Le conciliarisme est une théorie ecclésiologique qui affirme . Le conciliarisme sous-entend donc que le Christ n’aurait pas fondé .

Si la question de la prééminence est discutée dès les premiers temps de l’Église, cette théorie apparaît surtout lors du grand schisme d'Occident (1378-1417), avant d’être finalement condamnée lors du premier concile œcuménique du Vatican en 1870 (constitution dogmatique Pastor æternus), puis à nouveau rejetée lors du concile Vatican II (constitution dogmatique Lumen gentium, promulguée le ).

Tradition catholique et conciliarisme avant le grand schisme d’Occident Prima sedes non judicabitur a quoquam La question de la subordination du pape au concileLettre de Nicolas à l’empereur d’Orient Michel l’Ivrogne. in . s’est d’abord posé de manière pratique pour les chrétiens de l’Antiquité et du Moyen Âge : existe-t-il une instance ou une juridiction qui peut émettre une accusation contre le pape, ou qui peut réviser les sentences portées par son tribunalPremier article, , page 1., questions qui reçurent des réponses négatives dès la fin du cinquième siècle, telle celle du pape saint Gélase :

Si, donc, l’impossibilité de juger le pape a été largement admise, que ce soit par Grégoire VII dans ses dictatus papæ, Nicolas , ou, surtout, lors du synode réuni en 501 par Théodoric pour juger le pape saint Symmaque accusé entre autres de dissiper les biens de l’Église : les prélats réunis rappelèrent alors que . De même, lors du concile réuni en 800 par Charlemagne pour juger le pape Léon III, faussement accusé par des neveux du pape Adrien son prédécesseurI, p. 2 . Si, enfin les conciles de Latran de 1112 et de 1115 réprouvèrent la conduite de Pascal II il faut noter que celui-ci l’avait déjà regretté et avait même sollicité une « correction » de ses frères.

Comme le note l’historien Pierre de MarcaCité p.2 du premier article, d’après : ., si les sentences papales ont pu parfois être révisées par des assemblées synodales, il s’agit non d’appellatio (appel), mais de supplicatio : elles ne sont pas revues par des juges nouveaux indépendamment des premiers, mais peuvent être réexaminées en concile avec la participation des anciens juges. Il n’y a donc pas subordination de la juridiction papale.

Le cas des papes hérétiques () Nisi deprehandatur a fide deviusFragment de saint Boniface, apôtre des Germains, martyr en 755, dans Décret de Gratien, tiré des Gesta Bonifacii.

Il ne fait aucun doute que cette exception à l’impossibilité de juger un pape, était une opinion attestée par une tradition déjà solide au : saint Colomban défendant le pape Boniface IV de calomnies écrit ainsi que si celles-ci se révèlent vraies,

Les papes eux-mêmes ont accepté qu’ils puissent être accusés, dans le cas où ils seraient hérétiques : ainsi Innocent III, à une époque où la papauté était déjà puissante et indépendanteD’après Arquillière, L’origine des théories conciliaires (Séances de l’Académie des sciences morales et politiques, 1911). :

En intégrant dans son Décret le fragment des Gesta Bonifacii qui constitue le titre de ce paragraphe celui-ci a été amené à être commenté : toute hérésie ne conduit en effet pas le pape à pouvoir être jugé : selon Rufin, Jean de Faenza ou Huguccio, seule l’hérésie qui nuirait à tous pourrait être jugée, si celui-ci refuse de s’amender. Huguccio étend même l’argumentation à tout scandale (vol, concubinage…) qui lui semble tout autant sujet à condamnation : Cette interprétation large ne fut cependant que peu répandue mais garda toujours des partisans, tels Jean le Teutonique, ou le théologien dominicain Jean de Paris. Le juge désigné semble être le concile général, mais il n’est pas toujours nécessaire de le convoquer, Jean de Paris ainsi désigne le Collège des cardinaux.

Déchéance du pape Toutefois cette exception à l’immunité papale dans le cas du crime d’hérésie n’est pas sans poser de problèmesPremier article, page 129. : comment juger celui qui est pourtant supérieur à tous ? La réponse est simple et se veut conforme à l’Évangile selon saint Jean : ; en tombant dans l’erreur, le pape se déchoit lui-même et cesse d’être le chef de l’Église. L’Église n’a plus qu’à constater ce fait.

Cette solution a été particulièrement expliquée par le franciscain Pierre Olieu : l’Église, représentée par le pape, ne peut perdre la foi ; un pape hérétique cesse donc tout simplement d’être pape.

Les idées de Marsile de Padoue et de Guillaume d’Occam Les propositions de et , , si elles sont encore portées par Jean de ParisQui alla même jusqu’à accorder au peuple cette possibilité dans le cas où un pape serait simplement malfaisant (si totaliter inutilis videatur). Dans De potestat regia et papali, chap. XXIV.Deuxième article : ., restent fortement minoritaires parmi les théologiens. Elles montrent néanmoins que la théorie de la suprématie pontificale, si elle est communément admise, rencontre toutefois au début du des résistances de la part de certains, tels par exemple Guillaume Durant le Jeune.

Ce n’est toutefois qu’en 1324 avec la publication par deux maîtres de l’université de Paris, Marsile de Padoue et Jean de Jandun, du Defensor Pacis que le conciliarisme prend un nouvel essor, ainsi que sous l’influence du Dialogus du franciscain Guillaume d’Occam.

Le Defensor pacis (1324) Défenseur de la paix, de Marsile de Padoue (1275c-1342) et Jean de Jandun (1280c-1328)

Guillaume d’Occam et le Dialogus Guillaume d'Ockham (1285c-1347), Dialogus de imperatorum et pontificum potestate (1335c), Tractatus contra Johannem [XXII] (1335), Tractatus contra Benedictum [XII] (1337-38), Octo quaestiones de potestate papae (1340-41)

La crise conciliaire (1414-1449)

Le concile de Bâle, au cours duquel les théologiens et les évêques unis au pape avaient commencé par affronter la question du grand schisme d'Occident, et semble-t-il avec succès, subit un renversement d'influence à la mort du pape, en étant principalement dirigé par des théologiens, qui arguèrent volontiers de la dite doctrine conciliariste. Au point que le nouvellement élu Eugène IV (en 1431) n'osa pas s'y rendre et profita de la proposition des orientaux de participer à un concile à la condition qu'il se trouvât sur les rives de l'Adriatique, pour transférer par bulle du , le concile à Ferrare. Les membres de l'assemblée de Bâle refusèrent cette décision et firent durer leurs sessions encore quelques années. Conciles : Quatrième concile du Latran (1215) Deuxième concile de Lyon (1274) Concile de Constance (1414-1418), Haec sancta (1415). Concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome (1431-1441) Cinquième concile du Latran (1512-1517) Concile de Trente (1545-1563) Penseurs : Gratien le juriste (1075c-1147c), Décret de Gratien (1125-1145) Théodore Balsamon (1130c-1200c) (1320c-1390) (1325c-1397) Pierre d'Ailly (1351-1420) Francesco Zabarella (1360-1417) Jean de Gerson (1363-1429) Nicolas de Clamanges (1363-1437), De ruina et reparatione Ecclesiæ (1400c) Nicolas de Cues (1401-1464) Thomas de Vio (1469-1534) Jacques Almain (1480-1515) Circonstances : Grand schisme d'Occident (1378-1417) Église hussite (depuis 1402)

Condamnations du conciliarisme

Concile Vatican I Rejeté à plusieurs reprises, le concile Vatican I rejette finalement le conciliarisme le , lors de la promulgation de la constitution dogmatique Pastor æternus qui définit le magistère infaillible du pape et la primauté pontificale : le pape exerce une juridiction ordinaire et immédiate sur toute l’Église.

Lors du concile Vatican II, les discussions revinrent sur ce point, et il fut statué qu'une note explicative (Nota prævia) serait adjointe à la constitution dogmatique Lumen gentium sur la constitution de l'Église, afin de bien spécifier que la façon d'entendre la collégialité des évêques ne pouvait s'entendre sans le pape et qu'en aucun cas il ne fallait le considérer comme primus inter pares. Ainsi la forme la plus extrême de conciliarisme était rejetée. Selon Laurent Touchagues, les raisons contre le conciliarisme vont alors s’approfondir.

Concile Vatican II Le concept tente sous Vatican II de reprendre de la vigueur sous le nom de collégialité mais est à nouveau condamné via la promulgation le de Lumen gentium :

Notes et références

Références

Autres références

Notes

Bibliographie . . . . . . .

Voir aussi

Quod omnes tangit ab omnibus tractari debet Assemblées médiévales Concile de Bâle Eugène IV Infaillibilité pontificale Lumen Gentium (1964) Doctrines impliquées : gallicanisme, joséphisme, fébronianisme Brian Tierney (1922-2019) Hans Küng (1928-2021) (1931-)

Liens externes

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