer ce contrat du mieux que possible. Avant de gagner la Baltique, il passe l'été à la station thermale de Bad Pyrmont, où il dirige l'ouverture d'Oberon, de Weber ; le Concerto pour violon en ré majeur de Beethoven et la Seconde Symphonie de Brahms.
Fin , Fritz arrive à Riga où son frère Adolf vient le rejoindre. La ville appartient certes à l'ancienne Russie, mais l'influence allemande y est fortement présente. Le théâtre où Busch est appelé a été construit en 1863, et on le surnomme « la Maison Blanche ». Le premier Deutsches Theater de Riga a été détruit, et c'est dans cet Opéra disparu que s'est illustré, de 1837 à 1839, un Kapellmeister particulier : Richard Wagner. La légende voudrait que son départ, après trois saisons de travail intense, lui ait inspiré la composition du Hollandais volant.
Durant une année, il dirige de nombreuses œuvres, dont Le Jongleur de Notre-Dame, de Jules Massenet, une sorte d'opéra-farce qui l'amuse. On le retrouve aussi dans la fosse, où il remplace un corniste défaillant lors d'une soirée consacrée à Brahms, avec Artur Schnabel comme soliste pour le concerto pour piano nº 2 de Brahms en si bémol. Vingt ans plus tard, à Dresde, il retrouvera Schnabel et lui demandera, sur le ton de la plaisanterie, quel était son plus mauvais souvenir. Le pianiste répond : À la fin de son contrat, et alors qu'on lui demande de le renouveler, Fritz Busch hésite. Sa vie à Riga, entre un directeur de théâtre psychopathe et un second kapellmeister ivrogne — selon ses dires, il préfère retourner à Bad Pyrmont.
Bad Pyrmont et Grete
La station thermale fut entre autres fréquentée par Goethe. Fritz et Adolf Busch y arrivent au printemps 1910. Le premier doit de nouveau prendre en charge un poste de kapellmeister dans le petit théâtre local, très fréquenté par les curistes. Même si l'on y a déjà joué La Walkyrie de Wagner et quelques pages de Beethoven, la mode est plutôt aux opérettes. Busch, qui a mis la main sur l'ensemble des partitions pour orchestre de Dvořák, en profite pour se démarquer de cette musique plaisante, et, sans prendre le temps de répéter, donne à entendre les œuvres du compositeur tchèque lors des concerts du soir. Le public ne s'y retrouve pas, et le directeur du théâtre exige que Dvořák disparaisse des programmes au profit de compositeurs plus populaires, comme Paul Lincke, heureux créateur de musique légère. C'est tout ce que Busch déteste le plus, et s'il consent à inscrire le nom du petit maître berlinois dans sa programmation, il continue d'imposer Dvořák et organise un festival Schumann où, entre autres, il dirige les quatre symphonies, la Fantaisie pour violon, op. 131 et le court opéra Manfred, inspiré d'un poème de Lord Byron. Pour Manfred, l'acteur et baryton allemand Ludwig Wüllner et sa sœur Anna viennent à Bad Pyrmont chanter le rôle-titre masculin et le rôle féminin d'Astarte. Après la représentation, quelque peu ému, Busch demande à Wüllner ce qu'il a pensé de sa prestation : Au lieu de s'offusquer, Busch s'interroge. Il lui faut donc chercher derrière les notes…
L'année 1911 marque, pour Fritz, un tournant considérable. Depuis qu'il a découvert en photo Grete Boettcher, il la rencontre plus tard. La jeune fille est elle-même musicienne et joue régulièrement du violon dans un orchestre de chambre. Elle aime également la littérature, aussi semble-t-elle la compagne idéale pour le Kapellmeister. Lorsqu'elle arrive à Bad Pyrmont, ils décident de se marier et choisissent la date du , anniversaire de la naissance de Goethe, pour célébrer leurs noces dans la vieille église de Mengeringhausen. vignette|gauche|upright|alt=photo : Fritz et Grete|Fritz et Grete Busch en 1911.
Malgré ses concerts dans la station thermale, Busch est à court d'argent. Il y a une place de chef d'orchestre à prendre à l'Académie musicale de la ville de Gotha, et, malgré son jeune âge, sa candidature est retenue. Il laisse à Bad Pyrmont son ami Max Reger ainsi que l' de Berlin et, en une saison, se refait une petite santé financière et accroît sa notoriété. C'est ainsi qu'il débarque à Aix-la-Chapelle, où on lui offre son premier poste de directeur musical.
Les trois années passées là sont heureuses. Busch découvre un grand théâtre à l'acoustique impeccable, et y dirige tout aussi bien la Passion selon saint Matthieu de Bach que la Missa Solemnis de Beethoven, le Messie de Haendel ou encore le Requiem allemand et la Rhapsodie pour alto de Brahms. En 1914, Grete donne naissance à un fils, Hans Peter et Fritz accumulent les projets, mais la guerre mondiale éclate en août, et le musicien va devenir soldat volontaire.
Stuttgart (1918–1933)
Après avoir servi son pays et perdu, en 1916, son fidèle ami Max Reger, Fritz Busch sort sonné d'une tornade où, dit-il :
Au printemps 1918, alors qu'il se trouve encore en uniforme de lieutenant à Gera, une ville de Thuringe, il apprend que Max von Schillings vient de quitter la direction de l'Opéra de Stuttgart. La ville est alors principauté qui a rejoint l'unité allemande, tout en préservant un semblant d'indépendance. Busch pose sa candidature et est retenu. Reçu par l'intendant général, le baron Gustav von Putlitz, Busch comprend vite l'intérêt tout particulier que celui-ci porte à l'opéra. Va-t-il devoir faire ses preuves ? Non, sa réputation l'a précédé et, sans l'entendre diriger, le baron le nomme Kapellmeister du théâtre Royal Württemberg. Le premier violon, Karl Wendling, a, dans le passé, dirigé l'Orchestre symphonique de Boston et fréquenté Bayreuth avec Hans Richter. C'est un musicien de qualité, cultivé qui a complètement restructuré l'orchestre Royal, faisant notamment appel à des chanteurs renommés tels que Hélène Wildbrunn, George Meader, un ténor américain, ou, encore l'alto suédoise Sigrid Hoffmann-Onéguin.
Fritz Busch fait en juillet ses débuts avec Tristan et Isolde mais, dès août, les échos de la Révolution russe sèment le chaos. Lors d'une représentation de L'Or du Rhin, en novembre, il s'oppose violemment au baron von Putlitz qui exige, sur demande expresse de la reine, que toutes les lumières du nouveau théâtre restent allumées : À la fin de l'année, la monarchie succombe, et l'État libre du Württemberg, rattaché à la République de Weimar, prend sa place. Stuttgart en devient la capitale :