vignette|Saint Jean rédigeant ses visions de l'Apocalypse, triptyque du Mariage mystique de sainte Catherine par Hans Memling. La littérature apocalyptique (du grec ancien , « révélation ») est un genre littéraire de caractère prophétique qui s'est développé dans la culture juive postexilique puis dans le christianisme primitif. Le fond narratif est généralement une vision-révélation divine transmise à un homme qui annonce l'imminence d'un monde nouveau. L'œuvre la plus connue appartenant à ce genre, et qui lui a donné son nom, est le livre de l'Apocalypse, attribué traditionnellement à Jean de Patmos et terminant le canon du Nouveau Testament.
Présentation Étymologie Étymologiquement, le mot « apocalypse » est la transcription du terme grec signifiant « dévoilement » ou, dans le vocabulaire religieux, « révélation »Frédéric Amsler et Enrico Norelli, « Qu'est-ce qu'une apocalypse », dans Religions et histoire , juillet-août 2010, 20..
Origine du terme L'utilisation du terme grec , « révélation » pour désigner le compte-rendu écrit d'une vision prophétique d'un même type, ou le livre la contenant, tire apparemment son origine du nom donné à l'« Apocalypse » du Nouveau Testament, qui est lui-même obtenu à partir du premier mot – l'incipit – du texte : « » : « Révélation de Jésus Christ »). À partir du , le nom d'« apocalypse » servira à désigner plusieurs livres, juifs ou chrétiens, présentant les mêmes caractéristiques générales. Ainsi, le fragment de Muratori et Clément d'Alexandrie, entre autres, font mention d'une « apocalypse » de Pierre ; saint Épiphane cite les « apocalypses » d'Adam et d'Abraham, et saint Jérôme celle d'Élie. L'utilisation du terme grec signifiant « révélation » pour désigner des écrits du même genre a donc une origine chrétienne, basée sur la désignation du texte clôturant le Nouveau TestamentCfr. article « Apocalypse » dans la Jewish Encyclopedia, 1906, sur le site JewishEncyclopedia.com..
Histoire du genre apocalyptique Le terme s'est chargé au fil des siècles d'une série de connotations et de travestissements qui l'ont éloigné de son sens premier, pour souvent évoquer une catastrophe massive et violente. Il est « devenu populaire pour de mauvaises raisons ». Cette évolution est notamment liée à la difficulté d'appréhender son genre littéraire déroutant., qui ne trouve pas de comparaison dans la littérature contemporaine..
La littérature apocalyptique est un genre littéraire ancien. Il apparaît probablement à l'époque biblique de l'exil à Babylone, au av. J.-C., avec les textes d'Ézéchiel, de Joël et de Zacharie, avant de s'épanouir avec Daniel (vers 165 av. J.-C.), qui sert de modèle à l’Apocalypse de Jean, mais aussi à d'autres apocalypses apocryphes juives et chrétiennes, ou encore aux textes apocalyptiques de Paul de Tarse..
Dans les littératures juive et chrétienne, le genre de ces écrits se définit par les relations entre leur forme, leur contenu et leur fonction, sans qu'ils appartiennent pour autant à un mouvement ou un milieu particulier. Ils ne témoignent d'aucun courant théologique spécifique et peuvent véhiculer des idéologies très éloignées, voire contraires. S'ils présentent une grande diversité, ils ont en commun un usage prononcé de l'allégorie et du symbolisme..
On peut déceler comme point commun à ce genre prophétique une ossature narrative qui a pour fondement une vision-révélation divine transmise à un homme., généralement par un être surnaturel., dans une représentation du monde caractérisée par deux niveaux de réalité : celui de l'expérience humaine perceptible, et celui d'une réalité supranaturelle, invisible et inaccessible à l'expérience courante mais déterminante pour le destin humain. La révélation elle-même est présentée comme procédant d'une réalité transcendante et comprend à la fois une dimension temporelle, dans la mesure où elle propose un salut eschatologique, et spatiale, dans celle où elle annonce l'imminence d'un monde nouveau.
La limite entre l'ancien monde arrivé à son terme et le nouveau en passe de s'accomplir, est marquée par l'intervention divine, qui juge les impies et récompense les élus.. Trois traits sont également caractéristiques de ce genre de littérature : d'abord, le voyant d'une apocalypse est un écrivain qui, à la différence d'un prophète, consigne ses visions par écrit ; ensuite, ce texte est souvent pseudépigraphique, c'est-à-dire faussement attribué à un auteur ; enfin, le texte fait usage de chiffres, d'objets et de personnages symboliques, sans s'attacher à rendre cohérent ce symbolismePaul Mattei, Le Christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, 28..
Textes apocalyptiques Bible hébraïque le Livre de Daniel : visions de Daniel () dans le livre d'Isaïe, les chapitres 24 à 27 dans le livre de Zacharie, les chapitres 9 et 10 dans le livre d’Ézéchiel, les chapitres 1 à 14 et les chapitres 40 à 48.
Nouveau Testament Si l’Apocalypse de Jean est la seule apocalypse formellement incluse dans le Nouveau Testament, d'autres passages néotestamentaires relèvent du même genre : le discours eschatologique de Jésus, dans Matthieu (), dans Marc () et dans Luc (), certains passages des Épîtres de Paul : première épître aux Thessaloniciens, au chapitre 4, ( ; ) ou de Pierre ().
Pseudépigraphes et apocryphes l'Apocalypse d'Adam, gnostique l'Apocalypse d'Esdras, livre du attribué au scribe Esdras le Livre d'Hénoch la Paraphrase de Sem, gnostique le Testament de Moïse
Plusieurs écrits pseudépigraphes sont des apocalypses : , Apocalypse syriaque de Baruch, Apocalypse d'Abraham, Apocalypse de Moïse, La Bible, Écrits intertestamentaires, Gallimard, 1987.
De nombreux textes apocryphes se réclament du genre ou en portent le nom : Apocalypse de Pierre, Première Apocalypse de Jacques, , Apocalypse de Paul, Apocalypse d'Étienne…
Notes et références
Annexes Bibliographie En français
André Lacocque, Daniel et son temps. Recherches sur le mouvement apocalyptique juif au avant Jésus-Christ, Genève, Labor et Fides, coll. « Le Monde de la Bible », 1984, 240 p. . . Geoffrey Wigoder (dir.), Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Cerf - Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1996 , article « Apocalypse », 75-76. A. Join-Lambert, S. Goriely et S. Fevry (dir.), L’Imaginaire de l’apocalypse au cinéma, L'Harmattan, coll. "Structures et pouvoirs des imaginaires", 2012, 198 p.
Autres langues James Charlesworth, The Old Testament Pseudepigrapha and the New Testament, Cambridge University Press, coll. « Society for New Testament Studies. Monograph Series, 54 », 1985 . John Joseph Collins, The Apocalyptic Imagination : An Introduction to Jewish Apocalyptic Literature, Grand Rapids, Wm. B. Eerdmans, coll. « The Biblical Resource Series », 1998, 337 p. . Stephen L. Cook, The Apocalyptic Literature, Abingdon Press, coll. « Interpreting Biblical Texts », 2003, 233 p. . Northrop Frye, Anatomy of Criticism : Four Essays, 1957. Richard Goswiller, Revelation, Melbourne, Pacific Study Series, 1987. Mitchell G. Reddish, Apocalyptic Literature : A Reader, Hendrickson, 1995, 352 p. .
Articles connexes Apocalypse, Eschatologie, en christianisme, en islam Châtiment divin, jugement dernier Liste de prédictions de la fin du monde, extinction de l'humanité Messie, messianisme, antéchrist, parousie Millénarisme Divine providence Science-fiction post-apocalyptique
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