La réactivité est la capacité d'une organisation à répondre rapidement aux sollicitations de son environnement par la mise en œuvre de synergies ou la flexibilité des ressources.
La réactivité est donc une conséquence positive de l'amélioration de l'organisation par la logistique et l'urbanisation du système d'information.
Enjeux de la réactivité dans l'industrie Enjeux de l'industrie Comme le constate James Teboul dans Le temps des servicesJames Teboul, LE TEMPS DES SERVICES, une nouvelle approche du management, Éditions d’Organisation , « la frontière entre secteurs définis comme agriculture, industrie et services tend à disparaître ». Autour des années 2000, cela semble peut-être évident, surtout dans les pays riches où le service, constituant la partie de la production qui est en contact direct avec le client, prend de plus en plus d'importance.
Si la différence s'estompe entre un producteur de tomates ayant six hectares de serres, une société de transport, un restaurant, un hôpital, c'est sans doute parce qu'ils sont tous confrontés aux mêmes genres de problèmes de gestion, de management, dus à l'évolution rapide des caractéristiques de leurs « produits » en raison du changement des besoins de la clientèle, de l'agressivité de la concurrence, et de l'innovation incessante pratiquée au niveau de leurs ressources de production.
Ainsi, plutôt que de chercher à définir l'industrie à partir de critères précis, il semble plus « flexible » de se contenter d'englober sous ce vocable toute activité organisée destinée à produire durablement (activité pérenne) des biens et des services marchands, mettant en œuvre des moyens humains, des machines et des moyens financiers, dans un but lucratif.
En simplifiant encore, l'industrie concerne toutes les entreprises, les toutes petites entreprises pouvant un jour devenir de très grandes entreprises, dont personne ne discutera du caractère industriel. (Microsoft, Apple, Michelin, Renault, Pinault, Sodexo, etc.).
Enjeux de la réactivité Une entreprise réactive est une entreprise qui réagit rapidement aux besoins de ses clients par mise en œuvre de synergies ou l'amélioration de la flexibilité des ressources.
La flexibilité est souvent confondue avec la réactivité et l'agilité. Jusqu'aux années 1990 la flexibilité était en fait synonyme de réactivité, l'atelier flexible (d'usinage en particulier) ayant participé à généraliser, un peu abusivement, l'usage du terme. Autour des années 2000, la flexibilité désigne généralement, également de façon réductrice, la flexibilité des ressources humaines.
L'agilité de la production, définit la capacité d'une entreprise à s'adapter rapidement à son environnement en mettant en œuvre les synergies de l'organisation. Elle n'est pas seulement ou uniquement flexible, elle est globalement reconfigurable, et cela rapidement. L'agilité prend en compte la capacité à se remettre en cause sur la nature des produits, et considère la durée de vie des produits comme facteur principal de son organisation et de la définition de ses moyens de production (cycle de vie).
Comme Christian Hohmann Christian Hohmann est consultant spécialiste des systèmes de production et des problématiques industrielles, on pourra considérerChristian HOHMANN La flexibilité des entreprises - Réflexions autour d'une mutation qu'« en fonction de son "environnement", une entreprise doit adapter son organisation et sa réponse », et définir par un tableau quelle est la réponse adaptée en fonction de deux critères : le cycle de vie des produits, le degré de prévisibilité de la demande.
L'agilité est adaptée à des cycles de vie courts et à une demande imprévisible, la réactivité est adaptée à une demande imprévisible et des cycles de vie longs, ou a des demandes difficilement prévisibles et à des cycles de vie courts, etc.
Si la frontière paraît claire sur un tableau à double entrée, elle l'est moins en réalité, où une simple réactivité doit brutalement se transformer en agilité.
On pourra aussi considérer, comme Françoise Dauty et Françoise LarréFrançoise Dauty et Françoise Larré La réactivité industrielle : caractéristiques et outils Notes du LIHRE - Unité mixte de recherche CNRS/UT1 - Université des sciences sociales TOULOUSE, que « la réactivité s'inscrit dans un contexte économique (…) la vitesse de réaction aux variations de l'environnement devient primordiale face à l'exacerbation de la concurrence et à la personnalisation accrue des produits et services ».
Il est donc délicat de définir exactement ce qu'est la réactivité, d'autant plus que les usages correspondent à des modes. Pour essayer de résumer, on peut dire qu'une entreprise ou une organisation réactive est dotée de moyens flexibles qui, s'ils sont assez légersLégers = investissements amortis très rapidement, grande disponibilité de ressources, produits évolutifs, etc., lui permettent d'être agile.
Objectifs détaillés de la réactivité industrielle La réactivité concerne particulièrement les entreprises industrielles dont le processus est discontinu, où l'élaboration d'un produit se fait par étapes, et qui vendent plusieurs produits mettant en œuvre des ressources communes. Une entreprise mono-produit, où la fabrication pourrait être considérée comme un unique tuyau (processus continu ou process), où l'on introduit de la matière à un bout, avec quelques apports à quelques endroits du tuyau, n'a pas besoin d'être réactive. Elle doit avoir à réfléchir à son prochain produit, et faire preuve de sagacité, à la limite d'agilité, pour déterminer son évolution. Les entreprises qui ne sont pas industrielles, qui ne disposent d'aucun outil de production, ne sont pas non plus concernées par la réactivité. Elles ont à faire preuve d'agilité commerciale.
Mais un entrepôt de stockage, préparant des commandes pour des clients, a des problèmes similaires à une entreprise construisant des pelles hydrauliques, des lave-linges ou des circuits imprimés : pouvoir livrer dans les délais prévus le produit commandé (en quantité et qualité requises) au coût prévu (sans mobiliser plus de ressources internes ou externes) sans nuire aux autres commandes sans freiner l'évolution des produits (en définition, quantité, qualité) sans freiner l'évolution des performances (délais, quantités, qualité, coûts)
L'objectif final est bien évidemment la pérennisation de la rentabilité financière. Donc, être réactif, c'est pouvoir réagir rapidement aux sollicitations de son environnement, tout en respectant l'objectif économique. Si l'objectif final était différent, il faudrait sans doute revoir les méthodes et les outils. Mais ces considérations sortent du cadre de la réactivité industrielle. (voir stratégie, politique, altermondialisme).
Moyens mis en œuvre
Éléments perturbateurs Les moyens à mettre en œuvre dépendent des éléments « perturbateurs ». Nous avons vu plus haut que l'environnement comprenait : la clientèle (avec ses besoins) la concurrence (avec ses produits) les ressources externes de production les ressources financières
Nous pouvons y ajouter : les fournisseurs de matières premières et composants les fournisseurs de technologie (brevets par exemple) Sans oublier un élément important : l'information (veille technologique, veille stratégique, études de marché, etc.).
Être réactif, c'est donc réagir rapidement à tous les événements générés par ces acteurs extérieurs, afin de satisfaire au mieux la productivité financière. Et cette réaction s'attachera donc à satisfaire les clients et les actionnaires. Ces événements, nombreux, peuvent être résumés et classés de multiples façons. Ces événements sont eux-mêmes initiés par les grands bouleversements qui ont influencé l'évolution industrielle depuis les années 1970, comme l'augmentation du coût de l'énergie, l'ouverture à l'économie de marché des pays de l'est de l'Europe et de l'Asie, le développement autonome des pays du sud, le développement de la communication de l'information (média).
Événements perturbateurs Pour ce qui concerne la réactivité, il est utile de considérer les événements qui provoquent la mise en place de méthodes d'organisation, de moyens de production, de méthodes commerciales, d'outils de recherche et développement adaptés à la vitesse de réaction, qui réduisent le temps de réponse. augmentation du nombre de familles de produits (nouveaux besoins) diversification des produits dans chaque famille (personnalisation de l'usage des produits) augmentation du nombre de concurrents (réels ou apparents) évolution technologique rapide (dans toutes les technologies) modification des mentalités des consommateurs, des clients (niveau d'éducation, versatilité, impulsivité, réticences, passions, croyances, mœurs etc.) accélération des moyens de communication d'informations (Internet) diversification de l'offre en ressources (équipements, personnel, localisation des sites de production) Etc.
La liste n'est pas exhaustive, mais suffit à expliquer que les perturbations proviennent principalement de la réduction de la durée de vie des produits, de la diversité des produits, de l'irrégularité des ventes, du peu de prévisibilité, de l'évolutivité de l'offre en ressources (en définition, en coût, en localisation)
Réponse aux événements perturbateurs : leviers de réactivité La réponse à ces perturbations consiste à se doter de moyens permettant l'innovation en produits (produit et services attachés), le développement du contact avec la clientèle, (intégration de la clientèle au processus de production) la mise en œuvre de ressources de production adaptatives (c’est-à-dire facilement adaptables à l'offre et compatibles avec l'innovation sur les produits et l'intégration de la clientèle).
Cette formulation des moyens de la réactivité est une présentation active, dont la formulation équivalente en mode passif est : « se doter de moyens flexibles permettant de réduire le délai de commercialisation, et les délais de livraison ».
Toujours au moindre coût, les coûts pouvant être considérés comme faisant partie de la définition du produit.
On pourra par exemple qualifier ces trois grands axes de moyens réactifs de leviers de réactivité. Mais ce ne sont que des mots. Comment les faire fonctionner ?
Mise en pratique (manipulation des leviers) Pragmatisme : continuité ou rupture ? Il est prudent de rappeler ici certains grands principes cités par Christian Hohmann : le changement se fait préférablement dans la continuité des améliorations, et non par un changement brutal (des organisations, des méthodes, des produits) : l'innovation incrémentale (ou Kaisen), quand arrive le moment où l'amélioration se traduit par un surcoût, il faut bien faire autrement : l'innovation de rupture, le pragmatisme doit régner en maître, et particulièrement par l'observation de l'environnement.
L'entreprise n'est pas un système automatique asservi, cependant… Même si le vocabulaire généralement employé s'apparente à celui de la régulation des systèmes automatiques (temps de réponse, stabilité, sensibilité, etc.) il n'y a pas de solutions sur catalogue, permettant de configurer une entreprise adaptée, évolutive, flexible, réactive correspondant à un type de produit, car la solution à peine choisie il faudrait déjà la faire évoluer.
Cependant, un certain nombre de recettes (de méthodes) ont fait leurs preuves, et leurs principes et leurs intérêts peuvent être représentés schématiquement, en modélisant les processus des flux de matières, flux d'information et flux financiers. En fonction des caractéristiques principales des processus ils permettent de formaliser des principes de fonctionnement vers lesquels l'entreprise doit s'orienter.
Trois processus de production
Le schéma ci-contre (Schéma 1) représente les trois processus typiques de production, de la matière première au produit fini.