Le Centre spatial guyanais, en abrégé CSG, est une base de lancement française située en Guyane (Amérique du Sud) sur les territoires des communes de Kourou et de Sinnamary. Le CSG est la base de lancement de l'Agence spatiale européenne (ESA) et de l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA). Elle est gérée conjointement par le Centre national d'études spatiales (propriétaire du site), Arianespace et l'ESA. La première fusée Véronique est lancée le .
Le CSG dispose en de deux complexes de lancement actifs utilisés pour le tir des fusées européennes lourdes Ariane 6 (depuis 2024) et légères Vega (depuis 2012). Le Centre spatial guyanais dispose également d'installations industrielles dans lesquelles est fabriqué le propergol solide des propulseurs d'appoint des fusées Ariane et le premier étage du lanceur Vega C ainsi que d'un banc d'essai pour tester ceux-ci. Le CSG emploie de manière directe et indirecte une fraction notable (16 % en 2011) de la population active de la Guyane française.
La base se trouve dans une région faiblement peuplée le long de la côte de l'océan Atlantique. Sa position permet à la fois des tirs vers l'est (orbites quasi équatoriale, géostationnaire) et vers le Nord (orbites polaire, héliosynchrone). Le centre spatial est particulièrement bien placé pour le lancement des satellites en orbite géostationnaire ou quasi équatoriale grâce à sa latitude très proche de l'équateur (5 degrés Nord) qui nécessite une correction réduite de l'inclinaison orbitale et permet de bénéficier pleinement de l'effet de fronde lié à la rotation de la Terre.
Le CSG est construit par l'agence spatiale française (le CNES) et inauguré en 1968 dans le but de servir de base de lancement pour la fusée française Diamant et certaines fusées-sondes et remplacer le centre d'Hammaguir en Algérie qui a dû être abandonné à la suite des accords d'Évian. Il est retenu dans les années 1970 pour le tir des fusées de l'Agence spatiale européenne : Europa puis Ariane 1 qui effectue son premier vol en . Le CSG bénéficie au cours des décennies suivantes du succès de sa première famille des fusées Ariane ainsi que des déboires des lanceurs américains (Navette spatiale américaine) qui lui permettent de capturer la moitié du marché du lancement des satellites de télécommunications. Cette suprématie est remise en cause à la fin des années 2010 par le lanceur américain Falcon 9 partiellement réutilisable bénéficiant de coûts serrés. La fréquence annuelle des tirs, tous lanceurs confondus, oscille autour de 9 en faisant une des bases de lancement les plus actives du monde. L'invasion de l'Ukraine par la Russie qui débute fin février 2022 a un impact direct sur l'activité du CSG : Roscosmos décide début mars d'arrêter l'activité de lancement des fusées Soyouz depuis Sinnamary et l'utilisation du lanceur Vega est menacée car son dernier étage est fourni par un fournisseur ukrainien situé au milieu de la zone de conflit.
Situation
Le Centre spatial guyanais (CSG) est une base de lancement située en Amérique du Sud près de l'équateur sur le territoire de la Guyane française, département de la France. Le CSG, d'une superficie de , occupe la plaine qui borde l'océan Atlantique. Les lanceurs, dont la trajectoire est dirigée vers l'océan, survolent donc, dès le décollage, des zones dépourvue d'habitants. Le site s'étire le long de la côte sur une longueur d'une cinquantaine de kilomètres et sur une profondeur maximum d'une vingtaine de kilomètres. La côte a une orientation sud-est/nord-ouest ce qui permet de lancer des satellites dans des conditions optimales vers toutes les orbites envisageables : entre -10,5° (orbite polaire ou orbite héliosynchrone) et +93,5° (orbite géostationnaire ou quasi-équatoriale]) ainsi que vers les orbites intermédiaires. Le site du CSG est réparti entre les territoires des communes de Kourou (80 % de la superficie du site), de Sinnamary (15 %)) et de Macouria (5 %).
La ville de Kourou, bâtie pour loger les employés du CSG et qui compte environ en 2021, est enclavée dans le site réservé du CSG. Les complexes de lancement se situent à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de cette agglomération. Un port en eau profonde (Paracaibo) doté d'un quai unique et associé à une petite zone industrielle a été construit près de l'embouchure de la rivière Kourou qui longe la ville. Il est utilisé pour la livraison des équipements de la base et des corps des lanceurs. Le CSG, tout comme la ville, sont reliés par la route nationale 1 aux autres villes côtières qui rassemblent l'essentiel de la population de la Guyane. C'est par cette route que sont convoyés les satellites qui ont été généralement amenés en Guyane par des avions gros porteurs atterrissant sur l'aéroport international Félix-Éboué de la préfecture Cayenne située à environ au sud-est.
Ensembles de lancement
Le Centre Spatial Guyanais dispose de nombreuses installations qui sont nécessaires pour mener à bien le lancement de fusées et de satellites aux caractéristiques très variées : complexes de lancement dédiés chacun à un type de lanceur, centres de contrôle, centres de préparation des charges utiles, usines de fabrication du propergol solide, banc d'essai, usines de production des ergols liquides et de certains gaz, centres techniques… Ces installations échelonnées le long de la côte de l'Océan Atlantique sont reliées entre elles par la route de l'espace dont le tracé est parallèle à la côte.
Chaque type de lanceur (Ariane 5, Vega, Soyouz, Ariane 6) dispose d'un ensemble de lancement spécifique adapté à ses spécificités. Celui-ci comprend un ou plusieurs bâtiments d'assemblage, une zone de lancement comportant une table de lancement surmontant des carneaux et équipé d'une tour ombilicale et, sauf pour Ariane 5, un portique mobile pour finaliser l'assemblage sur le pas de tir.
Ensemble de lancement Ariane 5 (ELA3)
vignette|redresse|Le premier étage d'Ariane 5 est installé sur la plateforme dans le bâtiment d'intégration lanceur. L'ensemble de lancement de la fusée Ariane 5 (Schéma 1 : D), qui occupe une superficie de , était utilisé pour lancer les fusées Ariane 5 et a été de 2003 jusqu'en 2009 le seul site actif après l'arrêt des lancements d'Ariane 4. Il comprend : le bâtiment d'intégration lanceur (BIL Schéma 2 : 4) dans lequel sont assemblés verticalement sur la table de lancement les éléments des lanceurs (propulseurs à poudre (EAP), étage principal cryogénique (EPC), étage supérieur (EPS ou ESC) ainsi que la case à équipements). Cette dernière se déplace sur une double voie ferrée pour aller d'un site d'assemblage à un autre et est équipée d'un mât qui la connecte à la fusée et maintient la fusée durant ses déplacements. Les propulseurs à poudre proviennent du bâtiment d'intégration des propulseurs (BIP) dans lequel ils ont été assemblés. le bâtiment d'assemblage final (BAF Schéma 2 : 5) de de haut dans lequel sont assemblés les satellites, l'adaptateur, la coiffe et la fusée. la zone de lancement (ZL Schéma 2 : 6) est éloignée des bâtiments précédents pour limiter l'impact d'une explosion du lanceur durant la phase de décollage. Le centre de lancement (CDL 3 Schéma 2 : 7) en partie blindé (en particulier le toit). Les bâtiments d'assemblage (BIL, BAF) ainsi que la zone de lancement sont reliés par une double voie ferrée sur laquelle circule la table de lancement mobile portant la fusée. L'aménagement permet huit à dix lancements potentiels par an. Les satellites sont préparés soit dans le bâtiment dédié sur la zone de lancement (S2) soit dans les bâtiments S5 ou S1 situés vers l'entrée du CSGL'ensemble de lancement Ariane - CNES (voir archive).
Ensemble de lancement Soyouz (ELS) vignette|redresse=1.5|Le lanceur quitte le bâtiment d'assemblage (MIK) pour gagner le pas de tir transporté par un système ferroviaire. vignette|redresse=1.5|Table de lancement, carneau et portique mobile de l'ensemble de lancement Soyouz.
L'ensemble de lancement de la fusée Soyouz (ELS) est situé à une vingtaine de km à vol d'oiseau au nord-ouest de l'ensemble de lancement et le long de la route de l'Espace sur le territoire de la commune de Sinnamary (Schéma 1 : F). Il occupe dont de bâtiments. La construction des installations a nécessité un million de m de terrassement et de béton. Sa conception est similaire à celle des sites russes utilisés pour lancer la fusée Soyouz. Il comprendL'ensemble de lancement Soyouz - CNES (voir archive)L'Ensemble de lancement Soyouz prend forme - Flashespace.com, : un bâtiment d'intégration (MIK Schéma 1 : 12) dans lequel la fusée, qui arrive par conteneurs à Kourou est assemblée à l'horizontale. Ce bâtiment climatisé est long de , large de et haut de . Une fois entièrement assemblée, la fusée Soyouz est amenée à l'horizontale par une voie ferrée jusqu'à la zone de lancement (ZLS) distante de ; la fusée est érigée à la verticale sur son pas de tir comprenant une dalle de béton de d'épaisseur surmontant un carneau de type Baïkonour avec une fosse profonde de pour évacuer les gaz de combustion. Le pas de tir est encadré par quatre grands paratonnerres ; un portique mobile haut de avec une section de est déplacé jusqu'au pas de tir pour l'assemblage de l'étage Fregat et de la charge utile. Ce portique a été construit en Russie ; le centre de contrôle de lancement se trouve dans le prolongement du MIK à de la zone de lancement et est protégé par une dalle de béton de d'épaisseur ; des zones de stockage d'ergols sont aménagées à une certaine distance de la zone de lancement ; les installations sont complétées en 2015 par le nouveau bâtiment de remplissage FCube (Fregat Fueling Facility) dédié à l’étage supérieur du lanceur, le Fregat..
Historique des lancements de Soyouz
L'ensemble de lancement Soyouz devient opérationnel le avec le lancement d'une première fusée. Les vols se succèdent ensuite avec une cadence de deux à quatre par an, et sont interrompus en en tant que représailles russes contre les sanctions dues à la guerre en Ukraine.
+ (Liste mise à jour le .). Date et heure du lancement (UTC) N° de vol Version lanceur Étage supérieur Charge utile Résultat à VS 01 Soyouz ST-B Fregat 2 satellites Galileo IOV-1 Succès à VS 02 Soyouz ST-A Fregat Pléiades 1A, Elisa et SSOT Succès à VS 03 Soyouz ST-B Fregat 2 satellites Galileo IOV-2 Succès à VS 04 Soyouz ST-A Fregat Pléiades 1B Succès à VS 05 Soyouz ST-B Fregat 4 satellites O3b Succès à VS 06 Soyouz ST-B Fregat Gaia Succès à VS 07 Soyouz ST-A Fregat Sentinel-1A Succès à VS 08 Soyouz ST-B Fregat 4 satellites O3b Succès à VS 09 Soyouz ST-A Fregat Galileo, satellites 5 et 6 Echec partiel (dysfonctionnement de Fregat). à VS 10 Soyouz ST-B Fregat 4 satellites O3b Succès à VS 11 Soyouz ST-A Fregat Galileo, satellites 7 et 8 Succès à VS 12 Soyouz ST-A Fregat Galileo, satellites 9 et 10 Succès à VS 13 Soyouz ST-A Fregat Galileo, satellites 11 et 12 Succès à VS 14 Soyouz ST-B Fregat Sentinel-1B, Microscope et 3 satellites CubeSat Succès à VS 15 Soyouz ST-A Fregat Galileo, satellites 13 et 14 Succès à VS 16 Soyouz ST-B Fregat Hispasat -1 Succès à VS 17 Soyouz ST-B Fregat SES-15 Succès à VS 18 Soyouz ST-B Fregat 4 satellites O3b Succès à VS 19 Soyouz ST-B Fregat MetOp-C Succès à VS 20 Soyouz ST-A Fregat CSO-1 Succès à VS 21 Soyouz ST-B Fregat 6 satellites OneWeb Succès à VS 22 Soyouz ST-B Fregat 4 satellites O3b Succès à VS 23 Soyouz ST-A Fregat COSMO-SkyMed génération, CHEOPS, 3 nano-satellites Succès à VS 24 Soyouz ST-A Fregat Falcon Eye Succès à VS 25 Soyouz ST-A Fregat CSO-2 Succès à VS 26 Soyouz ST-B Fregat Galileo, satellites 27 et 28 Succès à VS 27 Soyouz ST-B Fregat 34 satellites OneWeb Succès
Reconversion post-Soyouz Après la fin des lancements des fusées Soyouz en 2022, l'ensemble de lancement est prévu pour accueillir deux lanceurs, l'un sélectionné par le CNES et l'autre par l'ESA dans le cadre de son appel European Launcher Challenge. Le CNES sélectionne le lanceur Maia de MaiaSpace..