Shoah est un film documentaire français sur l'extermination des Juifs par les Nazis, durant la Seconde Guerre mondiale. Réalisé par Claude Lanzmann, le film, qui dure près de dix heures, est sorti en 1985. Tourné dans les années 1976-1981, monté durant plus de 5 ans à partir de 350 heures d'épreuves de tournageClaude Lanzmann, la Shoah face caméra par Annette Levy-Willard sur liberation.fr du 5 juillet 2018, il est composé d'entrevues de témoins de la Shoah et de prises de vues faites sur les lieux du génocide.

Récompensé d'un César d'honneur en 1986, il est inscrit en 2023 au registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO. Cité à de nombreuses reprises dans les listes des meilleurs films de tous les tempsLes 100 meilleurs films de l’histoire selon “Télérama” sur telerama.fr du 16 août 2023Directors’ 100 Greatest Films of All Time sur bfi.org.ukThe 100 Greatest Movies of All Time par Peter Debruge, Owen Gleiberman, Lisa Kennedy, Jessica Kiang, Tomris Laffly, Guy Lodge, Amy Nicholson sur variety.com du 21 décembre 2022, cette œuvre-monument marque une date importante dans la représentation et la diffusion de la mémoire de la Shoah"Shoah (film de Claude Lanzmann)", notice par Kristian Feigelson, universalis.fr.

Synopsis Longue méditation douloureuse sur la singularité des crimes nazis et la douleur de l'Homme survivant, le film prend le parti de n'utiliser aucune image d'archives. Seuls des témoignages de rescapés, de contemporains ou d'assassins sont montrés. Quelques séquences ont été rejouées ou préparées (ainsi le récit poignant d'un coiffeur, Abraham Bomba), mais la plupart ont été tournées en caméra directe, traduites à la volée par l'un ou l'une des protagonistes.

D'une durée de près de , le film est construit en quatre volets : la campagne d'extermination par camions à gaz à Chełmno ; les camps de la mort de Treblinka et d'Auschwitz-Birkenau ; et le processus d'élimination du ghetto de Varsovie.

Le volet consacré à Chełmno met en avant les témoignages de Simon Srebnik, détenu sauvé par sa voix mélodieuse et que les nazis faisaient chanter à la demande ; de Mordechaï Podchlebnik, détenu évadé ; de Franz Schalling, un soldat SS ; de Walter Stier, un bureaucrate nazi qui décrit le fonctionnement des chemins de fer (il insiste pour dire qu'il était trop occupé à gérer le trafic ferroviaire pour remarquer que ses trains transportaient des Juifs à la mort).

Le volet consacré à Treblinka met en avant les témoignages d'Abraham Bomba, détenu et coiffeur, de Richard Glazar, détenu appartenant au commando de travail et qui survécut à la révolte du camp, d'Henryk Gawkowski, polonais conducteur de locomotives pour qui seule la vodka permettait de supporter son travail, et de Franz Suchomel, un SS qui a travaillé dans le camp. Il détaille longuement le fonctionnement concentrationnaire et criminel de la chambre à gaz du camp. Jusque-là stoïque, Bomba s'écroule en se remémorant la scène d'un codétenu obligé de raser sa femme et sa sœur, à l'orée de la mort, sans pouvoir leur venir en aide. De son côté, Suchomel affirme qu'il ne savait rien de l'extermination, jusqu'à son arrivée à Treblinka.

Les témoignages sur Auschwitz sont fournis par Rudolf Vrba, l'un des rares détenus à avoir réussi à s'évader du camp, et par Filip Müller, détenu qui a travaillé dans l'un des fours crématoires (bouleversé par le souvenir, il se souvient du chant des prisonniers dans la chambre à gaz). Certains villageois des alentours sont interrogés, qui n'ont pas de peine à avouer qu'ils savaient.

Le ghetto de Varsovie est décrit par Jan Karski, qui travaillait pour le gouvernement polonais en exil et qui tenta sans succès de convaincre les gouvernements alliés d'intervenir pour mettre fin à la barbarie exterminatrice, et par , adjoint du commissaire nazi du Ghetto, ainsi que de survivants juifs de l'insurrection du ghetto de Varsovie.

Des entrevues avec Raul Hilberg, historien, ponctuent le film.

Fiche technique Titre : Shoah Réalisation : Claude Lanzmann Image : Dominique Chapuis, Jimmy Glasberg et William Lubtchansky Montage : Ziva Postec et Anna Ruiz (pour une des séquences de Treblinka) Langues : français, anglais, allemand, hébreu, polonais, yiddishM.metacritic New Yoker Films, lire en ligne : . consulté le ., arabe, persan, turc. Genre : documentaire Pays de production : Durée : France : USA : Royaume-Uni : Suède : Dates de sortie : France : États-Unis :

Principales personnes interviewées Les protagonistes sont filmés à caméra ouverte, à l'exception de trois :

Lanzmann a déclaré avoir dû payer copieusement les témoins allemands, Claude Lanzmann cité par Virginie Malingre, « Claude Lanzmann explique Shoah à des élèves avant sa distribution dans les lycées », Le Monde, 16 septembre 2004, .Laurent Joffrin et Annette Lévy-Willard, « Shoah, dix ans d'autopsie d'un génocide », Libération, 25 avril 1985.. Armando Aaron, président de la communauté juive de Corfou Abraham Bomba : survivant du camp de Treblinka Czesław Borowi : habitant de Treblinka Paula Biren : survivante du camp d’Auschwitz Inge Deutschkron : survivante des purges de Berlin Itzhak Dugin : survivant de Vilna Ruth Elias : déportée du camp de concentration de Theresienstadt, survivante du camp d’Auschwitz Monsieur Filipowicz : habitant de Włodawa, près du camp de Sobibor Monsieur Falborski : habitant de Koło Henryk Gawkowski : habitant de Małkinia, près du camp de Treblinka Richard Glazar : survivant du camp de Treblinka Franz Grassler : adjoint allemand du docteur Heinz Auerswald, commissaire nazi du Ghetto de Varsovie Raul Hilberg : historien Jan Karski : courrier du gouvernement polonais en exil, témoin du Ghetto de Varsovie Karl Kretschmer : lieutenant dans l'Einsatzgruppe C, responsable de Babi Yar (interview en caméra cachée, non intégrée) Michelsohn : femme de l'instituteur nazi de Chełmno Filip Müller : survivant du camp d’Auschwitz Josef Oberhauser : officier nazi dans le camp d'extermination de Bełżec Madame Pietyra : habitante d'Auschwitz Jan Piwonski : aide-aiguilleur, gare du camp d'extermination de Sobibor Mordechaï Podchlebnik : survivant du camp d'extermination de Chełmno Simha Rottem : survivant du Ghetto de Varsovie Franz Schalling : garde allemand au camp d'extermination de Chełmno Heinz Schubert : adjudant dans l'Einsatzgruppe D (interview en caméra cachée, non intégrée) Alfred Spiess : procureur général du procès de Treblinka (1960) Franz Suchomel : SS Unterscharführer, camp de Treblinka Walter Stier : membre du parti nazi, chef du bureau 33 de la « Reichsbahn » (chemins de fer du Reich) Simon Srebnik : survivant du centre de mise à mort de Chełmno Rudolf Vrba : survivant du camp camp d’Auschwitz Motke Zaidl : survivant de Vilna Hanna Zaidl : fille de Motke Zaidl Itzhak Zuckermann : commandant en second de l'Organisation juive de combat Paysans et cheminots de Treblinka, villageois polonais de Chełmno, habitants de Grabow…

Préface/Commentaire de Simone de Beauvoir Simone de Beauvoir a écrit un article sur le film qui a été publié dans Le Monde le 29 avril 1985, un jour avant que le film soit sorti pour le première fois en France. Quand Fayard a publié un texte imprimé du film Shoah en juillet du même année (1985), cet article par Simone de Beauvoir à été inclus comme une préface. Cette préface est intitulée « La mémoire de l'horreur. » Dans le version anglais du livre Shoah, les mots « préface de Simone de Beauvoir » sont inclus sur la couverture du livre.

Dans cette préface/article, de Beauvoir encourage le public à regarder le film Shoah ou au moins lire les paroles du film dans le livre. Elle félicite Lanzmann et son habilité à montrer la vraie histoire de la Shoah dans son film. Elle écrit que « Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction ni documentaire, Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante économie de moyens: des lieux, des voix, des visages. » Elle continue à louer le travail de Claude Lanzmann, et elle conclut son article avec les deux phrases puissante « Certes, l'une ne sert pas à masquer l'autre, il ne s'agit pas d'esthétisme: au contraire, elle la met en lumière avec tant d'invention et de rigueur que nous avons conscience de contemplent une grande œuvre. Un pur chef-d'œuvre. »

Production Préproduction Entre l'enquête préparatoire, qui dure quatre ans, dans quatorze pays, le tournage (près de entre 1976 et 1981), sur les lieux mêmes du génocide, et le montage, le film a pris douze ans pour voir le jour (1973-1985).. Son origine vient d'une commande du gouvernement israélien, en , à la fin de la guerre du Kippour : Mais le film a rapidement épuisé les commanditaires, tant par sa durée que par ses délais de fabrication. Le réalisateur a dû trouver d'autres financements : gouvernement français et beaucoup de dons directs en FranceAndré Wormser, Marcel Wormser, Jean-Louis Wormser, Alain Gaston-Dreyfus, Marianne Gaston-Dreyfus, Thérèse Harari, André Harari, Daniel Harari, Charles Corrin et les commerçants du Sentier, Rémy Dreyfus et ses amis, etc.. Par contre, aucun secours du Congrès juif mondial, ni d'aucun donateur américain.

Tournage Les séquences en caméra cachée ont été tournées avec l'une des cinq cents caméras vidéo « Paluche »« Paluche », ouvrirlecinema.org. produites par Aaton Digital (Jean-Pierre Beauviala) qui transmettait en UHF les images à un récepteur peu éloigné (dans une camionnette Volkswagen comiquement bariolée, garée à quelques mètres). Lanzmann conte qu'il en fallut deux, malgré le coût prohibitif, la première ayant grillé dans le sac dans laquelle elle était cachée, et que la seconde dut être envoyée à la figure des agresseurs lorsque le subterfuge fut éventé (mais elle lui fut restituée une fois l'affaire classée sans suite).

Après que des anciens responsables nazis refusent tout entretien, surtout en voyant son patronyme, le cinéaste se voit accorder une autre identité comme couverture, avec un faux passeport le temps de la production, il se présente comme Claude-Marie Sorel, docteur en histoire travaillant pour un pseudo institut français.

La séquence du train à vapeur s'arrêtant à Treblinka, gare toujours actuelle, a pu être tournée parce qu'en 1978 les locomotives à vapeur servaient toujours sur le réseau polonais. Le réalisateur raconte dans ses mémoires qu'il a loué une locomotive (sans ses wagons) à la compagnie des chemins de fer polonais, négocié son insertion dans le trafic ferroviaire et demandé à Henryk Gawkowski, ancien conducteur de locomotive, de reproduire les gestes qu'il avait maintes fois dû accomplir alors.

Le titre du film ne s'est imposé à Lanzmann qu'une fois le film fini :

Réception du film Le film a fait sensation dès sa sortie : sa longueur, sa rigueur, son intransigeance ont impressionné. La presse fut immédiatement élogieuse et les prix et distinctions ne tardèrent pas à consacrer l'œuvre autant que le réalisateur.

La polémique a éclos sans attendre, largement entretenue par le gouvernement polonais de l'époque, le film était dit antipolonais. L'Association socioculturelle des Juifs de Pologne (Towarzystwo Społeczno-Kulturalne Żydów w Polsce) s'indigna et remit une lettre de protestation à l'ambassade française à Varsovie. Wladyslaw Bartoszewski, survivant d'Auschwitz et citoyen d'honneur d'Israël, reprocha à Lanzmann de ne pas évoquer les milliers de sauveurs polonais de Juifs et d'avoir mis l'accent sur des Polonais ruraux pauvres en haillons, conformes aux clichés sur la Pologne.

Cependant Jan Karski, l'un des témoins polonais les plus importants du film, qui regrettait aussi cet aspect, s'est dissocié des critiques en déclarant dans la revue Esprit :

Sur ce film, Éric Marty a consacré un ouvrage intitulé Sur Shoah de Claude Lanzmann, où il avance que "Shoah est une oeuvre sans catharsis.".