Édouard Limonov (en ), né le à Dzerjinsk (URSS) et mort le à Moscou (Russie)., est un écrivain soviétique puis français et enfin russe et dissident politique, fondateur et chef du Parti national-bolchévique.

Truand à Kharkov, poète à Moscou, sans-abri puis domestique à New York, écrivain et journaliste à Paris, milicien pro-serbe pendant la guerre de Bosnie, dissident puis prisonnier politique dans l'ex-URSS, Limonov est empêché d'être candidat à l'élection présidentielle russe de 2012. À partir de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et de la guerre du Donbass, il prend ses distances avec l'opposition et apporte son soutien à la politique étrangère de Vladimir Poutine.

Selon Emmanuel Carrère, son biographe, .

Biographie Enfance Édouard Limonov est né à Dzerjinsk en URSS, une ville industrielle située sur la rivière Oka près de la grande ville de Nijni Novgorod (Gorki, sous le régime soviétique). Dans les premières années de sa vie, sa famille s'installe à Kharkov, RSS d'Ukraine. C'est là où Limonov grandit. Son père est un officier subalterne du NKVD. Contrairement à la rumeur que l'auteur laisse courir, son père n'est pas un tchékiste haut placé de la police politique et il n'a donc pas orchestré de purge ou de répression ; petit officier sans ambition, son père est l'équivalent d'un gendarme français, qui sert comme surveillant d'usine pendant la Seconde Guerre mondiale, sans connaître le front. Les premières années de la vie de Limonov s'écoulent en grande partie avec des militaires qui racontent des récits de guerre, ce que le jeune fils d'officier admire. Il est très affecté quand il apprend que sa myopie l'empêche d'épouser la carrière militaire et, selon lui, porter des lunettes ne sied pas au grand héros qu'il voudrait devenirEmmanuel Carrère, Limonov, P.O.L, 2011, . Il lit avec passion les romans de Jules Verne et d'Alexandre Dumas et souhaite parcourir le monde en aventurier et en héros. Il dira plus tard que, tout ce dont il a rêvé, il l'a fait.

Banlieue de Kharkov Dans la banlieue de Kharkov appauvrie et mal remise de la guerre, Édouard Limonov et ses amis deviennent des voyous, enchaînant des petits coups qui le font parfois aller en garde à vue. Il évite la prison grâce à la position de son père, connu et apprécié dans la villeEmmanuel Carrère, Limonov, P.O.L, 2011, . Limonov racontera sa vie à Kharkov dans Autoportrait d'un bandit dans son adolescence et Le Petit Salaud. Cette vie de petit bandit s'arrête quand l'un de ses deux meilleurs amis est mis en prison pour deux ans et que l'autre est envoyé à l'usine et se voit obligé d'épouser sa petite amie enceinteEmmanuel Carrère, Limonov, P.O.L, 2011, .

Édouard Limonov commence ensuite, par l'intermédiaire de son nouvel ami Kostia, à fréquenter la bohème kharkovienne, dont le centre est la librairie 41, où l'on s'échange des livres interdits (samizdat) qui sont parfois appris par cœur ou recopiés. C'est ainsi qu'il découvre Anna Akhmatova, Marina Tsvetaïeva ou le poète montant Joseph Brodsky (qu'il haïra par la suite) et qu'il commence à écrire des poèmes, encouragé par ses amis.

Ses poèmes obtiennent un certain succès, mais Limonov est bientôt invité à quitter l'Union soviétique – officiellement, il serait parti de son plein gré pour les États-Unis.

New York en 1974 À trente ans, Édouard Limonov commence à écrire des romans. À cette époque, il fréquente les milieux punk et avant-gardistes de New York et admire la musique de Lou Reed. Il découvre les revers de la liberté : après avoir été un dissident acclamé par l'Occident, la maigre pension qu'on lui donne lui suffit juste à payer un hôtel miteux dans lequel il ne peut même pas allumer le gaz. Sa vie dans les bas-fonds new-yorkais est miséreuse. Il connaît l'envers du rêve américain et fréquente des sans-abris, avec qui il a des relations sexuelles débridées, expérience décrite dans Le poète russe préfère les grands nègres. Il arrive ensuite à trouver un emploi chez un millionnaire new-yorkais. De cette période sont issus deux ouvrages autobiographiques Journal de son serviteur et Journal d'un raté, ce dernier ayant été publié en France en 1983.

Paris en 1980 Édouard Limonov s'installe à Paris en 1980, quand est publié Le poète russe préfère les grands nègres. Natalia Medvedeva, rencontrée à Los Angeles en 1982, vient le rejoindre. Ses seuls biens propres sont alors une affiche de Lénine, la Remington de son père pesant plus de vingt kilos et un uniforme d'officier de l'Armée rouge. Il devient rapidement actif dans les cercles littéraires français.

Il collabore à des journaux communistes (L'Humanité) et nationalistes (Le Choc du mois), et surtout à L'Idiot international, ce qui a nourri sa réputation de « rouge-brun » (c'est-à-dire fasciste et communiste), ou national-bolchévique. C'est à L'Idiot international qu'il vit une des périodes les plus fastes de sa vie, pendant laquelle il se lie d'amitié avec des écrivains français comme Marc-Édouard Nabe, Patrick Besson ou Philippe Sollers.

Alors que l'URSS se désintègre, il s'en prend violemment à Gorbatchev, mais aussi à l'Amérique « maître du monde » et à la publicité dont tous seraient les « victimes consentantes ». La chute du mur de Berlin le sidère et lui inspire la formule : « Le mur est mort, vive le mur ! »Philippe Lecardonnel, Limonov envers et contre tous, Slate.fr. Il passe à deux reprises à la télévision sur le plateau de Thierry Ardisson. Il est notamment défendu par Patrick Gofman.

Retour bref en URSS et épisode serbe En , il retourne deux semaines en URSS, où il retrouve brièvement ses parents après quinze ans de séparation, ce qu'il raconte dans L'Étranger dans sa ville natale.

Pour des raisons inconnues, Limonov décide de repartir. Il est en Serbie pendant les guerres de Yougoslavie. Les images de Limonov discutant avec Radovan Karadžić alors que les troupes serbes mitraillent Sarajevo choquent fortement les Occidentaux. Sur ces images, on voit le dirigeant serbe accueillir sur une hauteur Édouard Limonov, qui s'installe derrière un fusil-mitrailleur et tire en visant à la lunette des rafales vers la ville., dans un contexte où des ressortissants étrangers venaient, en tant que touristes, afin de tirer sur des civils assiégés. À partir de cette période, Limonov, sulfureux, n'est plus réédité en France et peu à peu oublié.

Les années 2000 Édouard Limonov fait à nouveau parler de lui dans les années 2000, d'une part pour son rôle dans la vie politique russe (voir la section suivante) et, en France, lors de la publication de la biographie romancée Limonov d'Emmanuel Carrère, qui reçoit le prix Renaudot et se vend à plus de en France en 2011Top 30 des ventes 2011, source : Edistat: http://www.slate.fr/widgets/proust/top30_plus_vendus.pdf. Le succès du livre de Carrère permet la réédition chez Albin Michel d'une partie de ses œuvres, notamment le Journal d'un raté, Autoportrait d'un bandit dans son adolescence et Le Petit Salaud entre et .

En 2014, après la Révolution de la Dignité, la Russie a envahi l'Ukraine et occupé la Crimée. L'annexion ultérieure de la Crimée par la Russie a notamment été décrite dans un roman de Limonov paru en Russie vers 1999 (non traduit) . Ces événements amènent Limonov à arrêter ses critiques à l'égard de Vladimir Poutine. Cela lui permet d'être de plus en plus invité sur les plateaux télé russes et d'être célébré comme écrivain d'importance nationale.

Il décède le à cause de complications chirurgicales. Il est inhumé au cimetière Troïekourovskoïe.

Vie politique National-bolchévique Revenu en Russie, l'écrivain fonde avec Alexandre Douguine et la punk-star Egor Letov le Parti national-bolchévique (PNB). Après avoir rompu avec Douguine, il est arrêté en 2001 pour trafic d'armes et tentative de coup d'État au Kazakhstan. Il est conduit à purger deux ans de prison, au lieu des quatre années auxquelles il est condamné. (le procureur avait réclamé quatorze ans). Libéré sous la pression d'une campagne internationale, il reçoit le prix Andreï-Biély en 2002, pour Le Livre de l'eau, l'un des huit livres écrits pendant ses deux ans de captivité.

Lors de son dernier congrès, au début de l'année 2006, le Parti national-bolchévique éclate. Une fraction minoritaire (le Front national-bolchévique) rompt avec le PNB, et se rapproche de l'Union de la jeunesse eurasiste, branche jeune du parti d'Alexandre Douguine, ce dernier étant proche du Kremlin. Limonov maintient son action avec ses partisans sous le même nom..

Le Parti national-bolchévique est définitivement interdit en 2007.

Quelques heurts très violents opposent à l'époque les partisans de Limonov et ceux de Douguine. Les seconds reprochent aux premiers de travailler contre la Russie et pour l'Occident, du fait de l'alliance conclue par Limonov avec le Front civique unifié, qui regroupe nombre de militants pro-occidentaux ou libéraux. On constate aujourd'hui un désengagement de Limonov dans cette alliance, que lui-même considérait comme tactique. Douguine pense qu'il ne reste rien de brun aux partisans de Limonov, qu'il qualifie d'opportunistes sans idéologie claire. Pour Limonov, la liberté n'est pas une question d'idéologie et c'est cette première question qui se pose aujourd'hui. Il accepte tous les alliés, car il n'y en aura jamais assez dans un combat inégal contre le régime. À ce titre, il a également invité à participer à ce combat civil des nationalistes.

Le , Limonov ainsi que des anciens membres du Parti national-bolchévique sont interpellés par la police à la suite d'une manifestation opposée à la politique du Kremlin, à Moscou..

Le , il est de nouveau arrêté, ainsi que d'autres opposants à Poutine, lors d'une manifestation non autorisée.. Limonov avait, à ce moment, déclaré se présenter aux élections présidentielles de 2012..

Le , des images circulant sur Internet en Russie le montrent dans ses ébats avec une prostituée.

Le , pour la première fois, il n'est pas arrêté lors d'un rassemblement d'environ , niveau comparable à celui des manifestations des années 1990.

"L'autre Russie" et Stratégie 31 thumb|Édouard Limonov à la conférence "Strategy-31". Son engagement contre Poutine et l'interdiction du PNB entraînent Limonov à se rallier aux libéraux, bien qu'il conserve un très fort nationalisme. Il mène un parti nommé L'Autre Russie, du nom d'un de ses livres écrits en prison, qui est aussi une réponse au parti de Poutine, Russie unie. Il se rapproche notamment de Garry Kasparov, le joueur d'échecs, figure traditionnelle de l'opposition au régime poutinien. Il considère que Poutine est « une sorte de César présidant la chute de l'Empire romain »Interview d’Édouard Limonov par BoOks, "Je suis le seul intellectuel de Russie", publiée sur le site du NouvelObs le 4 novembre 2011.

À partir de , il codirige le mouvement Stratégie 31, qui manifeste tous les 31 du mois (c'est-à-dire un mois sur deux) pour demander le respect de l'article 31 de la Constitution russe, qui, en théorie, permet le droit de manifester. Ces manifestations sont suivies par un petit millier de personnes. Il est arrêté après chaque manifestation avec quelques-uns de ses partisans et passe quelques jours en prison, avant d'être libéré, souvent au bout de deux semainesL'Express.fr "Limonov : "Staline régnait par la violence, Poutine, par le mensonge total"" publié le 30/11/2011. Après avoir dirigé un parti considéré comme « rouge-brun » et extrémiste, c'est un revirement surprenant : Limonov s'impose comme un grand défenseur de la liberté d'expression, de la liberté de pensée et de manifester.

Le , alors que Limonov vient de se déclarer candidat à l'élection présidentielle de et que les élections législatives vont débuter, il est arrêté à Moscou lors d'une manifestation contre le déroulement des élections législatives, qui ont donné le parti de Vladimir Poutine gagnant, après des irrégularités constatées dans un tiers des bureaux de vote.