vignette|droite|Un exemple connu d'écriture spéculaire, les notes encadrant lHomme de Vitruve de Léonard de Vinci.

L'écriture spéculaire, ou « écriture en miroir », dont l'étymologie révèle « regarde, reproduction fidèle, image », est une forme d'écriture où les mots de la langue du transcripteur s'écrivent dans l'ordre inverse du mode de lecture normal, associé à une inversion graphique latérale des lettres. Comme son nom l'indique, elle donne l'impression que les phrases transcrites sont reflétées par un miroir. C'est d'ailleurs à l'aide d'un miroir apposé contre la surface d'écriture (ou en regardant le texte en transparence quand c'est possible) que l'on déchiffre le plus facilement un texte rédigé en écriture spéculaire, à défaut d'être entraîné à la lire directement.

Histoire Au tout début du , des expériences montrent que l’écriture spéculaire n’est pas un automatisme mystérieux mais un phénomène lié à l’interaction entre contrôle visuel, habitudes motrices et conditions de production : la plupart des sujets n’écrivent pas spontanément en miroir de la main gauche et les yeux fermés parce que leurs images visuelles internes guident encore le geste, orientant la main vers la gauche et maintenant la direction habituelle de l’écriture. Mais si et quand on demande d’écrire volontairement en miroir, presque tous les sujets y parviennent rapidement, ce qui indique que l’inversion du tracé est facilement accessible dès qu’on suspend le contrôle visuel habituel et qu’on crée de nouvelles associations entre perception et mouvement, tandis que les rares écritures spéculaires spontanées révèlent une désorganisation ou une reconfiguration de ces associations perceptivo‑motrices.

Selon G. Art, psychologue français du début du siècle, actif dans le champ naissant de la psychologie expérimentale, et ayant, en 1901 publié un mémoire sur l’écriture en miroir volontaire, spontanée et habituelle. Ses expériences ont porté sur des adultes et enfants invités à faire des exercices, les yeux ouverts ou fermés, et avec une seule main, ou avec les deux mains à la fois, avec des caractères latins, mais aussi grecs ou gothiques. Parmi ses observations, il note aussi . Il a aussi observé des enfants écrivant spontanément en miroir (dont plusieurs enfants dits arriérés)Abt G (1901) Sur l'écriture en miroir. L'année psychologique, 8(1), .. Il note qu'il semble .

Selon G. Abt psychologue français du début du siècle, actif dans le champ naissant de la psychologie expérimentale, connu pour ses travaux sur l’écriture en miroir publiés en 1901 dans L’Année psychologique, la capacité à former des mages mentales a un rôle important . Selon lui, la capacité à produire une écriture en miroir dépend aussi, et fortement, du degré d’adaptation de la personne à une tâche nouvelle : les sujets flexibles et entraînés comprennent immédiatement la consigne et ajustent correctement leurs gestes, tandis que les sujets moins instruits peinent d’abord à modifier leurs routines motrices et perceptives, produisant des inversions incorrectes ou mélangées. avant de s’ajuster après quelques essais voir après un seul essai.

Neurophysiologie

vignette|Écriture en miroir d'un enfant de 4 ans : à gauche son graphisme spontané; à droite inversion par symétrie spéculaire de son graphisme.

Une idée commune est que l'écriture en miroir serait l'écriture normale de la main gauche pour un droitier (et inversement) : l'hémisphère cérébral chargé de gérer cette main est en effet grossièrement symétrique par rapport à celui qui gère la main droite. Ceci est une simplification outrancière mais le sujet peut faire usage de la symétrie cérébrale pour inverser au niveau visuel et graphomoteur ce qu'il produit, par rapport à un modèle donné. Ainsi le professeur de Rougemont, chirurgien grenoblois, pouvait dessiner sur un tableau noir des figures d'une symétrie parfaite, en utilisant une craie dans chaque main.

L'écriture en miroir apparaît spontanément quand l'enfant tente d'aligner la morphocinétique (le geste qui trace la forme des lettres et des liaisons éventuelles entre lettres) sur la topocinétique ( le mouvement global des écritures qui se tracent de gauche vers la droite comme le latin, le grec ou le cyrillique) ; ces deux notions ont été proposées par Jacques Paillard, neurophysiologiste de la seconde moitié du siècle. Selon Jean-Paul Fischer (professeur émérite de psychologie à l'Université de Lorraine) : .

Cette inversion nous renseigne sur les processus neurologiques liés à l'écriture et ce qui crée un conflit moteur : tracer une lettre orientée vers la gauche tout en avançant vers la droite est coûteux, voire difficile. L'enfant peut utiliser la solution la plus économique, qui repose sur une logique d'alignement, confirmée par les études instrumentées montrant que les inversions ne sont pas des , mais le résultat d'une coordination motrice encore immature, où l'enfant cherche à harmoniser deux systèmes mentaux et gestuels antagonistes, révélant un « principe d'économie » profondément ancré dans l'apprentissage graphique humain..

Enjeux pour la pédagogie de l'apprentissage de l'écriture La pédagogie de l'écriture considère aujourd'hui que les inversions de lettres sont issues d'un principe d'économie gestuelle appliqué par le cerveau des enfants, qui cherchent spontanément à aligner le geste de tracé (morphocinétique) sur le mouvement directionnel de l'écriture (topocinétique), évitant ainsi des gestes contradictoires comme tracer une forme orientée vers la gauche tout en avançant vers la droite. Cette logique d'alignement, souvent inconsciente, explique les écritures « en miroir » et reflète un apprentissage moteur spontané, où l'enfant privilégie la coordination cognitivement la moins coûteuse plutôt que la forme conventionnelle des caractères.

Anne‑Marie Koch a récemment montré que l'apprentissage par le tracé anti‑horaire longtemps enseigné pour faciliter l'attachement des lettres ne suffit pas à garantir une bonne coordination motrice : en imposant un seul sens de rotation, il favorise chez certains enfants des inversions de caractères.

Ces observations ont conduit à recommander aux pratiques pédagogique d'exercer l'enfant aux deux sens de tracé des cercles, pour soutenir une coordination plus flexible entre les gestes de formation des lettres et le mouvement directionnel de l'écriture.

Le cas Vinci Léonard de Vinci a rédigé ses notes en toscan selon ce procédé, non pas pour des raisons de chiffrement visant à échapper à la censure de son temps ou pour garder ses notes de travail secrètes, comme cela est souvent suggéré (thèse du mathématicien Luca Pacioli dès le , thèse réfutée par le simple fait que cette écriture se lit facilement à l'aide d'un miroir, par ailleurs Léonard truffe ses notes d'abréviations et c'est plutôt cette caractéristique qui en rend la lecture plus difficile), mais parce qu'il était gaucher. Cela lui permettait d'écrire vite sans frotter sa main sur l'encre fraîche en écrivant de droite à gauche. Plusieurs études concluent que cette pratique était devenue un habitus personnel dans ses notes privées, sans preuve solide d'une intention cryptographique....

Aspect médical L'écriture spéculaire est l'une des manifestations possibles de l'apraxie, que l'on rencontre notamment chez certains gauchers apraxiques.

Le fait d'être gaucher ne prédispose cependant pas à la pratique de l'écriture en miroir.

Dans la littérature Dans ce domaine, l'expression « écriture spéculaire » est surtout employée au sens figuré, dans le cadre d'analyses littéraires, pour évoquer les jeux de mises en abyme des auteurs dans leurs textes.

Dans le spiritisme On retrouve souvent la notion d'écriture spéculaire en spiritisme, où, comme l'écriture automatique, elle est considérée comme une marque de manifestation de l'au-delà par le biais du médium qui la pratique pendant une transe.

Utilisations pratiques vignette|Secours d'urgence en écriture spéculaire à l'avant d'un véhicule de premiers secours de la Croix-Rouge française.

On trouve une utilisation pratique de l'écriture spéculaire de nos jours sur certains véhicules d'urgence notamment, où le mot « AMBULANCE » apparaît en très larges caractères et en écriture spéculaire, afin de pouvoir être lu directement par les automobilistes dans leurs rétroviseurs, pour la « POLICE » en Suisse et pour « AMBULANCE » et « POLICE » au Québec, en France et en Belgique.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Abt G (1901) Sur l'écriture en miroir. L'année psychologique, 8(1), . Massonnet E.L.F (1906) De l'écriture en miroir. Impr. Cadoret t - 64 pages |https://books.google.com/books?hl=fr&lr=&id=w6TqiUpaGlEC&oi=fnd&pg=PA3&dq=%C3%A9criture+en+miroir&ots=iv2dpixNhh&sig=nDdGmqkMQB3-Com7rXQItoCEDMM. Joseph Morlaas, « Écriture en miroir et bilatéralisme humain » in Encéphale, XXXIV. 2, 1939-40/41, 493-516. Joseph Morlaas, Connaissance et mouvement. Considération à partir de l'écriture en miroir, Revue neurologique, 1963, 627. Coudijzer L (2022) Le phénomène de l'écriture en miroir chez les jeunes enfants |https://matheo.uliege.be/handle/2268.2/15392. Fischer J.P (2022) L'écriture en miroir des enfants: une histoire complète |https://hal.science/hal-03829694/document.

Articles connexes Apraxie Boustrophédon Dysorthographie

Liens externes

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