La cathédrale Saint-Front de Périgueux est une cathédrale catholique romaine, siège du diocèse de Périgueux et Sarlat. Située dans le centre-ville de Périgueux, elle est classée monument historique depuis 1840 et au patrimoine mondial en 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Remontant dans ses premiers jours aux , l'édifice fut d'abord une église, puis une abbaye avant de prendre le titre de cathédrale au , à la suite du sac par les huguenots du siège épiscopal, l'église Saint-Étienne-de-la-Cité. Restaurée par Paul Abadie durant la seconde moitié du , la cathédrale Saint-Front a, comme la basilique Saint-Marc de Venise, un plan en forme de croix grecque et cinq coupoles sur pendentifs qui rappellent la structure de l'église des Saints-Apôtres de Constantinople. L'édifice, d'abord église abbatiale, a pris le nom de celui qui fut, selon la légende, le premier évêque de Périgueux : saint Front.

Historique Cimetières sur le Puy-Saint-Front Les travaux d'aménagement et les fouilles ont mis au jour au Puy-Saint-Front un nombre important de sarcophages, d'urnes cinéraires et de tombes sous tuiles montrant une occupation très ancienne à des fins funéraires. Les plus anciens sarcophages remontent à l'époque romaine. En 1828, le creusement d'un puits artésien, place de la Clautre, a fait le relevé de l'occupation funéraire de cette place.

Joseph de Mourcin a noté cinq couches de tombeaux de pierre jusqu'à une épaisseur de à partir du niveau actuel. Au contact du substrat a été découverte une pièce de monnaie de Constantin datant du début du . La place de la Clautre a servi de cimetière jusqu'au . C'est probablement cette fonction de nécropole dès le début du qui y a entraîné l'invention des reliques de saint Front au Philippe Calmettes, Hervé Gaillard, Fabrice Leroy, Peggy Poulain, « Cimetières du Puy-Saint-Front », dans Périgueux, Ausonius (collection Atlas historique des villes de France), Bordeaux, 2018, ..

Premier statut d'église. Monasterium Vetulum La construction d'une première église au flanc d'une colline dans l'actuelle ville de Périgueux est réputée être due à l'évêque Chronope entre 500 et 536...

Les invasions normandes qui se déroulèrent dans le Périgord au détruisirent l'église en l'an 845, laissant seulement la plus ancienne partie, découverte par les fidèles au ..

Des murs de cette première église ont peut-être été réutilisés dans les murs de la nef de l'église construite par l'évêque Frotaire.

Deuxième statut d'abbaye Le monastère construit par l'évêque Frotaire. L'église latine thumb|upright|left|Le clocher de l'abbaye par Eugène Viollet-le-Duc. Dans le Abbé Riboulet, « Fragmentum de episcopis Petragoricensibus. Ex duobus apographis calamo exaratis », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1877,, tome 4, (lire en ligne), composé vers 1182, il est écrit que Frotaire, évêque de Périgueux de 976 à 991, a fait construire le , l'abbatiale de Saint-Front. Le donne la date de 984. Ce monastère a peut-être été fédéré par l'ordre des Bénédictins., à l'emplacement de la première église. Elle a été consacrée le Elle constitue ce qui est nommé aujourd'hui « la vieille église » ou l’église latine...... par l'archevêque de Bourges Aymon de Bourbon..

Cette première église était de plan basilical, L'église avait un transept dont le croisillon nord se trouvait au-dessus d'une confession plus ancienne, peut-être une partie du cité dans un texte de 1013, et le croisillon sud était situé au-dessus d'une confession qui était peut-être une dépendance du cloître du .. La nef de l'église était couverte d'une charpente en bois.. Les murs de la nef ont probablement conservé une partie de la maçonnerie de la première église..

Le chœur était voûté et abritait derrière l'autel le tombeau de saint Front sculpté en 1077 par Guinanond, moine de l'abbaye de La Chaise-DieuBaron de Quast, Félix de Verneilh, « Les émaux d'Allemagne et les émaux limousins », dans Bulletin monumental, 1860, (lire en ligne). Ce tombeau était décoré de nombreuses pierres précieuses et de sculptures, notamment d'un ange peint avec un nimbe réalisé dans des éléments de verre, maintenant conservé au musée du Périgord.. L'endroit où reposait le corps de saint Front a été découvert par un chanoine à l'époque de l'évêque Frotaire « Fragmentum de episcopis Petragoricensibus », 1877, .. C'est également à cette époque qu'a commencé la rédaction de la vie de saint FrontUne vie de saint Front a été publiée en 1631 par François Bosquet dans Ecclesiae Gallicanæ historiarum, 1636, tome 1 (lire en ligne) qui reprend celle écrite au et attribué à Gauzbert, chorévêque de Limoges (Robert Villepelet, Histoire et légende: Fastes épiscopaux du diocèse de Périgueux ; extraits d'un livre récent de M. l'abbé Duchesne, dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1900, tome 27, ).

En 1120Date affirmée dans la Chronique de Saint-Maixent ()., sous l'épiscopat de Guillaume d'Auberoche, le bourg et le monastère du Puy-Saint-Front dont les toitures étaient en bois sont détruits par un incendie..Fragmentum de episcopis Petragoricensibus, Bulletin de la SHAP, 1877, ..

L'église à coupoles vignette|gauche|Plan de l'abbatiale au avec les différentes périodes de construction par Richard Phené Spiers en 1896 publié dans le Bulletin monumental (1897). Afin d'accueillir davantage de pèlerins, notamment ceux se dirigeant vers Compostelle, l'église abbatiale est agrandie par l'ajout d'une église à coupoles sur le modèle de la basilique Saint-Marc de VeniseDans son livre sur l'architecture byzantine en France, Félix de Verneilh avance qu'elle est une église du consacrée en 1047. Rapidement, cette affirmation a été critiquée en faisant remarquer que si la comparaison avec la basilique Saint-Marc était pertinente, la construction de cette dernière n'avait commencé que dans la seconde moitié du et n'a été consacrée qu'en 1113. Anthyme Saint-Paul s'oppose à Édouard Corroyer qui a, dans son livre L'Architecture romane, affirmé que l'église à coupoles a été construite avant l'incendie de 1120. Dans deux articles parus dans le Bulletin monumental, de 1888 et 1891. Jean-Auguste Brutails rappelle son article sur « La question de Saint-Front » paru dans le Bulletin monumental de 1895, avec les différents intervenants et leurs positions concernant la période de construction de l'église à coupoles. Richard Phené Spiers discute dans l'article paru dans le Bulletin monumental de 1897 les dates de construction des différentes églises. La comparaison entre les dates de construction de la basilique Saint-Marc à coupoles et l'église à coupoles de la cathédrale lui permet d'affirmer que l'église à coupoles de la cathédrale n'a pas pu être construite avant le . En 1920, le chanoine Roux et Gérard de Fayolle ont défendu la position de Félix de Verneilh. Marcel Aubert a tranché cette question dans son article sur l’"église Saint-Front" paru dans le Congrès archéologique de France, Périgueux, session de 1927. Marcel Aubert fait aussi la proposition que des premiers travaux de l'église à coupoles ont pu commencer avant l'incendie.. Ces deux édifices attachés partageaient seulement l'autel. En effet, l'ancienne église avait son chœur à l'est et la nouvelle à l'ouest. La coupole occidentale a été construite à l'emplacement du chœur de l'église latine..

L'église à coupoles avait à l'est un escalier qui permettait d'accéder à la plus vieille depuis les berges de l'Isle.

Le clocher a été construit au-dessus du tombeau de saint Front. Son architecture originale, ses dispositions particulières au sommet avec un lanternon circulaire de colonnettes supportant une flèche conique à écailles, font penser à un fanal. Il a été construit sur d'anciennes piles de la nef de l'église latine qui ont dû être renforcées..

La construction de l'église à coupoles fut terminée entre 1160 et 1170.. Le , l'évêque Pierre Minet, assisté de l'archevêque élu de Bordeaux, fait exhumer du chapitre les corps de neuf de ses prédécesseurs où ils avaient été placés après l'incendie de 1120. Ils sont déposés le dans neuf niches placés devant l'autel Saint-Barthélemy. L'autel dédié à sainte Catherine est consacré le même jour. L'église à coupoles est donc certainement achevée à cette date.

Guillaume d'Auberoche a été le premier évêque de Périgueux à être inhumé dans l'église à coupoles en 1128, avant son achèvement, puis son successeur, Guillaume de Nanclars, en 1138. Leurs ossements ont été découverts dans le mur sud de la travée occidentale, en 1875Chanoine René Bernaret, « Découverte faite à la fin de février 1875 des ossements de plusieurs évêques de Périgueux », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1875, tome 2, (lire en ligne)

L'église à coupoles fut prolongée à l'est, en 1347, par une chapelle dédiée à saint Antoine de style gothique qui a été restaurée en 1585 par François de BourdeillesAbbé Audierne, Notice historique sur Saint Front, apôtre du Périgord et sur la cathédrale de Périgueux, (lire en ligne). Cette chapelle fut dotée par le cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord et desservie par des chapelains autonomes.

Il y avait dans ladite église plusieurs sépulcres de chevaliers, cardinaux et évêques, élevés en pierre, et de très excellents ouvrages qui furent rompus, de sorte que l'on n'y en voit aucune marque ni apparence […] ; les tapisseries, fort riches et d'antiquité mémorable, furent volées, ainsi que les vaisseaux sacrés […].

En 1525, elle fut de nouveau agrandie par la construction d'une église paroissiale nommée Saint-Jean-Baptiste puis Sainte-Anne au nord-est, emplacement actuel de la chapelle de la Vierge.

En 1575, les huguenots pillèrent la future cathédrale en détruisant une grande partie du mobilier et en volant les reliques de saint Front., qui furent emportées et jetées dans la Dordogne.. Parmi celles-ci, une improbable relique gazeuse, « l'éternuement du Saint-Esprit » contenu dans une fiole qui aurait alors été brisée..

Statut de cathédrale depuis le thumb|La cathédrale en 1842. vignette|L'église Saint-Front au d'après l'abbé Audierne.Dessin paru en 1840 dans les Annales agricoles et littéraires de la Dordogne thumb|La cathédrale Saint-Front avant sa restauration par Paul Abadie Fils. Photographie de Édouard Baldus en 1852.

La cathédrale sous la Réforme protestante Les destructions faites par les huguenots, lorsqu'ils ont pris la ville entre 1575 et 1577, amenèrent l'abandon de la basilique Saint-Front pendant six années., puis de la cathédrale Saint-Étienne de la Cité qui a été le siège du diocèse jusqu'en 1669. Cette même année, l'église Saint-Front la remplaça comme cathédrale..

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Entre 1760 et 1764, les coupoles, en très mauvais état, furent recouvertes d'une charpente habillée d'ardoises.

En 1840, la cathédrale est classée au titre des monuments historiques.

Restauration de la cathédrale au et au début du Un premier projet de restauration de la cathédrale a été dressé par Alexis-Honoré Roché (1757-1828). Le , le préfet Huchet de Cintré demande à Louis Catoire de poursuivre les travaux entrepris par Roché. Le chantier commence sous ses ordres dans la travée sud avec la reprise en sous-œuvre de la coupole et de l'absidiole sud. Son projet est ajourné en 1840 et il continue les travaux en 1841. Il abat la tribune sud construite en 1722 dans le goût de l'époque et badigeonne en blanc les piliers. Adolphe Napoléon Didron déclare : « Il faut arrêter le massacre qui se commet dans cette cathédrale ». L'évêque Lostanges meurt en 1835. Il est remplacé par Thomas-Marie-Joseph Gousset jusqu'en 1840, puis par Jean-Baptiste-Amédée George de La Massonnais.