Gérard de Crémone (né vers 1114 à Crémone en Italie, et mort en 1187) est un écrivain et traducteur italien du , dont le nombre considérable de traductions de l'arabe classique au latin médiéval permit de redécouvrir de nombreux trésors scientifiques de l'Antiquité, alors intégrés à la civilisation musulmane mais perdus en Occident chrétien.

Le travail de traduction de Gérard de Crémone s'inscrit dans le cadre du mouvement de traduction des œuvres scientifiques et philosophiques grecques et arabes qui eut lieu au en Espagne et en Italie (surtout à Florence), et qui fut le catalyseur de la renaissance du .

Biographie Gérard de Crémone naît vers 1114 à Crémone en Italie « Gherardo da Cremona », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 53, 2000. . Vers 1144, il s'installe à Tolède, conquise par un demi-siècle plus tôt, dans le but d'apprendre la langue arabe. Son séjour en Espagne est principalement consacré à la traduction d'ouvrages scientifiques et philosophiques de langue arabe, en particulier l’Almageste de Ptolémée dont aucune traduction latine n’est alors disponibleDanielle Jacquart, « Des traductions au fil de la plume et à la chaîne ? Le cas de Gérard de Crémone », Cahier d'études hispaniques médiévales, 2018/1, n° 41, p. 111-123. . Il réalise la traduction d'ouvrages de philosophie, d'astronomie, de mathématiques, et de médecine, dont ceux d'Hippocrate et de Galien. Sa traduction du Canon d'Avicenne, la première en Occident, aura une portée considérable.

Gérard fut également le maître du philosophe anglais Daniel de Morley., qui nous a transmis sa méthode. Tandis que son assistant mozarabe traduisait le texte oralement en castillan ancien, Gérard l'écoutait et transcrivait le texte en latin Ilona Opelt, « Zur Übersetzungstechnik des Gerhard von Cremona », in Glotta, vol. 39, 1959, p. 135–170.. Dans le cas de l’Almageste, celui-ci fut d'abord traduit de sa langue d'origine, le grec ancien, en syriaque puis en arabe, puis en latin par le détour oral du castillan. Cette longue chaîne de transmission était cependant la source de nombreuses erreurs Richard Fletcher, Ein Elefant für Karl den Großen : Christen und Muslime im Mittelalter, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 2005, p. 128 sq..

Il meurt en 1187, probablement à Tolède. Il fut enterré dans l'église Sainte-Lucie de Crémone, à laquelle il légua ses manuscrits William Turner, « Gerard of Cremona », Catholic Encyclopedia, 1913. .

Traductions vignette|Traité de médecine de Rhazès traduit par Gérard de Crémone, . Musée de Cluny, Paris. Gérard de Crémone a traduit soixante et onze ouvrages scientifiquesMichel Ballard, De Cicéron à Benjamin, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, 2007, p. 77. de l'arabe vers le latin : de Claude Ptolémée : l’Almageste d'Apollonius : les Coniques d'Aristote : Seconds Analytiques, Météorologiques (3 premiers livres), Physique, Traité du ciel, De la génération et de la corruption du Pseudo-Aristote : le Livre des Causes, De proprietatibus elementatum, De lapidibus d'Avicenne : le Canon d'Aboulcassis : le livre sur la chirurgie du Kitab al-Tasrif (1497) d'Euclide : les Éléments, dont un manuscrit a été retrouvé au début du par . de Geber (Jâbir ibn Hayyân), Liber divinitatis de LXX d'Al-Kindi : Des degrés de Thabit ibn Qurra : Liber de motu de Rhazès : De aluminibus et salis d'Al-Khwârizmî : Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison d'Abou Ma'shar : La Grande Introduction à l'astronomie d'Hippocrate : Régime des maladies aiguës en alchimie : Lumen luminum, De aluminibus et salis, Septuaginta. Sa technique est très littérale : il calque les termes scientifiques ou les conserve tels quels.

Gérard de Crémone fut probablement le traducteur le plus prolifique de son siècle. Il résuma sa méthode ainsi : .

Certaines de ses traductions sont aussi attribuées à Dominique Gundissalvi ou à Jean de Séville.

Bibliographie Œuvres Géomancie astronomique, éditions des Cahiers astrologiques, Nice, 1946 Theoria planetarum Gerardi (avant 1236 ? ou vers 1260-1280n si Gérard de Crémone n'en est pas l'auteur), édi. par F. J. Carmody, Berkeley, 1942. Trad. an. O. Pedersen, in E. grant, A Source Book in Medieval Science, Cambridge (Lass.), 1974, p. 451-465 ; et in Graziella Federici et F. Barocelli (édi.), Filosofia, scienzia e astrologia..., Padoue, 1992. Authentique selon Graziella Federici Vescovini (1998). traduction des Seconds analytiques d'Aristote, collection Aristoteles latinus, Bruges et Paris, 1968.

Études Henri Hugonnard-Roche, Les œuvres de logique traduites par Gérard de Crémone, dans Pierluigi Pizzamiglio (sous la direction de), Gerardo da Cremona, Crémone, 1992 Danielle Jacquart, « L'école des traducteurs », in L. Cardaillac (dir.), Tolède . Musulmans, chrétiens et juifs, Paris, Autrement, 1991, p. 177-191. R. Lemay, « Gerard of Cremona », in C. C. Gillispie (dir.), Dictionary of Scientific Biography, New York, vol. XV, suppl. 1, p. 173-192.

Voir aussi Articles connexes Sciences et techniques islamiques Traductions latines du XIIe siècle Philosophie médiévale La Confrérie des Éveillés, roman historique de Jacques Attali dont il est l'un des personnages.

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