Well Allot, dit François Brigneau, né le à Concarneau et mort le à Saint-Cloud, est un collaborationniste, journaliste, écrivain, éditeur et militant français engagé à gauche puis à l'extrême droite. Il est l'un des cofondateurs du Front national.
Il s'engage dans la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, adhérant au Rassemblement national populaire de Marcel Déat puis à la Milice en . Emprisonné à la Libération, il est acquitté en .
Reconverti dans le journalisme sous divers pseudonymes dont « Julien Guernec », puis « François Brigneau » ou encore « Mathilde Cruz », il collabore à de nombreuses publications d'extrême droite, notamment Minute où il devient l'éditorialiste vedette, National-Hebdo et Présent. Il est plusieurs fois condamné pour écrits antisémites.
Il participe à la fondation du Front national dont il est vice-président de 1972 à 1973 et dont il rédige la déclaration d'intention, avant de s'en éloigner.
Auteur de romans policiers, il obtient en 1954 le grand prix de littérature policière pour La Beauté qui meurt.
Biographie Issu d'une famille sympathisante de la gaucheEntretien avec François Brigneau diffusé sur Radio Courtoisie le 2 décembre 1998 (écouter en ligne (à partir de 18m 18s). ayant hébergé dans les années 1930 un socialiste autrichien et des Juifs d'Allemagne réfugiésJean-Yves Camus, René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France : répertoire critique, Presses Universitaires de Lyon, 1992 , ., fils de l'instituteur socialiste puis communiste et syndicaliste Emmanuel Allot (1893-1975)ALLOT Emmanuel, Paul, Le Maitron, dont il partagea les idées politiques, Well Emmanuel Allot adhère au « Frontisme » de Gaston Bergery en 1937Dominique Venner, Guide de la politique, Balland, 1972, .. Il vend alors La Flèche, le journal du mouvement, à la criée.
Seconde Guerre mondiale Membre du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, il s'oriente vers la Collaboration durant la Seconde Guerre mondiale. En , au lendemain du débarquement allié en Normandie, il s'engage dans la MiliceMichel Winock (dir.), Histoire de l'extrême droite en France, éd. du Seuil, « Points-histoire », 1994, ; Jean-Yves Camus, René Monzat, Les droites nationales et radicales en France: répertoire critique, Presses Universitaires de Lyon, 1992, , . Un demi-siècle plus tard, il « tire une certaine gloire » de cet engagement« Le petit monde de la presse “amie” », Le Monde, .. Arrêté, il est emprisonné à Fresnes où il partage la cellule de Robert Brasillach (plus tard, il appartiendra à l'Association des amis de Robert Brasillach.). Acquitté par le tribunal en , il sort de prison et épouse la nièce de Georges Suarez.
Années 1950 Il entame ensuite une carrière dans la presse, en prenant tout d'abord le pseudonyme de Julien Guernec. Il est l'ami du romancier et journaliste Antoine BlondinBlondin le cite parmi les dédicataires de son roman L'Europe buissonnière : et tente lui-même une carrière littéraire, étant alors rattaché au courant des Hussards. Il se spécialise un temps dans les chroniques humoristiques rédigées en argot parisien. Il prend le pseudonyme de François Brigneau pour entamer une carrière dans la presse à grand tirage, son premier pseudonyme étant désormais trop connu et marqué politiquement. En 1954, il obtient le Grand prix de littérature policière pour son polar La Beauté qui meurt.
Il a écrit pour Paroles françaises, journal du Parti républicain de la liberté (PRL) détenu par André Mutter, La Dernière Lanterne, Indépendance française, France dimanche, Le Rouge et le noir, Constellation, La Fronde, Rivarol, Ciné monde, L'Auto-Journal, Les Cahiers du Yachting. Il a été ensuite rédacteur en chef à Semaine du Monde, éditorialiste à Télé Magazine, grand reporter à Paris Presse-L'Intransigeant et à L'Aurore et enfin collaborateur à Minute où ses éditoriaux vengeurs, souvent dirigés contre le président Charles de Gaulle, contribuent à faire la réputation du journal. Il est un temps rédacteur en chef de Minute et en demeure l'éditorialiste vedette jusqu'au milieu des années 1980.
Années 1960 à 1980 Lors de l'élection présidentielle française de 1965, il fait partie du comité de campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour, puis retourne au journalisme. En 1967, il est condamné à quinze jours de prison avec sursis et d'amende pour diffamation envers Pierre Lazareff, qu'il avait accusé de manquer de patriotisme et d'être un « pourrisseur », « aux ordres du pouvoir gaulliste« Le second procès de M. Lazareff contre “Minute” », Le Monde, 2 février 1967 ; « Les condamnations de M. Jean-François Devay contre M. Pierre Lazareff confirmées en appel », Le Monde, 15 juin 1967. ».
Le , une bombe, déposée devant son domicile à Saint-Cloud, mutile un éboueur algérien, rendu manchot et aveugle. Légèrement blessé, François Brigneau dénonce lors d'un meeting à Paris le les « gauchistes [qui] veulent tuer ». Il rejoint en 1970 le mouvement Ordre nouveau, dans le cadre duquel il participe à la fondation du Front nationalOn aperçoit François Brigneau en compagnie de Roger Holeindre et de Jean-Marie Le Pen au cours d'une discussion diffusée par l'ORTF en 1973 (cf. JT de 13 heures, ORTF, 16 janvier 1973)., dont il est de 1972 à 1973 vice-président. Il en écrit la déclaration d'intention en 1972. Il s'en éloigne ensuite lors de la scission qui voit une partie de ses membres fonder le Parti des forces nouvellesPhotographie d'un meeting du PFN, tenu en novembre 1974 à Paris (PFN). Il se rapproche plus tard à nouveau du FN, mais sans revenir dans l'appareil du parti. Il a collaboré en tant qu'éditorialiste, dans les années 1980 et 1990, à l'hebdomadaire National-Hebdo, dont la rédaction est domiciliée dans les locaux du Front national. Il fut également le responsable de la rubrique télévision de National-Hebdo, signant ses articles du pseudonyme féminin de Mathilde Cruz.
François Brigneau a également compté parmi les fondateurs du quotidien Présent, mais il s'en est éloigné en 1985 à la suite de désaccords avec le directeur de la rédaction Jean Madiran, portant sur son souhait de voir le journal se rallier au mouvement de Marcel Lefebvre ainsi que sur son soutien au négationniste Henri RoquesAriane Chebel D'Apollonia, L'extrême-droite en France: De Maurras à Le Pen, vol. 1, Complexe, 1998, 519 p. , note 54, ..
À l'occasion du bicentenaire de la Révolution, François Brigneau dirige à partir de 1987 L'Anti-89, un bulletin de presse présenté comme le "bulletin de liaison et de défense des contre-révolutionnaires" et s'opposant aux fêtes du bicentenaire.
Anticommuniste, François Brigneau s'emploie également régulièrement dans ses éditoriaux à dénoncer l'influence exercée selon lui par la communauté israélite. Il fut plusieurs fois condamné pour écrits antisémites par la correctionnelle de Paris, notamment : Le à la suite de propos enregistrés pour la préparation d'un livre (F. Brigneau et son avocat, Georges-Paul Wagner, arguèrent, sans convaincre la justice, que ces propos étaient destinés à relecture et révision)Il fut condamné avec pour attendu « a encouragé les lecteurs à penser que les Juifs sont incapables d'agir ou de participer à la politique du pays comme un citoyen normal et qu'ils sont les auteurs de machinations occultes » (cf. Jean-Jacques Servan-Schreiber, lors de l'émission L'Heure de vérité, le 13 février 1984. Propos retranscrits en annexe de Jean-Marie Le Pen, Les Français d’abord !, éd. Carrere, ). Anne Kling, auteure d'un livre critique sur la LICRA, cite les Mémoires de Georges-Paul Wagner, avocat de François Brigneau (cf. « Quelques procès de la LICRA », blog d'Anne Kling, 31 janvier 2007) ; Le , il a été condamné par la correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris à huit mille francs d'amende, à verser six mille francs au MRAP et à la Licra et à publier un communiqué judiciaire dans trois journaux, à la suite d'un article dans Minute, intitulé « Les silences d’Holocauste », qui reprenait, sur un ton encore plus virulent, les thèses de Robert Faurisson« Le racisme en justice — “Minute” et “Holocauste” », Droit et liberté, septembre 1981, .. Le , la civile du tribunal de grande instance de Paris l'a condamné à verser quinze mille francs de dommages et intérêt à Anne Sinclair, pour injure publique envers un particulier. Le jugement observe que l'injure s'inscrivait « dans un contexte antisémite regrettable« “Présent” condamné pour injure envers Anne Sinclair », Le Monde, 20 décembre 1986. ». Le , il fut condamné à francs d'amende avec sursis, à verser francs à Anne Sinclair, francs à Philippe Alexandre, un franc symbolique à la LICRA et à publier le jugement dans neuf journaux« Pour injures et provocation à la haine raciale — M. François Brigneau est condamné à un total de d'amende avec sursis », Le Monde, 20 mai 1989. François Brigneau avait — notamment — écrit dans National Hebdo du : « À 19 heures, Philippe Alexandre, marchand de bretelles à RTL, juif assimilé de tendance centriste, est reçu par la mamma, Haine Sinclaire, marchande de soutiens-gorge à TF1, juive (moins assimilée) de tendance socialiste. Rares sont les émissions de l'épanouie boulangère azyme où le Front national, son président et ses amis, ne soient pas agressés« Gravement mis en cause dans l'hebdomadaire d'extrême droite — Anne Sinclair et Philippe Alexandre engagent des poursuites contre “National-Hebdo” et François Brigneau », Le Monde, 20 novembre 1988.. » Le , la de la cour d'appel de Paris l'a condamné à dix mille francs d'amende, à verser des dommages et intérêts à la LICRA et au MRAP ainsi qu'à la publication de jugement, pour provocation à la haine contre les Juifs. Dans un article intitulé « Faut-il que je me convertisse ? », paru dans National-Hebdo du , François Brigneau, écrit la cour d'appel, « cherche à susciter chez le lecteur des sentiments d'indignation à l'égard des juifs présentés comme orgueilleux, ingrats, intolérants et repliés sur eux-mêmes ». Le , la Cour de cassation a rejeté son pourvoiCour de cassation, Chambre criminelle, 15 janvier 1998, 96-82732.
Années 1990 En 1992, lors du non-lieu décidé par la cour d'Appel de Paris (non-lieu cassé ensuite par la Cour de cassation) à l'encontre de Paul Touvier (condamné par la suite à la réclusion criminelle à perpétuité), François Brigneau écrit : « En 1945, les crimes commis par les Français qui s'étaient rebellés contre le gouvernement légitime et légal de leur pays furent absous, quelle que fût leur horreur […] et celle-ci ne manqua pas. En revanche, les crimes commis par les Français obéissant aux ordres du gouvernement légitime et légal de leur pays continuèrent d'être poursuivis et condamnés, longtemps après la Libération. […] La vraie revanche de l'humanité sur le crime, c'est la chambre d'accusation qui vient de la prendre. Elle a blanchi et libéré Touvier. […] Quant à moi, après ma mort, conclut M. Brigneau, je voudrais qu'une plaque fût apposée sur ma maison. On lirait ces mots : “Ici, pendant la chasse à l'homme, Paul Touvier et les siens furent reçus chaque fois qu'ils le désirèrent”National Hebdo, .. »
Lorsqu'éclata, fin 1998 et début 1999, la crise entre partisans de Jean-Marie Le Pen et ceux de Bruno Mégret, entre lesquels il ne voulait pas choisir, François Brigneau se résolut à quitter National-Hebdo et se brouilla avec Jean-Marie Le Pen, dont il était pourtant l'un des meilleurs amis. Après cette semi-retraite, il a toutefois continué d'assurer une chronique régulière dans Le Libre Journal de la France CourtoiseArticles de François Brigneau, publication « décadaire » animée par Serge de Beketch.